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Qu’est-ce qu’être féministe en 2018 ?

“Beyoncé est-elle féministe” ? Tel est le titre d’un nouvel ouvrage ultra-pédagogique à mettre entre les mains de toutes les jeunes filles. Harcèlement de rue, nudité, parité en politique… on fait le point avec Margaux Collet, co-auteure et membre de l’association Osez le féminisme. Sortie le 20 septembre prochain !

La notion de féminisme a beaucoup évolué dans l’esprit des gens ces dernières années. Vous jugiez nécessaire de l’actualiser à travers ce livre ?

Margaux Collet : Avant même de l’actualiser, encore fallait-il qu’il y ait des ouvrages sur la question. Hors, il existait peu de ressources sur le sujet, ou alors des livres beaucoup plus spécialisés. Nous avons conçu notre livre comme une introduction au féminisme, davantage en direction du jeune public, ou de toutes celles qui s’intéressent au sujet afin de leur donner envie d’aller plus loin.

Aujourd’hui, le terme féminisme n’est plus aussi tabou qu’il ne l’a été ?

Margaux Collet : L’association Osez le féminisme a été créée il y a 9 ans. A l’époque, le féminisme était plutôt mal vu, et il s’agissait simplement de rappeler que le féminisme, c’est vouloir l’égalité entre les hommes et les femmes. Nous sommes d’une génération née avec la pilule et le droit à l’avortement, et le sentiment que l’égalité est acquise. Or, de nombreuses inégalités perdurent (partage des tâches, salaire, présence des femmes en politique etc). Mais effectivement, depuis quelques années, les mentalités évoluent et de plus en plus de personnes se disent féministes, y compris des stars de la pop qui peuvent représenter des images positives aux jeunes générations. Désormais, 6 filles sur 10 de 15 à 20 ans en France se disent féministes.

De manière assez contradictoire, les pop stars véhiculent aussi une image hyper-sexualisée de la femme, qu’en pensez-vous ?

Margaux Collet : Vous observerez que la manière la plus fréquente d’attaquer les féministes dans les médias est de leur demander ce qu’elles pensent d’autres féministes, les Femen un jour, Beyoncé le lendemain. Nous estimons qu’il n’existe pas de brevet du féminisme qui dirait que lire, comment s’habiller, …, mais 1000 façons de se vivre féministe. Alors, dans notre livre, nous ne donnons pas de réponse à la question : Beyoncé est-elle féministe ? Notre désir est que chacune se forge sa propre opinion.

Ne craignez-vous pas une récupération marketing du concept de féminisme ?

Margaux Collet : Le féminisme n’est pas un argument marketing qui peut être récupéré par des marques ou des politiques, c’est un mouvement politique.  Il existe un risque de feminist washing (se donner une image de marque féministe) comme on l’a vu avec le t-shirt conçu par Dior « We should all be feminists » et produit par des femmes sous-payées à l’autre bout du monde…vendu 550 €.

Dans votre ouvrage, vous évoquez la question très actuelle du harcèlement de rue. Il y a peu, des actrices signaient une tribune sur « le droit d’importuner ». Comment distingue-t-on clairement la séduction du harcèlement ?

Margaux Collet : Les femmes savent très bien faire cette différence. Il peut y avoir des tentatives de séduction entre deux personnes, mais dès lors que la femme démontre qu’elle n’en a pas envie, et que la personne devient pesante ou agressive, alors on est là sur du harcèlement.  C’est simple : il n’y a pas de non qui veuille dire oui ! Quand un homme siffle une femme ou lui demande son numéro à 2H du matin dans la rue, pense-t-il réellement que sa tentative de séduction peut aboutir ? Une femme a le droit de se balader dans la rue sans qu’on lui dise qu’elle est jolie, moche ou hautaine parce qu’elle ne répond pas ! Elle a le droit de ne pas se soucier de ce que l’on pense de son physique car notre valeur ne repose pas sur notre apparence.

Margaux Collet, Crédit Céline Piques

Même en tant que femmes et féministes, nous sommes soumises à de nombreux biais et stéréotypes. Comment agir au mieux pour les générations à venir ?

Margaux Collet : Ces biais sont inévitables car nous avons été éduquées ainsi et toute la société (médias, pubs, …) est imprégnée de sexisme. Le féminisme va à contre-courant de tout ce que l’on a appris depuis l’enfance. On ne naît pas féministe, on le devient à force de rencontres, lectures, échanges. C’est un cheminement. Nous devons toutes nous interroger sur nos pratiques, les relations entre les hommes et les femmes, pourquoi on a tendance à diviser les femmes entre elles en valorisant la jalousie et non pas la bienveillance ? On peut agir, aussi, avec les plus jeunes, essayer de ne pas offrir de cadeaux sexistes, ou de ne pas systématiquement dire à un petit garçon qu’il est fort et une petite fille qu’elle est jolie. Plus nos enfants seront libérés des stéréotypes, plus ils seront libres et intelligents. 

Pour lutter contre les inégalités hommes-femmes, il faut aussi une politique très volontariste. Qu’attendez-vous aujourd’hui du Gouvernement ?

Margaux Collet : Il existe de nombreuses solutions à mettre en œuvre, elles sont connues. Mais elles demandent un engagement politique et, surtout, des moyens financiers. Cela passe par exemple par financer massivement les associations qui accompagnent les femmes victimes de violences, intervenir au plus tôt dans les collèges par l’éducation à la sexualité, mais aussi poursuivre l’application des objectifs chiffrés concernant la place des femmes en politique, en entreprises et dans la fonction publique. Cela commence par vérifier, lorsqu’ils existent, que les objectifs chiffrés sont bien appliqués, comme pour la loi Copé-Zimmermann sur les conseils d’administration. Dans le monde du travail, il est aussi très difficile pour une femme de prouver qu’elle est discriminée en termes de salaire ou d’avancement de carrière. En politique, sans les quotas, les choses avancent à la vitesse de l’escargot. On voit que là où la loi s’applique, on a fait des bonds considérables (les femmes représentent par exemple désormais la moitié des conseillers régionaux). Mais au niveau des postes de pouvoir, comme la présidence des régions, de l’Assemblée, ou le poste de Premier ministre ou Président de la république, le monopole est masculin. Pourtant, le vivier est là puisque les femmes sont à la base plus nombreuses à avoir un engagement militant, associatif et politique. Mais la façon de faire de la politique est encore pensée par et pour les hommes. Les femmes n’ont pas le temps de réseauter dans les couloirs, assister à des réunions jusqu’à 23H ou parcourir la campagne tout le week-end…ou alors il va falloir revoir le partage des tâches à la maison ! Et puis les femmes ne sont pas éduquées à se mettre en avant, à avoir de l’ambition. Sans oublier toutes les blagues sexistes qu’elles doivent subir à longueur de temps. On peut comprendre qu’elles ne se sentent pas bienvenues.

On parle aujourd’hui de leadership au féminin, avec l’avènement de nouvelles valeurs dans le monde de l’entreprise qui mèneraient à davantage de performance. Que pensez-vous de ce terme ?

Margaux Collet : Je ne me prononcerais pas sur la manière dont les femmes exercent le leadership. Elles doivent avoir leur place dans l’entreprise peu importe leurs qualités supposées. C’est juste un soucis d’équité, pas une quête de performance. Aujourd’hui on avance l’argument de la performance ou de la croissance pour défendre l’égalité et la mixité. Mais si la mixité ne menait pas à la performance, il faudrait quand même l’encourager !

L’égalité entre les hommes et les femmes passe aussi par la reconnaissance des grandes figures féminines dans l’Histoire. Nos héroïnes contemporaines risquent-elles aussi d’être oubliées ?

Margaux Collet : Malheureusement oui : sur Wikipédia, 15,5% des personnalités présentées sont des femmes, et 90% des contributeurs sont des hommes ! Prenez le terme « Patrimoine » : sa racine – « héritage du père » – indique bien que la production artistique et architecturale ne viendrait que des hommes. Les associations féministes, et notamment le Mouvement H/F pour l’égalité femmes-hommes dans la culture organisent le même week-end (15 et 16 septembre) « les journées du Matrimoine » pour mettre en lumière l’héritage de femmes scientifiques invisibles, de femmes peintres dont les travaux ont été volés, ou de militantes oubliées. C’est essentiel de voir l’Histoire avec un œil nouveau pour que les petites filles aient des modèles. Rendons à Cléopâtre ce qui est à Cléopâtre !

Pour aller plus loin :

« Beyoncé est-elle féministe ? et autres questions pour comprendre le féminisme », First Editions, 14,95 €

En librairie le 20 septembre.

Rendez-vous sur la page Facebook du livre et d’Osez le féminisme !

@Paojdo

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