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Egalité hommes-femmes : encore du boulot !

01.03.2016

10% d’écart salarial à poste et diplôme égaux, seules 34% d’étudiantes en filières scientifiques, 10% d’ingénieures au féminin passé la quarantaine… Les exemples se multiplient et se ressemblent : égalité et parité entre les sexes ne sont encore qu’illusions dans bien des domaines, malgré les avancées et initiative diverses.

  • Science : où sont les femmes ?

« Lorsque j’étais à Centrale Paris, entre 1979 et 1981, il n’y avait que 9% de femmes dans ma promotion. Aujourd’hui, nous sommes à 15%, en comptant beaucoup d’étudiantes étrangères ! » Pour Clarisse Reille, directrice générale du DEFI (Comité de Développement et de Promotion de l’Habillement), également présidente du réseau Grandes Ecoles au Féminin (GEF), l’image stéréotypée de l’ingénieur, très spécialisé, évoluant dans un milieu masculin, rebute les vocations… et n’incite pas aux encouragements ! De fait, 45% des parents privilégient une orientation scientifique pour leur garçon, un pourcentage qui tombe à 28% lorsqu’il s’agit d’une fille. Dans un tel contexte, les poupées ingénieures ou autres Lego marketés pour fillettes ne peuvent pas faire de mal. D’ailleurs, « quand mes filles étaient petites, la famille leur a offert des Barbies : mais le côté blonde, grande, superficielle me gênait, » raconte Clarisse Reille.

  • L’entreprise et son (éternel) plafond de verre

Une récente étude de l’association « HEC au féminin » révèle qu’au sein d’une même promotion, seules 17% des diplômées ont accès à des postes de dirigeantes contre 32% de leurs camarades masculins. « Je l’explique par les stéréotypes qui pèsent encore sur les femmes, » commente Clarisse Reille. « Pour elles, faire carrière revêt une connotation négative, là où cela est perçu positivement pour les hommes. »

Autre cause : ce fameux entre-soi, ces réseaux où ces messieurs sont sur-représentés et que les femmes ont tendance à négliger un peu trop facilement. « La conception française du management reste verticale: on nomme de gens qui sont des clones, » complète Clarisse Reille. « Nous avons réellement besoin d’une nouvelle vision managériale, d’un leadership misant sur l’intelligence collective, » poursuit-elle.

  • Equilibre des rythmes de vies : l’équation insoluble ?

« Dans le numérique, la différence de salaire entre hommes et femmes se situe autour de 9%. » Un écart déjà scandaleux pour Guy Mamou-Mani, coprésident du Groupe Open, proposant des services informatiques. Celui qui est également aux manettes du Syntec numérique, syndicat de l’industrie numérique, est l’un des initiateurs du mouvement #JamaisSansElles.

Engagé pour une meilleure reconnaissance des femmes, Guy Mamou-Mani insiste sur les différences qui se creusent, de manière quasi-irrémédiable, au fil du temps : « un manager a tendance à considérer qu’il n’augmentera une femme enceinte qu’à son retour de congé maternité ou alors bien après », dénonce-t-il.

Parallèlement, un sondage Ipsos réalisé en 2014 pointe une certaine résignation d’une grand nombre de jeunes femmes : 60% de celles âgées de 18 à 29 ans ont d’ores et déjà intégré le fait qu’elles devront mettre leur carrière en stand by dans les années à venir. Plus globalement, plus d’un tiers des Français, hommes et femmes confondus, considèrent qu’une femme s’épanouira plus dans son rôle de mère que dans sa carrière professionnelle.

  • L’élément déterminant d’une carrière : le conjoint

« Le mari joue un rôle plus important que les enfants. » Pour Clarisse Reille, il n’y a pas de débat : « il est important que son compagnon n’ait aucun problème à ce que l’on gagne plus d’argent que lui. » Une opinion qu’elle n’est pas la seule à partager. En 2014, une étude de la Harvard Business Review montrait que seules 40% des diplômées s’estimaient satisfaites de leur capacité à mener de front vies personnelle et professionnelle. Un pourcentage culminant à 60% chez leurs homologues masculins, par ailleurs 70% à estimer leur carrière prioritaire à celle de leur compagne. Pas étonnant dés lors que, comme le révélait IPSOS en 2014, face à un promotion, 30% des femmes concernées s’inquiètent de savoir comment elles vont bien pouvoir concilier leurs nouvelles fonctions avec leur vie familiale. Au point de réclamer, lors de la prise de poste, des aménagements dans l’organisation du travail, plus qu’une augmentation de salaire.

  • Les Comex : encore plus lointains que la Patagonie

« C’est dramatique, ça ne bouge pas. » Si Clarisse Reille reconnaît bien volontiers les effets positifs de la loi Copé Zimmerman, adoptée en 2011, ayant permis aux femmes d’investir les conseils d’administration, les Comex restent eux en revanche, des cénacles masculins. « Chez Grandes Ecoles au Féminin, nous étions à la base contre les quotas. Mais sans eux, le taux en progression de femmes au sein des conseils d’administration du CAC 40, autour de 35% aujourd’hui, n’aurait jamais été atteint. » Pour cette dirigeante, ce genre de pratiques « oblige à se poser la question des compétences des femmes. La mixité et la parité constituent des leviers pour plus d’efficacité. » Des propos faisant écho à une étude du cabinet McKinsey publiée en Octobre 2015 : plus de parité à l’échelle globale permettrait de dégager, d’ici 2025, pas moins de 10 500 milliards d’euros, dont 263 rien qu’au sein de l’Hexagone.

  • Le numérique : secteur d’émancipation ?

« Gravissime. » Clarisse Reille n’a pas de mot assez fort pour qualifier le retard que les femmes sont en train de prendre dans le digital. De fait, le secteur ne compte que 27% d’effectifs au féminin. « Et encore, ce pourcentage est atteint en comptant les fonctions transversales comme le marketing, » précise Guy Manou-Mani. « Sur les métiers demandant des compétences techniques, ce taux baisse à 10% », souligne-t-il là où Clarisse Reille s’alarme du peu de femmes sachant coder. « Si on ne change rien, cela va générer de grandes inégalités, » renchérit-elle.

Une situation d’autant plus regrettable que, dans un contexte économique morose, le secteur a l’avantage d’embaucher, en CDI dans près de 94% des cas.

  • Les jeunes et le féminisme : amours contrariées

« Les jeunes femmes ont bénéficié d’une éducation égalitaire, ont été à l’université comme les garçons. Résultat : elles ne voient pas où est le problème. » Clarisse Reille, comme beaucoup, constate un certain désamour des nouvelles générations pour le féminisme. De fait, 35% des femmes aujourd’hui estiment que l’on en fait trop concernant les inégalités professionnelles entre les sexes. « Une diplômée, en entrant dans la vie active, se considère sur un pied d’égalité avec ses homologues masculins, » poursuit la présidente de Grandes Ecoles au Féminin. « Or, un beau jour, elle se rend compte gagner 15 à 20% de moins que son voisin de bureau exerçant les mêmes responsabilités qu’elle. » Un différentiel de salaire atteint en général… deux ans seulement après la fin des études.

  • Un ministère de la famille, de l’enfance et des droits des femmes

Quel dommage que les conseillers de François Hollande aient oublié les tâches ménagères ! Autant aller au bout de cette réflexion « archaïque ». Un terme emprunté ni aux Chiennes de Garde ni à Osez le féminisme, mais à Guy Mamou-Mani, homme de son état. « On fait des efforts colossaux afin de changer les stéréotypes,  pour se retrouver avec ce genre d’intitulé ministériel» souligne-t-il. « Cela montre que le sujet des femmes n’est pas pris sérieusement au sein du gouvernement, » déplore quant à elle Clarisse Reille, énarque et mère de famille (parce que oui, ça existe).

@clairebauchart

 

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