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Laurence Lafont (Microsoft) : les soft skills pour une IA plus éthique

Laurence Lafont (Microsoft) : les soft skills pour une Intelligence Artificielle plus éthique

Directrice de la Division Marketing & Opérations de Microsoft France, Laurence Lafont possède l’un des plus beaux CV féminin de la tech française. Nous avons profité de son passage à VivaTech pour en savoir plus sur sa vision de l’Intelligence Artificielle, véritable cheval de bataille de Microsoft.

Microsoft a récemment lancé la première promotion de son Ecole d’Intelligence Artificielle dont Aurélie Jean est la marraine. Est-ce que, comme elle, vous êtes convaincue que les dirigeants doivent apprendre à coder ?

Laurence Lafont : Complètement ! C’est essentiel pour qu’ils comprennent ce qu’est réellement l’Intelligence Artificielle au-delà de ce que l’on en sait en surface. Il est très important que chacun appréhende ces sujets afin de s’assurer que la technologie va apporter un réel plus auprès du public ou des collaborateurs. Pour cela, il est essentiel de démarrer le code à l’école. A Microsoft, avec l’initiative « Hour Of Code » les employés donnent de leur temps pour former des élèves dans les collèges avec notre partenaire Simplon. Désormais, nous devons aussi faire comprendre le concept d’Intelligence Artificielle aux plus jeunes. Enfin, je suis persuadée de la nécessité de remettre en cause nos connaissances tant les technologies évoluent de plus en plus vite.

Pourquoi êtes-vous persuadée que l’IA est un moteur d’empowerment ? Vous croyez notamment en l’Intelligence Artificielle éthique ?

Laurence Lafont : L’Intelligence artificielle va changer les codes. Elle a atteint un vrai niveau de maturité et peut être utilisée au sein des organisations à travers des chatbot, des services pour les non-voyants ou les autistes. Elle aide les entreprises à être plus efficaces dans leurs process métiers. Chez Microsoft, nous avons énormément de projets avec nos clients qui utilisent l’IA. Cela vient challenger les organisations en place. Mais je pense que derrière cette grande opportunité, il y a aussi une grande responsabilité. Nous devons nous servir de l’IA pour en faire un outil plus éthique. Cela peut nous permettre par exemple de retirer les critères liés au sexe ou à l’origine dans le cadre d’un tri de CV automatique. Cela peut donc avoir un vrai impact sociétal.

Pour que l’IA soit plus éthique, il faut donc que les femmes s’y engagent pour éviter par exemple les biais algorithmiques ?

Laurence Lafont : Complètement. Avec cette grande opportunité vient aussi une grande responsabilité ! Une bonne utilisation de l’IA suppose aussi une réflexion éthique en parallèle du développement de la technologie. Je suis convaincue que l’IA va permettre d’automatiser certaines tâches pour générer plus de valeur. Il faut bien comprendre dans quel cadre la technologie va s’installer, c’est pourquoi la composante féminine va être plus que nécessaire pour contribuer positivement à la transformation des entreprises. Bien sûr, un bon quotient émotionnel n’est pas l’apanage des femmes, mais c’est l’occasion de dire que les Soft skills ont aussi toute leur place dans le développement de l’IA. Nous allons publier une étude sur LinkedIn qui démontre que la créativité, la capacité à analyser les comportements et à fédérer les groupes sont aussi des compétences clefs dans l’IA.

Pourquoi la France a-t-elle toutes ses chances d’être une terre de l’Intelligence Artificielle ?

Laurence Lafont : Satya Nadella (CEO de Microsoft, ndlr) a déclaré dans un article publié aux Echos dans lequel il estime que la défense de la vie privée est un Droit de l’homme. C’est pourquoi la France est la mieux positionnée pour porter une réflexion sur la dimension sociétale et éthique de l’IA, afin que la technologie soit utilisée pour le bien de tous. Le Président Macron l’a aussi réaffirmé lors de son passage à VivaTech. Et puis la France est désormais reconnue dans le monde entier pour son accompagnement des startups et de l’innovation. Lorsque Satya Nadella a visité la Station F, il a été totalement bluffé. De notre côté, avec Microsoft, nous voulons aussi encourager cet essor avec notre IA Factory à la station F. Nous aidons les startups à entrer en relation avec les grands groupes. Et puis il y a bien sûr l’école dont nous avons parlé précédemment. Je suis extrêmement positive quant à nos chances de devenir « l’IA Nation » !

Pour en revenir à vous, vous avez été à la fois entrepreneure et avez occupé des postes à hautes responsabilités au sein d’entreprises telles que Orange (Direction de grands projets de services), Oracle (Vice-Présidente communications industry) ou encore Nokia (Vice-Présidente ventes). Qu’est-ce qui fut le plus challenging pour vous ?

Laurence Lafont : Les deux ! Chacun de ces contextes nécessite de conserver un esprit d’entrepreneur. Malgré mon échec, mon expérience de startuppeuse m’a beaucoup apporté au début de ma carrière en termes de créativité et d’agilité d’esprit. Même dans les grands groupes, il faut garder cette fraîcheur d’esprit, cette énergie pour faire différemment et trouver des solutions pour faire bouger ces structures complexes. On en parle aujourd’hui à travers le Growth Mindset, ou l’audace de saisir de nouvelles opportunités, au risque parfois d’échouer. La question de la prise de risques est essentielle. En tant que manager, il faut laisser à ses équipes une vraie marge de manœuvre pour leur permettre de tenter des choses.

Comment agissez-vous pour créer une atmosphère de travail accueillante pour les femmes chez Microsoft ? 

Laurence Lafont : Nous sommes très mobilisés sur le sujet chez Microsoft. Je porte des initiatives sur la diversité de genre, mais aussi liée au handicap ou à l’expérience (profils atypiques et âge). Pour cela, nous faisons beaucoup de cross mentoring avec des entreprises telles que Sodexo, Transdev ou encore TF1. Cela nous permet de ne pas nous enfermer dans un regard monoculturel. En ce qui concerne les femmes plus spécifiquement, nous organisons des Women lunch and share chaque mois, durant lesquels nous faisons intervenir des rôle modèles en interne et en externe. Et puis nous avons une politique très volontaire sur le recrutement afin de nous assurer qu’il y ait une vraie parité dans les profils présentés. Cela demande un gros travail aux équipes RH pour sourcer des profils techniques chez les femmes. Aujourd’hui, Microsoft compte 32% de femmes dans ses effectifs, et 20% dans les équipes techniques. C’est encore trop peu, nous devons donc redoubler d’efforts !

Pouvez-vous nous en dire plus la DigiGirlz Académie, l’une des autres initiatives de Microsoft ?

Laurence Lafont : La DigiGirlz Académie a pour but de promouvoir les métiers numériques auprès d’une promotion de 25 collégiennes qui vont découvrir toutes les facettes des métiers du numérique, des plus techniques aux moins techniques. C’est essentiel de s’adresser aux filles car l’on observe que lorsqu’elles ont entre 10 et 12 ans, elles ne sont pas encore trop marquées par les stéréotypes. Le but est que ces jeunes filles deviennent par la suite des ambassadrices afin de motiver d’autres collégiennes à se diriger vers les filières scientifiques. Lorsque je suis sortie de Supélec en 1993, nous n’étions que 12% de femmes. Les choses n’ont presque pas changé depuis !

@Paojdo

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