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Love Your Waste : « Plus de tri, moins de gaspi »

04.12.2018

Depuis 2015, Juliette Franquet, 34 ans, est à la tête de Love Your Waste, une jeune pousse de la Green Tech qui transforme en énergie renouvelable et en engrais naturel les biodéchets des restaurants collectifs, tout en les aidant à réduire leur gaspillage alimentaire.

Quels ont été vos premiers contacts avec le développement durable et l’entrepreneuriat ?

Juliette Franquet : À la fois de par mon éducation et par intérêt personnel, je suis sensible depuis très longtemps aux enjeux du développement durable, des déchets aux énergies renouvelables en passant par l’alimentation, le transport, l’éducation… Quand j’étais en école de commerce à Rennes, j’ai monté une association étudiante sur le commerce équitable. J’allais dans les maisons de retraite, les universités, pour sensibiliser ces différents publics au développement durable, de manière très concrète afin de leur permettre de passer à l’action. J’ai l’impression d’être un dinosaure lorsque je dis ça, mais à l’époque, il y a seulement dix ans, les cursus spécialisés RSE (responsabilité sociétale des entreprises, ndlr) n’existaient pas. Durant mes études, j’ai donc pris des cours à la carte sur les sujets qui m’intéressaient, parmi lesquels « business éthique » et « entrepreneuriat ». Mais je n’avais pas pour objectif de monter ma boîte. Je viens d’une famille qui compte beaucoup de fonctionnaires, je n’avais aucun modèle dans le milieu du business.

Quelle trajectoire avez-vous suivie une fois votre diplôme en poche ?

Juliette Franquet : Je me suis orientée vers une carrière de consultante en développement durable. J’ai travaillé dans deux petites entreprises où j’intervenais sur une diversité de sujets pour des clients tels que la Commission européenne, des start-up spécialisées dans l’énergie photovoltaïque, des associations, des régions… Avec le recul, j’ai réalisé que j’avais choisi uniquement des structures de taille très réduite, dynamiques, dans lesquelles je tutoyais mon patron et n’avais que 2 mètres à faire pour tenter de le convaincre de la pertinence d’une nouvelle idée. Pour autant, je ne me rêvais pas entrepreneure.

Quel a été le déclic ? Comment avez-vous cofondé Love Your Waste ?

Juliette Franquet : L’idée est venue de mon associé, Jérôme Perrin. Lors d’une soirée, j’ai croisé quelqu’un qui m’a parlé de lui et de son envie de monter un projet autour des déchets. J’ai sauté sur l’opportunité : trois jours plus tard, nous étions dans un café en train de réfléchir à ce qu’on pourrait entreprendre. Depuis 2010, la loi Grenelle 2 imposait à la restauration collective, sous peine de sanctions (jusqu’à 150 000 euros d’amende et des peines d’emprisonnement), de prendre en charge le tri, la collecte et la valorisation des biodéchets produits. La loi sur la transition énergétique et celle relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire se sont ensuite ajoutées au cadre réglementaire. À l’époque, il y avait des besoins importants, mais peu de solutions mises en place. Avec mon associé, nous nous sommes immédiatement mis au travail, entre études de faisabilité, lectures réglementaires, rencontres avec les acteurs… Mais c’est presque un an après, lorsque nous avons intégré un incubateur et que nous avons réalisé nos premières collectes, que j’ai pris conscience que j’étais devenue entrepreneure.

Aujourd’hui, quels services proposez-vous ?

Juliette Franquet : Notre activité se structure autour de trois services : le transport solidaire des déchets, assuré par des chômeurs de longue durée que nous formons ; des prestations de formation et de sensibilisation pour accompagner le changement auprès de tous les acteurs (agents de restauration, collaborateurs…) ; du conseil pour réduire le gaspillage alimentaire. Plus concrètement, nous visitons des établissements et étudions leur fonctionnement. Nous analysons toutes les sources de gaspillage alimentaire (mode de préparation, portion proposée, déficit d’information…), ainsi que leurs conséquences. Certains établissements jettent 30 % des denrées alimentaires qu’ils achètent, tout en assumant le coût de la gestion des déchets. Nous leur montrons qu’en mettant en œuvre de nouvelles actions, ils peuvent respecter les lois, économiser du budget, améliorer leur impact social et environnemental.

En aval, pour la partie valorisation des biodéchets, nous installons des bacs de collecte et venons les chercher une ou deux fois par semaine. Nous organisons le transport jusqu’à une unité de méthanisation, qui transforme les biodéchets en engrais naturel et en biogaz – celui pouvant être directement exploité dans le réseau de GRDF ou converti en électricité. Chaque mois, nous envoyons à nos clients un certificat qui atteste que leurs déchets ont bien été valorisés, en spécifiant le poids et son équivalent en production de biogaz et d’engrais naturel. Ils peuvent utiliser ces données dans leur rapport RSE et leur communication afin de prouver leur contribution.

Quel volume de biodéchets collectez-vous chaque mois ?

Juliette Franquet : Nous avons commencé avec 80 kilos dans deux écoles, en avril 2015, pour atteindre aujourd’hui un volume mensuel de 60 tonnes traitées. Nous collectons dans 270 sites en Île-de-France : des écoles, des entreprises, des hôpitaux, des centres de santé, mais aussi des traiteurs, des brasseurs, des restaurants traditionnels, des marchés alimentaires. Notre portefeuille de clients augmente quotidiennement et notre croissance s’élève à 10 % par mois. Le gisement est énorme : 10 000 tonnes de biodéchets sont générées chaque jour en France.

Quels sont vos projets à venir ? Comptez-vous vous implanter sur tout le territoire français ?

Juliette Franquet : C’est déjà le cas pour nos activités de conseil et de formation. En revanche, sur le transport, nous pensons qu’il faut rester local. Nous collaborons donc avec d’autres acteurs pour développer un maillage territorial. Nous avons pour projet, grâce aux nouvelles technologies, d’améliorer l’analyse de données sur le gaspillage alimentaire, afin d’aller plus loin dans nos préconisations. En France, on ne dénombre que 400 unités de méthanisation, contre 7 000 en Allemagne. Mais le biogaz est désormais en plein essor et nous sommes ouverts à de nouveaux partenariats. Par ailleurs, dans le cadre du Grand Paris, nous intervenons sur des projets d’écoquartiers, pour favoriser une meilleure gestion des déchets et, si possible, une valorisation in situ. Nous souhaitons construire une véritable filière de gestion/valorisation des déchets en travaillant main dans la main avec tous les acteurs qui vont dans ce sens.

Quel regard portez-vous sur la prise en compte des enjeux écologiques ?

Juliette Franquet : Je préfère voir le verre à moitié plein. D’un point de vue général, on peut légitimement céder au catastrophisme. Les choses n’avancent pas assez vite face aux défis planétaires actuels. Mais elles avancent malgré tout, si on regarde dans le détail. Notre taux de croissance prouve qu’il est possible d’améliorer la situation pas à pas, chacun à son échelle. Au début, la réglementation et les sanctions constituaient notre argument phare. Aujourd’hui, au-delà de la dimension financière, nos clients se montrent très sensibles à l’aspect environnemental et social. Il y a eu une prise de conscience collective de l’enjeu du gaspillage et du recyclage.

Vous êtes également engagée sur la question de la représentation des femmes dans l’entrepreneuriat…

Juliette Franquet : Je pense que les femmes doivent, en premier lieu, faire tomber leurs barrières internes. Je participe à de nombreuses conférences pour témoigner de mon expérience et montrer par l’exemple que c’est possible. Gérer un business s’apparente à un marathon, mais dès lors que les femmes ont l’envie, l’opportunité et les compétences, elles n’ont pas moins de chances d’y arriver. Au contraire ! Des études ont prouvé que les entreprises gérées par des femmes se révélaient plus rentables et pérennes. La mixité dans l’entrepreneuriat progresse, surtout à Paris, mais il reste encore beaucoup à faire. Dans les secteurs qui demeurent très masculins, comme la Tech ou l’industrie, il arrive que les femmes soient prises pour les secrétaires ! Cela m’est arrivé, d’autant que mon associé a le double de mon âge. Pourtant, nous sommes autant dirigeants l’un que l’autre.

 

@manondampierre

 

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