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Inès Leonarduzzi : son combat contre la pollution digitale

A la fois initiatrice des “brunchs clandestins”, fondatrice des Women Inspiring Talks et plus récemment, de l’ONG Digital For The Planet, Inès Leonarduzzi est une slasheuse unique en son genre. Le dénominateur commun de cette digigirl en vue ? L’instinct. Une rêveuse qui voit les choses en grand et nous partage aujourd’hui sa vision pour demain.

Études de lettres, de chinois, cours d’art à New York, école de commerce… Votre parcours est tout à fait singulier ! Quel est votre fil rouge ?

Inès Leonarduzzi : En voulant me ressembler, je suis sortie du chemin. Et cela sans même m’en rendre compte. C’est maintenant que l’on me le rappelle souvent, que je me l’explique. Je fonctionne essentiellement à l’instinct. Avec du recul, il semble que j’ai comblé mon besoin viscéral de connaissances avec la lecture, la curiosité, les langues étrangères — notamment le chinois mandarin – l’étude de l’esthétique et du sens avec l’art et enfin, le pragmatisme avec le commerce. Aujourd’hui, je me retrouve à faire la même chose : je lis toujours autant pour nourrir mes réflexions, m’échapper et créer, je suis une fervente croyante en l’esthétisme, je crois en la science du beau — j’en ai besoin pour m’inspirer et continuer à aimer ce que je fais, j’ai profondément besoin de rêver, et à la fois, j’applique toujours autant de pragmatique dans l’approche du business, ce qui est essentiel.

Vous êtes issue d’une famille multiculturelle. Si vous deviez retenir quelques traits de caractère ou passions de vos diverses influences, lesquels seraient-ils ?

Inès Leonarduzzi : Ma mère est d’origine algérienne et musulmane, mon père italien-croate et chrétien, j’ai grandi en Normandie. Mon beau-père, qui est aussi le père de ma petite sœur, qui a contribué à mon éducation, est russe.

C’est sûr, c’est un environnement très riche, où il faut accepter d’être pluriel, de ne pas correspondre aux standards… Et cela apporte des valeurs très fortes. Pour ma part, j’en retiens quelques-unes :

La tolérance : personne ne juge personne à la maison, on a été élevés avec le choix de devenir qui on voulait. Nos parents ne nous ont jamais mis des bornes autour de nous. Il n’y a jamais eu de discours de rejet envers une communauté ou une religion… du coup, je pense que ma fratrie et moi avons gardé ce regard sur le monde sans filtre…

La générosité : à la maison il y avait toujours du passage, des amis qui s’installaient une semaine, parfois plusieurs mois puis repartaient. On disposait une grande table dans le jardin, et on faisait à manger pour quinze à chaque repas.

L’humour : on est très moqueurs dans ma famille, mais c’est bienveillant. C’est un peu le rite de passage, on aime bien taquiner. Régulièrement, mon frère m’imite, et ça fait mourir de rire tout le monde. Petite, la tradition était que je me déguise en Madame Sarfati et que je reproduise les sketchs d’Elie Kakou. Il ne faut pas se prendre au sérieux chez nous. À table tout le monde prend son tarif, jusqu’à notre grand-mère. Et il faut savoir que grand-mère n’est pas la dernière sur les moqueries, elle est même plutôt redoutable ! Bref, les repas de famille, ça finit souvent avec des fous rires et les joues courbaturées. Quiconque ne comprend pas peut vite se sentir chez les fous.

Le sport : tout le monde — à part ma mère — fait du sport à la maison. Mon père faisait du rallye, mon frère est champion de boxe et maître judoka, mon beau-père est un ancien footballeur professionnel qui est devenu professeur de tennis en Californie et ma sœur est cavalière. J’ai pour ma part longtemps pratiqué l’aviron et le relais avant de me mettre à l’escrime. Aujourd’hui à Paris où je vis, je fais du sport plusieurs fois avec une entraîneure et je cours une vingtaine de kilomètres chaque semaine.

Enfant, aviez-vous déjà de l’ambition ?

Inès Leonarduzzi : Je ne sais pas trop bien ce que ce mot veut dire… Enfant, j’avais déjà des rêves et la croyance que d’une manière ou d’une autre je pouvais les atteindre. Appelez cela comme vous voulez. Je suis une rêveuse, j’ai toujours été dans la lune, je fonctionne davantage comme une artiste qu’une machine de guerre comme j’en croise parfois. J’ai arrêté de ne pas me sentir à la hauteur. C’est ma manière d’être cheffe d’entreprise ; je crois que c’est ce qui plait à mon équipe, nos partenaires et nos clients. Et cela ne m’empêche pas d’être terre-à-terre et saisir vite les enjeux. La beauté d’un projet, c’est quand vous avez la juste dose de pragmatisme et de poésie. Ça veut dire que vous parvenez à faire rêver et rassurer à la fois. Plus que de l’ambition, j’ai surtout des rêves. Je suis parfois approchée par des politiques, des patrons de d’industrie, on me dit « tu devrais réfléchir à où tu veux être dans 2 ans. Tu as un vrai boulevard  devant toi. » Mais franchement, je n’en ai absolument aucune idée, d’où j’ai envie d’être, et j’ai une flemme incommensurable de m’y intéresser. Mon métier c’est d’inventer des technologies, trouver des solutions et emmener les gens à comprendre une vision, pour qu’ils se l’approprient. Je suis très ancrée dans le présent. Même lorsque chez Digital For The Planet, on se projette dans le futur, c’est dans le seul but de nourrir le présent. Le futur c’est aujourd’hui. Pas demain. Donc mon ambition, c’est ma rigueur d’aujourd’hui.

Et existe-t-il selon vous une ambition au féminin ?

Inès Leonarduzzi : Comme je le disais, je ne sais pas bien la définition de ce mot, selon les personnes elle change du tout au tout. Pour certains, c’est négatif et pour d’autres c’est une chose essentielle. On en a fait un mot-valise. On l’ouvre et on y met absolument tout ce que l’on veut à l’intérieur, puis on le referme, ça donne quelque chose de terrible que personne n’ose porter.

Non, je ne pense pas que l’ambition soit genrée. Ce que je crois en revanche, c’est que les femmes rêvent moins fort que les hommes. Ça c’est un sujet. Rêver et penser grand, c’est la base de l’épanouissement — qu’il soit professionnel ou personnel d’ailleurs. Peu importe ce à quoi l’on rêve : devenir une grande femme d’affaires, une rock-star internationale, un athlète olympique alors qu’on est handicapé, perdre 65 kilos ou avoir la vie de couple la plus fabuleuse qui soit. Si tout le monde avait des rêves absolument grands, absolument fous, le monde serait beaucoup plus beau. C’est mathématique. Car chacun, pour aller vers son rêve, se grandirait et deviendrait meilleur pour progresser et finalement atteindre son objectif. Ce sont les gens qui font le monde et pas l’inverse. Peu importe qu’on soit une femme ou un homme, c’est l’humanité qui doit avoir de l’ambition. Pensé comme ça, avoir des ambitions, bien-sûr que c’est important. Car cela signifie que l’on croit en soi. L’ambition, c’est l’espoir. Et les femmes ont le droit d’espérer autant que les hommes.

Vous avez débuté votre carrière au sein de LVMH et Kering afin de travailler sur les enjeux de transition numérique. Mais au fond, comment définissez-vous ce terme fourre-tout ?

 Inès Leonarduzzi :« Numérique » vient de numérisation. Ça signifie faire passer une information matérielle en une information virtuelle, en la numérisant, c’est-à-dire qu’on la chiffre. Le monde se virtualise, la matière mue et change de forme. On passe dans un autre monde et on doit emmener tout le monde. Technologiquement, mais aussi culturellement. Je trouve cela passionnant.

Dans une interview, vous dîtes vous être rapidement sentie étouffée par l’inertie de ces structures. Pensez-vous que les mastodontes sont toutefois en train d’opérer leur examen de conscience face au blues des cols blancs, ou n’est-ce que du vernis ?

Inès Leonarduzzi : Je pense surtout que le temps joue en la défaveur de ceux qui ralentissent les processus. Parfois, ils ne le ralentissent pas par esprit de contradiction ou volonté de garder indemne leur pré carré. Parfois c’est juste qu’ils ne comprennent pas l’enjeu. Aussi, les grandes entreprises ont compris qu’elles ne sont plus les plus grandes. Elles font face aux géants. Et ces géants ont les moyens de cannibaliser leurs industries, ils sont par ailleurs déjà en train de le faire. Dans l’industrie du numérique, une année de retard en vaut cinq. À un moment donné, le sujet n’est plus d’agir mais de survivre. Les modèles doivent évoluer, c’est ainsi que le monde fonctionne depuis des millions d’années. La disruption n’a rien inventé.

Vous avez ensuite cumulé les missions en freelance. Tous les médias vous décrivent comme une « slasheuse » par excellence. Est-ce une appellation qui vous plaît ?

Inès Leonarduzzi : Elle me fait sourire. Elle me rassurait il y a quelques années. Ce n’est pas toujours évident quand on a la vingtaine, de vivre plusieurs vies parce que c’est notre impulsion naturelle, et de penser qu’on n’est pas normale, qu’on ne rentre pas dans le cadre. Qu’on est l’éléphant, et le monde le magasin de porcelaine. Puis un jour, on vous dit que vous êtes une slasheuse, et qu’il y en a plein des comme vous. Aussi libre qu’on soit, on a tous besoin d’appartenir à un mouvement, à une communauté, à quelque chose. Quand le terme a commencé à être vraiment usité, vers 2014, je recevais de nombreux messages de femmes qui commençaient par « bonjour Inès, comme toi, je suis une slasheuse ». Je souriais. Je n’étais plus un monstre à 5 pattes, j’étais de la classe de ces innovateurs et il se trouve qu’on était des millions. Et soudainement, j’étais fière d’en être.  Il ne faut pas avoir peur des mots… Tant pis si on le dit trop, ça vaut mieux que pas du tout.

A la même époque, vous lancez des brunchs clandestins pour lesquels émerge un vrai engouement. Quel a été l’ADN du succès ?

Inès Leonarduzzi : La spontanéité, la générosité et l’idée d’ouvrir sa porte, littéralement. Le numérique a cela pour lui d’exacerber le besoin de proximité, de créer des lieux de rencontres. La bienveillance aussi, un repas c’est rassembleur… Ne pas se prendre au sérieux aussi… Finalement, je réalise que j’avais envie de recréer quelque chose qui ressemblait aux repas de famille, comme ceux que je vivais auprès des miens en Normandie.

En 2016, encore un nouveau projet avec les Women Inspiring Talks. Qu’est-ce que ce réseau a de différent de tous les autres networks féminins ?

Inès Leonarduzzi : Je ne sais pas en quoi il est différent. Ce qui est sûr c’est que WIT est bon enfant et sans préjugés. On y croise des femmes de tout style, de la femme d’affaires, à la peintre, la mère au foyer à la femme voilée, elles finissent toutes bras dessus bras dessous avec leur cocktail à la main et s’apportent mutuellement beaucoup. Je suis en train d’élaborer avec mon équipe le programme 2019, il va y avoir beaucoup d’évolution. J’espère que ça plaira !

Au gré de vos rencontres, qui sont les femmes qui vous ont personnellement inspirée ?

Inès Leonarduzzi : Énormément. Mes stagiaires m’inspirent. Les nouvelles générations sont particulièrement fascinantes. Au WIT aussi, où l’on croise des femmes au parcours plus établi, on entend parfois des parcours de vie qui sont en fait des piqures d’humilité. Les femmes qui ne s’excusent pas d’exister, qui forcent les portes qu’on leur ferme m’inspirent tout particulièrement : la rabbine Delphine Horvilleur ou l’imame Sheryn Kankhan que j’ai rencontrées et qui vous soufflent par leur détermination d’œuvrer pour le bien dans le domaine le plus clivant qui soit : la religion. Linda Jean Burney, la première femme aborigène politique au Parlement australien. Ou encore le docteur Rosemary Jones, de son vrai nom Robert Anthony Jones, médecin transsexuelle qui fait le tour du monde pour développer des travaux sur les maladies féminines liées à la sexualité, encore très mal explorées et membre des Doctors Volunteers for Euthanasia, que j’ai également rencontrée. Enfin, ma mère, bien évidemment, elle me souffle chaque jour par sa force, sa sagesse, son humour et son amour pour les gens, peu importe d’où ils viennent.

Digital for the planet, votre dernier projet, a germé dans votre esprit alors que vous étiez en pleine rando dans le Piémont. Quel a donc été votre déclic ?

Inès Leonarduzzi : Un déclic, ça n’est que de la curiosité qu’on assouvit. Après avoir reçu cette notification sur mon smartphone en pleine altitude, je me suis demandée comment se matérialisait le numérique. Une question que beaucoup ont du se poser avant moi et après moi. J’aurais pu m’arrêter là, à me questionner. C’est l’action d’avoir voulu chercher la réponse, de m’y intéresser profondément qui a tout déclenché.

Dirige-t-on une ONG comme on dirige une startup ?

Inès Leonarduzzi : Notre modèle est hybride. Nous définissons surtout Digital For The Planet comme un Global Earth Project car nous avons à la fois une ONG, un cabinet de conseil et un laboratoire IT où nous développons essentiellement des solutions de machine learning et de blockchain durables. Diriger une association, une entreprise, un mouvement, un laboratoire de recherches, c’est à la fois intellectuel et instinctif. C’est relatif aux connaissances nécessaires de son marché mais aussi ce qu’on ressent au fond de soi pour créer l’innovation et la valeur ajoutée. Il faut aussi du cœur, beaucoup de cœur, sinon il y a des choses qui ne peuvent pas marcher, ce qui ne veut pas dire qu’il faut être dans l’émotionnel. Il faut aussi savoir se protéger, prendre de la distance.

Je dirais aussi que tout ça se dirige comme une famille, à vrai dire. Et ce n’est pas pour rien que beaucoup de chercheurs démontrent que les femmes sont plus prédisposées que les hommes au management des organisations car elles en ont davantage l’habitude : la prévision des risques, la créativité, l’attrait, l’ordre, l’organisation, prendre sur soi, patienter, agir au juste moment… Une mère de famille c’est une cheffe d’entreprise.

La pollution numérique n’est absolument pas (ou très peu) dans l’esprit des citoyens qui pensent au contraire bien agir en digitalisant par exemple tous leurs documents. Quelles sont donc les bonnes pratiques que nous pouvons tous mettre en œuvre au quotidien ?

Inès Leonarduzzi : Nous avons édité des infographies des bonnes pratiques sur notre blog. Les usages les plus simples et rapidement applicables pour tous les citoyens seraient d’effectuer des recherches avec des moteurs de recherches durables comme Lilo ou Ecosia qui plante des arbres pour chaque requête effectuée. Désactiver ses notifications de ses applications sur son smartphone, ce qui consomme énormément. Au travail, éviter les mails avec énormément de personnes en copie et des pièces jointes, c’est ultra polluant et c’est souvent non-nécessaire.

Quant aux entreprises et organisations : ont-elles la main verte ou affrontez-vous de vives résistances ?

Inès Leonarduzzi : Notre initiative est bien accueillie. Au pire, elle reste en suspens car certaines entreprises n’en comprennent pas encore l’urgence mais en général elles sont attentives à ce que l’on raconte. 60% des organisations que nous accompagnons nous ont contacté par elles-mêmes, et ce sont essentiellement des PME ou de très grandes entreprises ou capitales mondiales. Nous en sommes fières, ça veut dire que nous avons su leur adresser le bon message.

Actuellement, je travaille comme consultante sur le projet LDCC que nous avons développé (Low Digital Carbone Company) avec un grand groupe français. J’avance en direct avec deux femmes de cette entreprise, l’une est une ingénieure, l’autre est la patronne de la responsabilité sociale de l’entreprise. Il faut nous voir, en haut de notre tour, fières d’être à l’origine d’un projet titanesque d’écologie digitale au sein de cette entreprise internationale, au milieu de nos diagrammes et les feuillets qui volent sur la table.

Vous êtes speaker pour de très nombreux événements. Si vous deviez vous exprimer face aux lectrices de Business O Féminin, quels seraient les trois messages clef que vous souhaiteriez faire passer ?

Inès Leonarduzzi : Je leur dirais d’être curieuses ; et si elles le sont déjà, de l’être encore plus. Je développe chaque jour ma curiosité, c’est le sel de la créativité et de l’innovation. Par exemple, je ne sors jamais chez moi le matin avant d’avoir lu 5 articles dans la presse. Si cela fait beaucoup au début, je leur suggèrerais de commencer par 1 article tous les matins.

Ensuite, je leur dirais de rêver grand, c’est la base, le plus important. Puisqu’on parle de business, j’aimerais adresser un message aux étudiantes : ne vous rêvez pas en directrice générale d’un grand groupe, rêvez-vous à la tête du plus grand groupe qui n’a jamais existé.

Enfin, de se soutenir. Les femmes font des choses absolument fabuleuses, quand elles sont solidaires. Mais aussi, et cela va de paire, de veiller sur les hommes. J’ai rencontré beaucoup de femmes machistes, qui enfoncent les femmes qui se libèrent et beaucoup d’hommes féministes qui poussent les femmes à aller au-delà de leur croyance. Le féminisme n’est pas une histoire de genre, c’est une histoire de valeur.

@Paojdo

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