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Cancer en entreprise, le moment de vérité

En France, 375 000 personnes apprennent chaque année qu’elles sont atteintes d’un cancer, parmi lesquelles un tiers sont en activité. A cheval entre la compassion et le désarroi, les RH et managers sont souvent perdus quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de leurs salariés. C’est pour répondre à ce besoin que l’association Entreprise & Cancer a vu le jour en 2013. Elle plaide pour davantage d’attention et de délicatesse lors du retour des salariés. Un moment de vérité pour l’entreprise qui défie ses valeurs profondes.

« Le cancer est une question intime qui surgit là où elle n’a normalement pas sa place : l’entreprise », introduit Nathalie Vallet-Renart, fondatrice de l’association Entreprise et cancer. En 2010, cette ancienne consultante en RH, coaching et formation est percutée par la maladie. « Comme tout le monde, je ne m’y attendais pas, je m’éclatais dans mon boulot, je gagnais bien ma vie, et j’avais d’excellentes relations avec mes associés ». Puisqu’on lui annonce que son cancer est détecté précocement, Nathalie s’imagine revenir au travail deux semaines après son hospitalisation. Au final, la maladie se révèle plus coriace et son absence dure plus de 9 mois. « A chaque fois, j’annonçais à mes associés que j’allais revenir, et ce n’était pas le cas. Pour eux, c’était problématique car je générais une grosse partie du chiffre d’affaires », raconte-t-elle.

Alors qu’elle est encore épuisée par les effets des traitements de chimiothérapie, Nathalie décide de reprendre le travail, sans écouter son corps. « Au final, j’ai explosé en plein vol ! On ne mesure jamais la durée des effets secondaires du traitement. Lorsque j’étais en chimio, je n’étais pas juste fatiguée, je parle carrément d’anéantissement. Parfois, je n’avais même pas la force de traverser une rue et il fallait que je trouve un banc pour m’asseoir immédiatement. Et puis la chimiothérapie a des effets sur les fonctions cognitives comme la mémoire. Quand je regardais la télévision, j’avais l’impression que ça allait trop vite ! »

Finalement, Nathalie quitte son cabinet et décide qu’elle doit donner un sens à cette expérience. Avec l’aide d’un ami, l’évidence lui saute aux yeux : utiliser ses compétences dans les RH et le coaching pour accompagner les entreprises dans la réintégration des salariés malades, sachant que 80% des salariés touchés par le cancer reviennent dans les deux ans suivant le diagnostic. L’ambition de son association Entreprise et cancer est donc de sensibiliser les entreprises à travers des conférences mais aussi de proposer un accompagnement sur-mesure, au cas par cas.

  1. L’annonce de la maladie

Un soutien dont a bénéficié Bénédicte, 34 ans, acheteuse pour un grand groupe international. La jeune femme vient d’accoucher de son premier enfant lorsqu’elle découvre une boule suspecte dans sa poitrine à l’occasion d’un sauna avec une amie. « J’ai appris le résultat de la biopsie par téléphone alors que j’étais sur mon lieu de travail. J’étais en train de vider mes cartons quelques minutes auparavant. J’ai repris mes affaires et je suis partie sans rien dire. Je crois que je ne me rendais pas encore compte de la nouvelle », se souvient-elle. Quelques jours plus tard, elle annonce son cancer à son manager et à sa DRH. « Ils étaient choqués et ont réagi de manière bienveillante. Je leur ai dit que je devais partir un an, et il se trouve que ma remplaçante de congés maternité devait terminer son contrat le jour même. Elle a donc pris la relève ».

  1. Le maintien du lien

Tout au long de sa maladie, Bénédicte a gardé le lien avec l’entreprise par le biais de courriers ou messages téléphoniques de ses collègues, et de sa DRH. « J’allais aussi déjeuner avec la personne qui me remplaçait car je m’étais liée d’amitié », raconte la jeune femme.

« Le maintien de ce lien est essentiel pour faciliter le retour dans l’entreprise », martèle Nathalie Vallet-Renart, mais il doit se faire selon les modalités du salarié malade. Souhaite-t-il être contacté par un seul membre de l’équipe ? Par mail, téléphone, SMS ? Aimerait-il recevoir les compte-rendus des réunions ? Le journal de l’entreprise ? « Ce qui est important c’est de ne pas projeter ce que l’on désirerait, mais de le demander à la personne. Mais également d’associer toute l’équipe aux différentes initiatives », analyse la fondatrice d’Entreprise et Cancer. Et d’ajouter : « si votre collègue malade ne répond pas à vos SMS, continuez à lui écrire car cela lui fera toujours chaud au cœur. Il ne répond sûrement pas car il est incapable de le faire tant les traitements sont éprouvants ».

  1. Bien préparer la reprise

Si Nathalie devait retenir une seule chose de sa propre expérience, ce serait sûrement que ce n’est pas parce que l’on a envie de retourner au travail, qu’on en est capable, tant physiquement que mentalement. C’est pour cela que la visite chez le médecin du travail en amont est indispensable afin d’aménager le poste en fonction des besoins et capacités du salarié.

Car le retour au travail est éprouvant. Il faut assumer le regard des autres sur un corps parfois meurtri, accepter la surprise, l’embarras. « Le milieu du travail impose une réelle mise à nu car l’on sort d’un environnement médical où l’on a été choyé », se souvient-elle. On peut alors éprouver un profond sentiment de solitude dans ce monde où tout va très vite. « La maladie nous renvoie à la possibilité de la mort, et cela est si violent que ça résonne en nous pendant longtemps, sans que l’on sache définir ce qui a changé. Cette possibilité de la mort, c’est d’ailleurs ce qui touche nos collègues qui s’identifient à nous, parce qu’ils ont des enfants du même âge », poursuit-elle.

De son côté, Bénédicte a décidé de prendre trois mois pour se remettre en forme avant de reprendre le travail. « J’ai senti que j’avais besoin d’un sas de décompression. Je ne pouvais pas continuer le fil de ma vie comme si de rien n’était. Alors j’ai pris trois mois pour prendre soin de moi », explique-t-elle. Tout au long de son parcours médical, Bénédicte a continué à faire du yoga puis a repris la course à pieds, le badminton. Des moments de décompression salutaires, et c’est donc sans hésitation qu’elle a accepté de participer à Artemis, un programme de réadaptation physique dédié aux femmes atteintes d’un cancer du sein à Lyon. Marche nordique, balnéothérapie, stretching, séances de kiné, possibilité de consulter un diététicien ou une psychologue, ce programme de deux jours complets par semaine a été pour elle une vraie renaissance. « Grâce à l’association A chacun son Everest, j’ai aussi participé à une semaine de retraite dans la montagne. Nous marchions, faisions de l’escalade ou discutions au coin du feu de ce que nous avions vécu, ça a été un moment exceptionnel », se souvient-elle.

  1. Le jour J

Le jour du retour en entreprise est sans aucun doute le plus délicat. Pour Nathalie Vallet-Renart, il est important de marquer le coup en organisant un petit-déjeuner avec l’équipe, en présence du manager et des RH. « L’idéal serait même d’organiser un parcours de réintégration du salarié, afin qu’il puisse être au courant des dernières évolutions de l’entreprise », estime-t-elle. « Il faut aussi noter que lorsque les relations sont bonnes avant l’annonce de la maladie, le retour est facilité ».

Pour Bénédicte, le retour au travail s’est fait ressentir comme une nécessité lorsqu’elle a retrouvé davantage d’énergie. « A la fin de cette période off, je connaissais toutes les têtes des retraités qui promenaient leur chien dans le quartier. Le travail, c’est aussi une question de place dans la société », énonce-t-elle.

Pour sa rentrée, ses collègues lui avaient préparé des éclairs et un gâteau pour le petit-déjeuner. « J’ai compris qu’ils étaient heureux de me voir de retour. Je pense aussi que cela est dû au contexte de mon entreprise. Je sais que mon manager a perdu un proche du cancer, et l’un de nos collègues atteint d’un cancer du colon a succombé à la maladie alors qu’il était encore plus jeune que moi », raconte-t-elle. Quelques jours après sa réintégration, Bénédicte a retrouvé Nathalie qui l’aidait dans cette réinsertion, ses collègues et son manager lors d’une réunion un peu particulière. « Chacun a pu dire ce qu’il avait sur le cœur. Mes collègues étaient très émus de me revoir, et cela m’a réconfortée de sentir que j’étais attendue ».

Durant cette première année, Bénédicte a travaillé en mi-temps thérapeutique. « Je n’ai pas pu reprendre exactement mon poste d’avant, car il était trop stressant, et mon manager m’a donc confié des tâches plus simples intellectuellement. Les premiers mois, je me souviens que lorsque je finissais le mercredi midi, je m’écroulais de fatigue l’après-midi ».

  1. Et après

Une fois cette étape du retour passée, il ne faut pas non plus baisser la garde. « Je pense qu’il est important de s’adresser à la personne le plus naturellement possible, sans oublier qu’elle est passée par des moments difficiles et qu’il faut y aller doucement », soutient Bénédicte qui retire de cette expérience un certain recul sur la vie et le monde de l’entreprise. « Clairement, plus personne ne me stresse au boulot (rires) ! Le plus important pour moi est de rentrer le soir m’occuper de ma famille ». Une prise de recul qui amène régulièrement les travailleurs atteints d’un cancer à reconsidérer leur carrière et la balance entre leur vie personnelle et professionnelle.

Quant à Nathalie Vallet-Renart, cette dernière plaide pour un art de la délicatesse. «  Souvent, après quelques mois, on ne pardonne plus autant à la personne de ne pas être aussi efficace qu’auparavant, mais il faut bien garder en tête qu’après un cancer, on n’est ni tout à fait la même personne, ni tout à fait une autre. On a à la fois envie et pas envie que l’on prenne soin de nous. Il ne faut donc pas hésiter à prendre un peu de la charge de travail de l’autre car la performance est collective et pas individuelle. Et, même si l’on craint de ne pas trouver le mot juste, simplement dire à notre collègue que notre porte est ouverte. Pour moi, le cancer est une bonne façon de mettre à l’épreuve les valeurs de l’entreprise qui peut en ressortir grandie. Il est difficile de savoir jusqu’où celle-ci doit aller dans l’accompagnement de ses salariés. Mais ce qui est évident, c’est que le travail est une communauté de vie, et qu’une éthique de l’attention est indispensable. ».

@Paojdo

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