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Entrepreneuriat: le graal d’une génération

10.06.2015

« Plus tard, je serai entrepreneur. » C’est du moins le souhait formulé par un Français sur deux âgé de 18 à 24 ans, à en croire le baromètre d’avril 2015 de la société de capital-investissement Idinvest. Plus d’un jeune sur 4 affirme même avoir une idée concrète de société. Comment expliquer cet engouement pour la création ? Enquête.

« Au cours des dix dernières années, nous avons monté une entreprise, l’avons revendue après avoir embauché quasiment 150 personnes. Puis, nous avons recréé une nouvelle société, levé des fonds. » Tatiana Jama et son associée Lara Rouyres voulaient écrire leur histoire. Elles ne le regrettent pas une seconde. « Nous avons vécu 1000 choses qui ne seraient pas arrivées aussi vite en étant salariées. »

Les jeunes femmes, 31 ans toutes les deux, sont les fondatrices de Selectionnist, une application permettant de retrouver le nom et la marque d’un objet vu dans un magazine rien qu’en le photographiant. Le concept a le vent en poupe : Tatiana et Lara viennent de lever 2 millions d’euros.

Auréolées de leur succès, ces créatrices du digital regorgent d’enthousiasme : « l’entrepreneuriat est un monde où vous vous sentez vivre. C’est très excitant. Chaque jour apporte son lot de challenges », affirme Tatiana Jama.

Créer sa structure : mode ou nouveau paradigme ?

Ces deux trentenaires ne sont pas les seules à avoir attrapé le virus entrepreneurial. En 2014, plus de 550 000 entreprises ont été créés. Parmi leurs fondateurs, de jeunes start-uppers enthousiastes et pour répondre à leurs envies, des incubateurs et des pépinières qui fleurissent. Arrivée en France il y a six ans, Roxanne Varza, responsable d’un programme d’accompagnement des start-ups chez Microsoft, a nettement observé le phénomène : « j’ai assisté à des développements incroyables ! En 2009, il y avait peu d’accélérateurs, seulement quelques fonds d’amorçage. Les médias ne parlaient pas beaucoup de l’entrepreneuriat. » Tout le contraire d’aujourd’hui, affirme-t-elle. Comment l’expliquer ? « Je pense que c’est à la mode !, s’exclame cette passionnée de la création, trentenaire elle aussi. Les jeunes veulent voyager, avoir un travail flexible et surtout contrôler leur activité professionnelle. » Autant d’envies catalysées, selon elle, par la crise économique.

Une description correspondant aux aspirations ayant poussé les fondatrices de Selectionnist à se lancer : « A la base, Lara et moi, après des études de droit, avions décidé d’être avocates, par envie d’indépendance. Nous avons été toutes les deux vite désillusionnées dans ce monde beaucoup trop hiérarchique à notre goût. » Résultat, les deux acolytes se réorientent en école de commerce : « on s’est dit : c’est maintenant ou jamais”, se rappelle Tatiana. Un goût pour l’aventure caractéristique d’une époque : « Nous sommes une génération qui veut prendre plus de risques. Pourquoi ? Car nous sommes beaucoup à la recherche de challenges, de sens. Les modèles classiques de salariat répondent moins aux désirs des Y et Z, » analyse-t-elle.

Entrepreneures au féminin : des écueils bien connus à contourner

Un engouement incontestable donc qui présenterait des avantages particuliers pour les femmes. « Un certain nombre d’entre elles, à force d’avoir du mal à évoluer professionnellement, délaissent les entreprises classiques pour créer leur activité », explique Pascale Bracq, présidente de Femmes et Société, le réseau féminin de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Elle alerte cependant : « le plafond de verre n’est pas une caractéristique propre à l’entreprise. Il a sa variante entrepreneuriale. Là où une salariée va avoir du mal à oser demander une augmentation, une entrepreneure va réclamer à son banquier un prêt moins important qu’un homme pour un même projet. »
Pour tenter de remédier au problème, le réseau féminin de Sciences Po lance ce mois-ci le « Rendez-vous des entrepreneures », une série d’ateliers pratiques à l’adresse de ses diplômées. Au programme de ce premier échange : les bonnes techniques pour défendre ses marges.

Des ingrédients clés pour optimiser sa start-up

Tatiana Jama et Lara Rouyres se sont elles tournées vers l’incubateur d’HEC au moment de se lancer. « Nous avons eu la chance d’avoir autour de nous des gens qui nous ont bien entourées, commente à ce propos Tatiana. Certains sont devenus des mentors, jouant un rôle clé dans notre développement. »

Deuxième élément facteur de succès selon l’entrepreneure : trouver un concept répondant à un besoin du quotidien. « Pour Selectionnist, nous avons réalisé que les femmes déchiraient des bouts de papier et allaient en boutique en disant « je veux ça », se rappelle-t-elle. De l’autre côté, il y avait une attente des annonceurs et des agences sur la possibilité d’avoir des données concernant les consommatrices. »

Aujourd’hui incubée à la BPI, la créatrice a bien quelques conseils à distiller à celles qui seraient séduites par l’aventure entrepreneuriale. « Il faut bien choisir son associé. Beaucoup de sociétés ferment pour des questions humaines. »

Autre recommandation : « Je pense qu’il est plus facile de se lancer directement à la sortie d’école. On est plus insouciant à 25 qu’à 35 ans et il faut être un peu fou pour pouvoir lancer sa structure », s’amuse Tatiana. « C’est d’autant plus important lorsque l’on est une femme, ajoute-t-elle. On prend moins de risque à le faire sans enfant. »

Vers une redéfinition de l’échec entrepreneurial ?

Le risque de l’échec justement: comment dompter ce compagnon éternel des entrepreneurs ? Pour Roxanne Varza, « le mieux est que des entrepreneurs installés racontent leurs erreurs, que l’on soit dans une logique d’apprentissage. » Afin de concrétiser l’idée, la jeune femme est aux commandes depuis 2012 des Failcon, des conférences dédiées à l’échec entrepreneurial. Leur but ? Faire en sorte que les fautes des uns servent aux autres.

Revendre une expérience entrepreneuriale ratée ne devrait pas non plus être un obstacle : « lorsque l’on a essayé de monter quelque chose, on a occupé un poste de management, donc on peut attendre des responsabilités un peu plus élevées que quelqu’un qui aurait été juste salarié, assure Roxanne Varza. D’ailleurs, quand ils se rendent compte de toutes les compétences accumulées par d’anciens entrepreneurs, les employeurs potentiels tendent à être beaucoup plus ouverts. »

Une analyse qui peut étonner dans un contexte français. Pourtant, le son de cloche est le même du côté de Tatiana Jama : « les sociétés aujourd’hui valorisent beaucoup plus d’avoir monté une entreprise plutôt que d’avoir été junior dans une autre structure. C’est en tous les cas ce que j’entends autour de moi depuis quelques années. » Comment explique-t-elle cette tendance ? « Avoir été entrepreneur rime avec grande capacité de travail, curiosité et multiplicité des compétences. » De son côté, Pascale Bracq confirme: “les personnalités créatives, opiniâtres, courageuses, autonomes sont des profils qui se revendent.”

Des capacités valorisées donc dans cet univers du tout numérique où les aptitudes à innover et à s’adapter à un monde mouvant sont recherchées. Et Tatiana Jama de conclure : « les entreprises sont de plus en plus en quête d’intrapreneurs. Quoi de mieux pour elles que d’embaucher d’anciens entrepreneurs ? »

 @clairebauchart

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