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Raphaëlle Monod, des JO à la cosmétique bio

Elle est à l’image du sport qui l’a forgée. Calme, centrée, déterminée. Toujours prête à rebondir. Star du circuit mondial de ski de bosses dans les années 80, 90, Raphaëlle Monod-Sjöström a lancé il y a deux ans SNÖ Eternelle, une marque de cosmétiques bio haut-de-gamme. Récit d’une vie de conviction.

 « J’ai eu une enfance très gâtée », concède cette fille unique de passionnés de voile qui a grandi entre Annecy et La Clusaz. Les mois d’été, la montagnarde prend le large sur le bateau de ses parents, bercée par les vagues, le vent et le soleil. « Comme je n’avais pas de frère ou de sœur, j’observais les moindres détails sur l’eau. Je pense que cela a développé mon côté contemplatif », analyse-t-elle. Un amour de la nature qui la met très tôt sur les spatules, dans l’un des meilleurs clubs de sport des Alpes. La Clusaz a en effet le don de faire éclore des champions. A l’époque, Raphaëlle partage l’affiche avec Edgar Grospiron, son pendant masculin. Dans son fan club s’agite un certain Candide Thovex, un autre Clusien devenu star du ski freestyle.

De 12 à 25 ans, qu’il neige ou qu’il vente, la championne passe plus de 8H par jour sur les pistes et parcourt le monde pour les plus grandes compétitions internationales. « Mes parents m’ont dit quelque chose de très drôle : Raphaëlle, tu ne peux pas tout faire. C’est soit les études, soit le ski », se souvient-elle. Le bac en poche, ce sera le ski. A son palmarès ? Une médaille d’argent aux JO de Calgary en 1988, et pas moins de 45 podiums en coupe du monde, circuit qu’elle remporte sans le savoir en 1989 alors qu’elle s’apprête à s’élancer pour trois nouvelles étapes dont elle pouvait se passer pour remporter le titre.

En réalité, la compétition n’est pas son moteur. « C’est venu naturellement, davantage par goût du voyage et par amour de ces paysages grandioses. Lorsque je me regarde en vidéo, je suis toujours étonnée car j’étais une vraie lionne. Le ski de bosses est un sport extrêmement éprouvant où il faut tout donner en 30 secondes. Pourtant dans la vie, je suis une personne très posée… il faut se méfier des eaux qui dorment », plaisante-t-elle.

La maîtrise de soi pour éviter les sorties de piste

De cette époque unique, Raphaëlle Monod garde un souvenir heureux. « Nous n’avions pas à nous soucier des sponsors à l’époque, tout passait par la Fédération. Nous avons été très chanceux », estime-t-elle. Elle en tire aussi de précieux enseignements pour sa nouvelle vie d’entrepreneure. La maîtrise de soi et le calme pour éviter la sortie de piste. La concentration pour rester fixé sur l’essentiel et ne pas se laisser influencer par l’environnement. Raphaëlle puise aussi l’inspiration dans ses lectures, à l’image de « L’athlète au cœur guerrier » de Dan Millman, un ouvrage fondateur pour son cheminement personnel.

Puis du jour au lendemain, Raphaëlle décide de raccrocher les spatules sans attendre la blessure ultime. Bien sûr, en bonne championne de ski de bosses, elle compte déjà trois vis dans ses genoux. « Mon corps me disait que c’était le moment d’arrêter. Et je ne regrette pas. J’ai presque 50 ans et je n’ai pas d’arthrose. Je continue à pratiquer la gyrotonic, la marche en montagne et à surfer », nous confie-t-elle. Si elle rate de peu le sacre aux JO, l’athlète sent qu’elle est allée au bout de son aventure et en retire une pleine satisfaction.

L’après, elle ne l’a pas trop anticipé. Elle développe des événements, travaille dans la communication, et manage l’équipe de freeride. Mais, après 10 ans de combat, Raphaëlle rêve surtout de fonder une famille et de se laisser porter par la vie. Son vœu le plus cher se réalise lorsqu’elle croise le chemin du futur père de ses trois filles – un suédois – en Alaska, « un endroit où l’on est censé rencontrer personne », plaisante-t-elle. Pendant plusieurs années, la jeune mère de famille aide son mari dans son travail de photographe publicitaire.

Parallèlement, Raphaëlle Monod approfondit ses connaissances sur la cosmétique naturelle. Sa peau extrêmement intolérante ne supporte aucun agent chimique. « Déjà, lorsque j’étais athlète, j’étais sensibilisée à cette question puisque les contrôles anti-dopage inopinés nous forçaient à adopter une pharmacie nature », se souvient-elle. Son corps étant son outil de travail, elle découvre avec intérêt les rituels de soin à travers le monde, s’enduit d’argile et compose ses huiles de massage avec du millepertuis et de l’arnica.

De l’échec au succès

Puis une première opportunité vient frapper à sa porte il y a 13 ans. Un grand groupe lui donne carte blanche pour créer une marque pionnière dans la cosmétique bio en grande surface. La formule fonctionne et les produits se retrouvent propulsés dans 1200 supermarchés à travers la France. Un succès commercial mais un échec personnel. « Je n’étais pas satisfaite car je n’arrivais pas à faire du 100% naturel. La contrainte de prix était trop forte. La séparation ne s’est pas très bien passée avec le groupe et j’ai été très déçue. Je me suis un peu renfermée sur moi-même après cette expérience », se souvient-elle. Elle en retire cependant un enseignement : il ne faut jamais corrompre ses valeurs et toujours s’en tenir à sa première vision.

Raphaëlle se retire du monde des affaires et donne naissance à sa troisième fille. Puis, soutenue par son mari, elle décide de recommencer, seule cette fois-ci, et de mettre tout son cœur dans une gamme courte de trois produits : un solaire, une crème hydratante, et une huile de massage. C’est ainsi que nait SNÖ Eternelle il y a deux ans.  « Le sport m’a appris à rebondir.  Perdre les JO a été difficile, mais j’ai accepté mes faiblesses et suis repartie », analyse-t-elle. Pendant de longs mois, Raphaëlle travaille la formulation de ses produits avec un laboratoire. Un concentré de principes actifs issus à 100% de l’agriculture biologique, sans eau. Une qualité qui a un prix et nécessite un positionnement plutôt haut-de-gamme (comptez 36€ pour la crème de jour).

« Une personne met environ 400 substances chimiques sur sa peau chaque jour »

Assez naturellement, les produits prennent leur place dans les SPA des plus beaux hôtels des Alpes. Mais l’entrepreneure espère bien abaisser ses prix en réalisant davantage de volume via une diffusion élargie, notamment en pharmacie, marché qu’elle est actuellement en train de tester. « L’export est aussi un vrai levier pour moi, car j’ai déjà des sollicitations. Souvent, on me téléphone pour me demander le service marketing, alors que je suis seule à travailler sur ma marque. Il m’arrive alors de faire semblant d’être une autre personne en changeant ma voix (rires) ». Pour se développer, Raphaëlle Monod prépare une levée de fonds afin d’enrichir sa gamme de nouveaux produits. Elle aimerait notamment proposer une alternative aux shampoings et gels douche qui polluent nos lacs et océans. « Une personne met environ 400 substances chimiques sur sa peau chaque jour, et tout cela n’est pas biodégradable. C’est pour cela que j’ai choisi de verser 1% de mon chiffre d’affaires à une ONG pour sensibiliser plus de 15000 jeunes à la question de la protection de l’eau », poursuit-elle.

Proposer un produit 100% bio est un combat de tous les jours, tant les lobbies dans l’univers de la cosmétique sont puissants (la parfumerie et les cosmétiques génèrent 44 milliards d’euros de CA en France). Mais Raphaëlle Monod poursuit son chemin avec ténacité et espère bien se faire adopter par la nouvelle génération de consommateurs responsables. Et de conclure : « je me vois marcher de pierre en pierre sur une rivière à contre-courant. Je ne sais pas exactement où je vais, mais je sais que j’avance ».

@Paojdo

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