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Estelle de Seze : avec Student Pop, elle bouscule le marché du job étudiant

Après une carrière d’analyste, Estelle de Seze a tourné le dos au confort de la banque pour co-fonder Student Pop, la solution qui modernise le recrutement étudiant. Itinéraire d’une trentenaire au franc-parler.

Si elle estime qu’aujourd’hui, son parcours n’a rien d’atypique, Estelle de Seze fait partie de ces millennials précurseurs qui ont tout plaqué pour monter leur entreprise, bien avant la glorification du startupper. Aujourd’hui âgée de 36 ans, elle n’avait que 28 ans lorsqu’elle a quitté son job d’analyste chez BNP Paribas pour réfléchir à ses aspirations profondes. Plus qu’un effet de génération, c’est avant tout sa personnalité qui l’a poussée hors de sa zone de confort. « Je suis très entière, et j’avais clairement l’impression de frauder avec moi-même. Je n’utilisais pas mon plein potentiel, et surtout, je ne faisais pas ce métier pour les bonnes raisons », se souvient l’entrepreneure. Elle décrit ainsi un milieu de « paillettes et d’argent », un microcosme « cultivant l’élitisme » auquel il n’est pas aisé de renoncer tant il favorise « l’émergence d’un petit égo ». « Je travaillais 15H par jour, mais l’exotisme des villes dans lesquelles j’habitais (New-York et Sao Paulo) compensait cette insatisfaction que je sentais grandir, jusqu’au jour où je n’ai plus pu la réfréner », ajoute-t-elle.

« On m’a dit que j’étais à la fois un tailleur Chanel et un jean troué »

Contre l’avis de son entourage, elle décide de s’offrir un bilan de compétences, se détachant ainsi de tous les schémas sociaux et sociétaux liés à ses études et au milieu qu’elle avait toujours fréquenté. A 28 ans, Estelle de Seze se retrouve au RSA, et loge dans une chambre de bonne en échange de ses soins pour une personne âgée.  Un choix difficile à assumer mais dont a rapidement émergé une grande sensation de liberté. « Au début, il faut creuser pour découvrir qui l’on est, ce qui n’est pas facile quand on est jeune. Il faut accepter d’être bousculé dans nos croyances. Je me souviens d’une graphologue qui m’a dit que j’étais à la fois un tailleur Chanel et un jean troué, alors que je ne me voyais pas comme quelqu’un de créatif. Au final, j’ai accepté d’y aller étape par étape, d’accepter une nouvelle temporalité », analyse-t-elle.

Elle décide donc d’explorer les trois voies révélées par son bilan de compétences. La première exploite son appétence pour le travail journalistique, la menant à élaborer des études qualitatives sur des sujets très variés. Une expérience de deux ans dont elle garde un excellent souvenir, interrompue par la proposition d’un ami dont le père venait d’acheter un domaine viticole en Uruguay. C’est ainsi qu’Estelle se retrouve à créer la marque du domaine, monter la structure administrative, créer le réseau de distribution ou encore trouver les partenaires de la marque. Une expérience « from scatch » durant laquelle Estelle éprouve sa fibre entrepreneuriale.

70% des étudiants ne trouvent pas de job

En 2016, Estelle de Seze voit à nouveau son destin basculer lorsqu’elle rencontre ses futurs associés : Ouriel Darmon, responsable produit et communication, Damien Angeli, spécialiste en business development et Mickaël Monsang, CTO. « Moi qui n’avais même pas un Iphone, c’est assez drôle de me dire que j’ai co-fondé une boîte dans le digital », s’amuse Estelle, en charge du management opérationnel et humain de la startup. Student Pop est née du constat suivant : le marché du job étudiant est profondément dysfonctionnant, à cause d’une difficulté à faire coïncider l’offre et la demande, pourtant pléthorique. Ainsi, 70% des étudiants ne décrochent pas de job, parce qu’ils ne trouvent pas de travail compatible avec leurs contraintes horaires, parce qu’ils n’ont pas d’expérience ou pas les compétences, sans parler des discriminations, qu’elles soient raciales, physiques, ou, cas très fréquent, liées à l’accent de l’étudiant. Du côté des entreprises, trouver des étudiants pour des petites missions peut s’avérer être un vrai calvaire, les devis des sociétés étant difficiles à obtenir avec des tarifs souvent très opaques.

Un cadre éthique pour contourner les biais de recrutement

Student Pop a ainsi voulu relever le défi en digitalisant toutes les tâches à faible valeur ajoutée, mais surtout en créant un cadre économique, juridique et surtout éthique à un marché qui n’en avait aucun. Soucieuse de remettre l’humain au cœur du processus, la startup a parié sur un modèle singulier : elle mise sur les soft skills et non pas les diplômes en rencontrant elle-même les candidats avant de les intégrer sur sa plateforme. Mais là où Student Pop se démarque encore plus de ses concurrents, c’est que ses clients ne peuvent ensuite pas sélectionner les profils : la startup choisit elle-même les étudiants qui vont réaliser les missions. Un travail réalisé par les équipes opérationnelles et commerciales qui gèrent à la fois leur portefeuille client mais aussi les entretiens avec les candidats (environ 20% de leur temps). « Lorsque nous étions en pleine levée de fonds, certains nous ont reproché que notre modèle n’était pas scalable. Or, recevoir des candidats en entretien ne prend pas plus de l’équivalent d’un temps plein dans l’entreprise », explique Estelle.

Aujourd’hui, 60 000 étudiants se sont déjà inscrits, et 12 000 sont à pied d’œuvre. Les équipes comptent 50 salariés (bientôt 75). « Nos équipes se concentrent à la fois sur la relation client, en passant beaucoup de temps en rendez-vous afin de cerner au mieux les attentes, mais aussi sur la relation avec les étudiants. Notre but n’est pas d’être une plateforme mais bien de fédérer une communauté », martèle la fondatrice. L’entreprise se focalise aussi sur la création d’un algorithme permettant de créer un parcours apprenant pour l’étudiant, et ainsi de le faire évoluer au fil de ses missions. La startup a également fondé la Pop School, une école de savoir-être pour les étudiants.

« Nous étions rentables avant notre levée de fonds »

L’an dernier, Student Pop a levé 3 millions auprès d’un fonds à impact social. Une levée qui leur a permis d’accélérer la croissance, en poursuivant le travail mené sur le marché français et en projetant d’aller tester l’international via des POC. « Nous avons évité certains écueils des jeunes entrepreneurs en ne cherchant pas à lever des fonds pour lever des fonds, mais en éprouvant notre produit au préalable puisque nous étions déjà rentables. C’est l’avantage d’être quatre associés car nous avons pu mettre à profit nos cerveaux pour zéro euros », analyse Estelle de Seze. Avant de réaliser sa grosse levée de fonds, l‘entreprise a bénéficié d’une bourse de 60 000€ ou encore d’un prêt avec la BPI, ainsi que d’une mini levée de 300 000€ auprès d’un petit fonds.

Soucieux de ne pas céder à l’injonction de l’hypercroissance, Estelle et ses associés avancent pas à pas, mais avec une grande confiance en l’avenir. L’entrepreneure est ainsi convaincue que « l’audace paie toujours, et que les rares fois où cela ne fonctionne pas, on apprend tellement que cela finit par payer ». Toutefois, elle se garde bien d’encourager chacun et chacune à enfiler le costume de startupper ! « C’est un métier difficile qui ne peut pas matcher avec toutes les personnalités. Ceci étant dit, vous ne devez pas hésiter à quitter un poste qui vous rend malheureux, et à vous poser les bonnes questions : ayez de l’ambition pour vous-même ! ».

@Paojdo

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