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Deemah Alyahya: une leader de la tech made in Arabie Saoudite

22.05.2019

L’Arabie Saoudite n’est pas vraiment connue pour son ouverture envers les femmes où elles demeurent encore aujourd’hui sous tutelle masculine de leur naissance jusqu’à leur mort. Pourtant, au Royaume des Saoud, certaines font figure d’exception. C’est le cas de Deemah Alyahya que nous avons rencontré à Vivatech 2019. Cette jeune femme est l’une des figures de la transformation digitale de son pays, siégeant notamment au conseil d’administration de nombreuses organisations comme la fédération saoudienne pour la cyber sécurité ou au Conseil pour l’économie digitale du World Economic Forum. Portrait d’une battante qui a su se forger un destin.

Une icône de la tech au royaume des Saoud

Regard lumineux et déterminé, Deemah Alyahya, en abaya noire fait figure d’OVNI au milieu des entrepreneurs de la tech en baskets, jeans et t-shirts qui déambulent dans les allées de Vivatech. Pourtant, loin des clichés et des apparences, c’est à une vraie Geek que nous avons à faire. Elle est toute jeune quand elle tombe dans la marmite : « Je suis tombée amoureuse de la technologie à 12 ans et j’étais déterminée à étudier les computer Sciences. » Car à l’époque, elle a déjà des rêves dont celui de travailler avec Bill Gates, ce qu’elle fera quelques années plus tard indirectement puisqu’elle sera la première femme à diriger l’innovation digitale et l’expérience client de Microsoft en Arabie Saoudite.

Pourtant avant ces succès, Deemah a dû se battre pour exister dans un monde d’hommes : la tech et au sein d’une culture saoudienne très patriarcale où les femmes restent aux yeux de la loi des mineures toute leur vie. Elle l’admet d’ailleurs : « Après mon bachelor, j’ai eu beaucoup de mal à me faire accepter comme femme dans la tech. » En 2004, très intéressée par le monde boursier, elle travaille pour le Stock Exchange et se retrouve seule dans un petit bureau où elle peine à communiquer avec ses collègues masculins, « J’ai dû gagner leur confiance, je me demandais toujours comment je pouvais avoir leur attention, je les laissais mettre leur nom sur le travail que j’avais fait, je faisais le sale boulot mais à la fin ce sont eux qui m’ont demandé de m’asseoir à leurs côtés car ils ont bien vu que j’étais indispensable à leur réussite ! »

Un rôle model catalyseur des ambitions féminines ?

Deemah n’aime pas le rapport de force et elle le dit souvent aux femmes pour qui elle est devenue un rôle model : « Ne tenter pas de combattre la situation dans laquelle vous êtes, ni vos valeurs mais travailler autour. » Une révolution de velours qu’elle mène depuis ses débuts mais qui commence à porter ses fruits: le gouvernement a ouvert depuis quelques temps des départements pour aider les femmes à prendre leur place dans l’économie digitale du pays. Une situation qui frise le paradoxe puisqu’elles sont 99% à détenir un bachelor et représentent 64% des diplômées en informatique : « Le reste du monde peine à attirer les femmes dans les STEM alors que chez nous c’est organique. Le sujet désormais est de les garder dans ce secteur d’activités. Beaucoup vont dans les affaires car il y a plus d’opportunités et d’évolution professionnelle. »

Aujourd’hui, mentor informelle de nombreuses femmes dans son pays comme Lujain Alubaid, cofondatrice d’un incubateur destiné aux entrepreneurs sociaux, Deemah n’a pas de recette magique pour aider les femmes à trouver leur place dans cette société saoudienne mais elle aime à dire qu’il faut se fixer des challenges car c’est de là que naissent les opportunités. C’est cet état d’esprit de battante qui l’a poussé à se former toute seule à Sharepoint, un logiciel développé par Microsoft. Un pari gagnant qui lui ouvre les portes de l’entreprise américaine: ” J’ai reçu un appel de Microsoft et suis devenue en charge du développement de l’expérience et de l’innovation digitale avec pour mission de faire grandir la communauté de développeurs et l’écosystème entrepreneurial.” C’était en 2010…le début de son ascension et de son engagement en faveur du développement de l’entrepreneuriat qu’elle poursuit aujourd’hui au sein de la Misk Foundation qui se présente comme un « One stop shop » pour toute personne qui a une idée innovante et souhaite la développer : « nous amenons des partenaires internationaux mais aussi locaux et nous les connectons à nos entrepreneurs. »

Quel avenir pour les femmes saoudiennes ?

Et les femmes dans tout cela ? Car Deemah le reconnaît, elle reste une exception dans ce pays très patriarcal et avoue qu’elle a eu de la chance d’avoir des hommes « sponsors » qui l’ont soutenu dans son parcours, le premier d’entre eux étant son père qui raconte t’elle, partit jusqu’en Inde pour lui ramener le premier Mac : « Il m’a donné les clés pour réussir et c’est toujours mon plus grand mentor. » Quant à son mari, il est son premier supporter : « il a une influence immense, sans lui je ne serais pas là où je suis maintenant. Il est la maman de mes enfants quand je ne suis pas là, le fils de ma mère quand je suis absente. Il est me motive et est très fier de moi. »

Pour la plupart des femmes saoudiennes, l’histoire n’est évidemment pas la même, elles doivent se conformer aux conventions qui régissent la société : rentrer tôt du travail pour s’occuper des enfants etc…Quant aux femmes entrepreneures, si elles sont majoritaires dans son incubateur au niveau amorçage, elles disparaissent après. Son explication : « leur manque de confiance, une difficulté à travailler avec des clients et la peur de ne pas avoir de soutien financier.» Beaucoup se tournent vers le secteur privé ou public qui leur offre une sécurité et leur permet de gérer sans doute plus facilement leur vie domestique.

Deemah voit cependant des signes de changement dans le Royaume. Le plan « Vision 2030 » de l’Arabie Saoudite vise notamment à préparer le pays à l’ère post-pétrole et à entrer pleinement dans l’ère digitale. Or, les femmes ont une place particulière puisqu’elles dominent académiquement ce secteur. Encore faut-il les convaincre de rester ! les chiffres semblent encourageants, le nombre de femmes dans l’IT est passé de 6% à 13% entre 2016 et 2018. Le Ministère en charge des lois qui régissent le Royaume a également ouvert un nouveau département pour s’occuper des problématiques que rencontrent les femmes pour ouvrir leur entreprise, les aider à obtenir des fonds. De son côté, Deemah vient de lancer Women Spark Initiative, un réseau de business angels femmes qui apporte des outils pour investir et tenter de « matcher » start-ups et investisseurEs.

Seul bémol, dans un pays où l’ouverture d’un compte en banque, le droit de travailler, de faire des études, de se marier, de voyager est toujours soumis à l’approbation d’un parent masculin, la révolution dont Deemah Alyahya nous parle ira t-elle jusqu’à octroyer aux femmes leur autonomie et faire de cette “maverick” non pas une exception mais la norme ? A suivre.

@veroniqueforge

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