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Clémence Guerrand: mettre en lumière les femmes chefs d’orchestre

21.02.2019

Elle vient de lancer le premier concours mondial itinérant de femmes chefs d’orchestre, le festival Mawoma avec le soutien notamment de la Maison Cartier. Rencontre avec Clémence Guerrand, pianiste et concertiste qui a décidé de mettre son talent au service des femmes et de la musique.

Le Festival Mawoma est le premier concours consacré aux femmes chefs d’orchestre, comment est né ce projet ? 

Selon la SACD*, il y a 21 femmes sur 590 chefs d’orchestre ! En tant que pianiste j’étais aux premières loges pour voir cette faille et j’ai voulu y remédier en organisant ce concours mondial itinérant qui récompensera une chef d’orchestre de moins de 40 ans lors de l’étape finale.


Comment expliquez-vous le peu de femmes dans ce métier ? 

Il y a d’abord dans l’esprit commun, le mythe du grand Maestro du XX ème siècle, il n’y a donc pas d’autres modèles que celui de l’homme. On ne s’imagine pas qu’un orchestre puisse être dirigé par une femme. Par conséquent, il y a une absence totale de modèle, cela n’invite évidemment pas les jeunes femmes à s’identifier en tant que chefs d’orchestre. Ces grands mythes comme Herbert Von Karajan, Bruno Walter n’ont fait qu’installer le fait que seuls des hommes pouvaient être à la tête d’orchestres.

Après, il y a d’autres freins véhiculés par certains hommes comme le fait que les femmes ne seraient pas physiquement aptes à endosser cette tâche, ce qui ne tient pas puisque la direction d’orchestre est certes éprouvante mais elle ne l’est pas plus que si vous jouez d’un instrument de musique classique comme le violon par exemple. Les violonistes se contorsionnent entre 6 heures à 7 heures par jour, il y a une vraie fatigue physique, ils font autant de gestes que le chef d’orchestre et pourtant il n’y a pas ce problème de parité !

Enfin, il y a également ce mythe que la vie d’une femme avec ses contraintes familiales ne serait pas compatible avec une vie de voyages que demande la carrière de chef d’orchestre. Or, c’est la même chose quand on est pianiste ou violoniste. Cet argument ne tient donc pas plus.

C’est un concours mondial itinérant qui ira sur 6 continents, comment se passera la sélection dans chacune de ces destinations ? 

Il y a trois candidates sélectionnées par continent qui vont chacune préparer séparément leur épreuve durant une demi-journée avec l’orchestre qui nous accueille. A l’issue de ces deux jours, il y aura un concert où elles seront toutes les trois en lice et présenteront l’une des œuvres qu’elles auront préparés. Il y aura 6 finalistes, une seule sera retenue par continent, pour le concours final qui aura lieu en Novembre 2019. C’est un concours d’excellence avec un jury d’excellence du monde la musique classique.

Quelles sont les qualités que vous allez rechercher chez toutes ces candidates ? 

Le premier critère c’est l’amour, cela paraît bête mais je le dis souvent pour faire ce métier, il faut plus qu’aimer la musique, il faut dormir avec. C’est un métier de passion. Nous irons chercher également des personnalités qui ont du charisme, qui s’imposent naturellement.

Du point de vue des critères purement techniques, il faut vraiment être capable d’avoir cette rigueur structurelle de l’architecture rythmique, d’être dans le respect du texte. Un chef d’orchestre doit pouvoir cadrer rythmiquement son orchestre. Après ce qui fait la différence, c’est cette capacité à nous faire rêver tout en restant toujours dans un respect du texte. Cela rejoint un élément qui me paraît essentiel et qui fait selon moi, la valeur première d’un chef d’orchestre, cette capacité d’anticipation, celui qui va pouvoir le mieux entendre dans sa tête la musique avant, cette musique intérieure qui se passe pour faire naître le geste.

Vous êtes-vous même pianiste et concertiste, le monde de la musique classique est-il globalement ouvert et accueillant pour les femmes ? 

Oui, il l’est mais pas dans la direction d’orchestre ni dans les postes administratifs, on a très peu de femmes encore qui dirigent des conservatoires, très peu qui dirigent des institutions administratives liées à l’entreprise musicale comme des Opéras. On a très peu de femmes encore dans le milieu de la composition. Je dirais que tout ce qui relève de l’instrument n’est pas touché mais dès lors que la femme est un peu plus dans la lumière, sa place devient de plus en plus compliquée.

Ce métier de chef d’orchestre n’a certes que deux siècles, au sens où on le connaît aujourd’hui, car c’est l’apparition des instruments à cuivre qui va nécessiter réellement ce rôle. Il faut donc espérer que les femmes pourront conquérir plus rapidement cette position.

Vous rêviez vous même d’être chef d’orchestre ? Qu’est-ce qui vous enthousiasme particulièrement dans ce métier ? 

Ce qui m’a plu c’est la magie du geste, faire naître un son sans parler, sans faire de bruit, dans le silence et en même temps en faisant bouger tellement de choses… Ce geste est prédominant et silencieux. C’est ce paradoxe qui relève de la magie.

La musique est une passion qui date de votre plus jeune âge puisque vous avez commencé à jouer du piano à 4 ans, est ce que vous reviendrez vers vos premiers amours ? 

Oui je m’y remets petit à petit après avoir souhaité m’occuper pleinement de mon fils, né il y a quelques mois. J’ai la passion de la musique depuis mon plus jeune âge, elle m’obsède, je dors avec. Lorsque je n’écoute pas de musique, je la joue dans ma tête. La musique est présente en permanence dans ma vie.

Quelles sont vos oeuvres préférées ? 

Il m’a toujours été impossible d’avoir une préférence pour un compositeur plutôt qu’un autre. Chaque compositeur a atteint à un moment de son oeuvre, le paroxysme de la beauté. Mais, il y a deux oeuvres sans lesquelles je ne pourrais vivre: La Balade pour piano et orchestre Opus 19 de Fauré et La Polonaise Fantaisie, Opus 61 de Chopin.

Plus d’infos: 

Festival Mawoma: www.mawoma-awards.com

 

*SACD: Société des auteurs et compositeurs dramatiques

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