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Clara Gaymard: ses ambitions pour les femmes

04.11.2015

La présidente de General Electric France et cofondatrice de la fondation Raise qui aide les entreprises de croissance est désormais, présidente du Women’s Forum. En femme engagée, elle nous évoque ses actions en faveur de l’entreprenariat et ses ambitions pour les femmes.

Vous êtes présidente de RAISE, quels sont les objectifs de cet organisme?

Clara Gaymard : Raise est un outil que nous avons cofondé avec Gonzague de Blignières en partant de l’idée que les entrepreneurs qui avaient reussi devaient trouver un outil pour aider les autres. Que les grandes réussites d’aujourd’hui permettent les réussites de demain. Nous avons donc crée une fondation et une société d’investissement où les grandes entreprises sont actionnaires. Nous avons une quarantaine d’actionnaires dont la moitié sont des entreprises du CAC 40 qui sont soit actionnaires soit dans le conseil d’administration de la fondation.

La société d’investissement investie dans des entreprises de taille moyenne. La réussite de ces entreprises permet de financer la fondation. En effet, les équipes qui gèrent cette société d’investissement donnent 50% de leurs bénéfices à celle ci.

Nous venons consolider des entreprises en croissance et des dirigeants performants pour les aider à grandir plus vite. Raise soutient aussi des initiatives comme le Ladies Pitch night car cela s’inscrit dans nos missions.

Business O Féminin : Quels sont les facteurs principaux des échecs des entreprises après 5 ans ?

Clara Gaymard : Le taux de mortalité est de 50% après 5 ans mais ce qui est surtout important, c’est qu’il est de 8% la première année, 8% deuxième année et ensuite il augmente. Contrairement à ce que l’on pourrait croire ce n’est pas la période de création de l’entreprise qui est le plus difficile mais lorsque l’on commence à naviguer en haute mer. La mortalité augmente puis redescend au bout de la 6 ème année à 6%.

Les raisons intrinsèques sont liées à des stratégies mal travaillées, à une mauvaise gestion de la croissance, à des difficultés dans la deuxième ou troisième levée de fond. Ces entreprises en croissance doivent être accompagnées afin d’augmenter leur savoir-faire. Nous avons ainsi mis en place tous les mardis des rencontres pour que les entrepreneurs rencontrent les meilleurs experts et des entrepreneurs comme eux qui ont été confrontés à l’international, au recrutement etc… Nous avons également crée des couples entre des entrepreneurs et des cadres de grands groupes qui souhaitent les accompagner dans la durée. Nous essayons de matcher les compétences des entreprises avec celle des grands groupes.

Business O Féminin : Combien d’entreprises sont suivies avec la fondation Raise ?

Clara Gaymard : Nous en avons 25 et l’année prochaine une cinquantaine. C’est vraiment du “sur-mesure”

Nous avons vraiment voulu faire des couples qui ont du sens. Nous avons le patron des produits frais de Danone qui accompagne la Fabrique à cookies, Google accompagne une entreprise qui fait de la vente sur internet. Nous avons de vraies réussites d’accompagnement qui ont permis à l’entrepreneur de grandir vite et aux grands groupes de comprendre de nouveaux business qui sont en train d’émerger.

Business O Féminin: Parmi ces créations d’entreprises, il y a encore peu de femmes, comment l’expliquez-vous? Y a t-il un accompagnement spécifique à faire pour les femmes entrepreneures?

Clara Gaymard : Oui je crois car le chiffre est de 29% je crois. Je vous raconte une anecdocte, j’ai été invité à Bercy pour la remise des prix d’une association qui aide des élèves à créer leur micro-entreprise et ce qui m’a déprimé c’est qu’il y avait souvent des équipes mixtes mais que c’était le plus souvent le garçon qui présentait l’entreprise. Il y avait une sorte de consensus silencieux. Ce phénomène commence dès l’école, il faut donc que les jeunes filles douées se disent : « Je n’ai pas besoin que cela soit un homme qui le présente à ma place. »

Il y aussi autre chose, les filles réussissent à l’école, ont le sens de la camaraderie mais les garçons, eux, ont le sens de la compétition et se mettent ensemble pour se battre. Les filles sont peut-être un peu trop individualistes. Je pense qu’il faut qu’elles apprennent à gagner en équipe.

Business O Féminin : dans une interview que vous avez donné à Forbes vous disiez que les femmes avaient des responsabilités mais pas de pouvoir, la loi Cope-Zimmerman, n’a eu aucun impact ?

Clara Gaymard : La loi Copé-Zimmerman va forcément avoir un impact car les entreprises vont être obligées en 2020 d’être alignées mais les conseils d’administration ne sont pas des lieux de décisions. Les femmes ont accédé à des postes à responsabilités, elles ont prouvé qu’elles avaient de l’expertise, de l’énergie et un savoir faire. C’est une étape importante qui s’est faite en une génération mais donner les clés de la maison, c’est autre chose.

Dans le CAC 40 il y n’y a aucune femme, dans le FBS 120 non plus. Quand je regarde les pipelines dans les entreprises du CAC 40, à part Isabelle Kocher, il n’y en a personne après. Aux Etats-Unis, le dispositif législatif est moins favorable mais il y a plus d’entreprises dirigées par des femmes. Nous avons un vrai problème en France.

Business O Féminin : Vous qui avez cette expérience des grandes entreprises, est-ce culturel ou les hommes bloquent-ils ?

Clara Gaymard : Chez l’Oréal, Jean-Paul Aghon est un patron qui a confiance dans les femmes et en plus c’est sa clientèle. Il a beaucoup de femmes de talent autour de lui donc c’est possible. Chez LVMH, il n’y a aucune femmes. Chez General Electric, dans le métiers d’aviation, le patron est un homme mais il y 6 branches d’activités et 5 de ces branches sont dirigées par des femmes. Et pas des moindres…

Pourquoi cela se fait peu en France ? Tout d’abord parce qu’il y a un instinct un peu clanique et qu’on aime bien recruter des gens que l’on connaît bien. On se retrouve ensemble, on aime le foot, les voitures, on crée une amitié importante dans le monde professionnel que les femmes n’ont pas le temps de développer.

Mais cela ne touche pas uniquement les femmes, les élites françaises se reproduisent entre elles alors que l’on est dans le pays de la méritocratie. Il est en effet plus facile de recruter quelqu’un qui vous ressemble mais cela ne veut pas dire que l’entreprise devient plus performante. Nous en sommes à un tel niveau que quand on recrute une femme, elle se remarque.

Business O Féminin : Vous êtes la nouvelle présidente du Women’s forum, quels sont vos projets ?

Clara Gaymard : Le Women’s forum est un événement présent sur presque tous les continents. Nous allons en avoir à un Dubai, au Mexique, nous en avons eu au Brésil et en Birmanie. C’est l’événement le plus important dans le monde depuis 10 ans en dehors des Etats-Unis. Il rassemble 1300 personnes chaque année à Deauville autour de la vision qu’ont les femmes du monde. Ce qui est passionnant c’est qu’on y traite des vraies problématiques du monde, des entreprises, des associations et de ceux qui changent le monde.

Le thème cette année est « Energizing the world ». Nous allons parler de la réduction de la pauvreté dans le monde grâce au digital, nous allons évoquer les technologies du futur qui existent aujourd’hui et façonnent le monde de demain : la robotique, les drones, le e-commerce, la médecine avancée pour que toutes les personnes qui seront là soient informées de ce qui est en train de se passer avec les meilleurs experts. Que cela les amène à réfléchir sur l’impact que cela pourra avoir sur leur métier. C’est un lieu que je souhaite être en avance sur son temps parce qu’il parle des vrais sujets comme de la diversité, l’accès l’eau, l’Education et ce sont les femmes qui ont la parole.

Business O Féminin : Quelles sont les nouveautés ?

Clara Gaymard : La nouveauté cette année est que nous avons proposé aux entreprises qui viennent de faire venir leurs cadres femmes mais aussi des jeunes, c’est un pour un. Beaucoup d’entreprises ont dit oui car cela leur permet de valoriser des jeunes de la génération Y. Je pense que l’on ne peut parler du futur sans que la génération Y soit présente.

Business O Féminin : Allez vous insuffler un esprit entreprenarial au Women’s forum ?

Clara Gaymard : Oui, nous avons plusieurs femmes entrepreneures qui vont venir. Notre responsabilité en tant que dirigeants d’entreprises est de ne pas gâcher ce vivier de talents qu’il y a chez les femmes et chez les jeunes. Ce qui m’attriste dans mon pays c’est le chômage des jeunes car qui sauf eux comprennent le monde dans lequel on va ? Si nous ne les associons pas à la construction du monde dans lequel nous allons, nous raterons l’évolution de nos sociétés.

Business O Féminin : votre leitmotiv ?

Clara Gaymard : Il y a une phrase de René Char qui me touche beaucoup et que je cite souvent : « Il faut trembler pour grandir. C’est à dire qu’il ne faut jamais s’arrêter à la peur. Cela ne doit pas être un obstacle. Tout les gens qui ont construit des choses ont eu peur. J’aimerais dire cela aux femmes.

@veroniqueforge

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