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Aïda Berrada (GreenMe) : « Je pensais devoir prouver plus que les autres »

Lancée en 2014, la startup GreenMe commercialise des petits cubes capables de détecter les éventuels inconforts des salariés en mesurant des paramètres comme la qualité de l’air ou de la lumière, mais aussi en recueillant leur avis. Aïda Berrada, co-fondatrice et ingénieure d’origine marocaine, nous raconte son parcours dans les allées de Vivatech.

Parlez-moi de vous : comment une marocaine se retrouve à co-fonder une startup à Aire-sur-l’Adour dans les Landes ?

Aïda Berrada : J’ai passé mon enfance et mon adolescence entre le Maroc et la France. J’ai fait mes études d’ingénieure à l’UTC de Compiègne avant de partir un an en Angleterre où j’ai fait un master dans le traitement du signal et des mathématiques appliquées. Puis j’ai suivi un master de finance et d’assurance à l’ESSEC. J’ai ensuite travaillé un an en salle des marchés mais clairement, cela ne me convenait pas du tout. C’est là que j’ai rencontré Alexandre mon associé qui m’a entraînée dans les Landes car il y avait toute sa famille. Nous sommes assez éloignés des réseaux, mais nous avons trouvé des sous-traitants extraordinaires à Lourdes et Bayonne. Et que dire de la qualité de vie ! D’un point de vue business, nous avons commencé par créer une entreprise d’ingénierie logicielle, avant de  s’intéresser peu à peu à la performance énergétique des bâtiments, ce qui nous a menés à GreenMe. De mon côté, c’était vraiment l’aspect humain qui m’intéressait : parvenir à créer un objet attrayant à poser sur le bureau. D’où la ressemblance avec le rubik’s cube !

Quel fut votre déclic entrepreneurial ?

Aïda Berrada : La quête de sens. Quand on travaille dans une salle des marchés et que l’on voit que ce que l’on exécute peut avoir un impact sur un enfant à l’autre bout de la planète, cela prête à réflexion. Au final, je ne regrette absolument pas ce passage qui a été un catalyseur pour monter ma société. Et une fois que l’on entreprend, on ne peut plus en sortir. Je ne compte pas mes heures et les sueurs froides, mais ce que l’on fait avec mon associé, c’est pour nous et pas pour enrichir un supérieur.

Comment vivez-vous le fait d’être une femme ingénieure ?

Aïda Berrada : Assez étonnamment, je n’ai pas du tout été décrédibilisée pendant mes études, notamment en Angleterre où la mentalité est très différente, et la différence enrichit. Par contre, quand on pitche, c’est Alexandre que l’on met en avant. De mon côté, ça ne me dérange pas car tout ce que je veux, c’est qu’on avance. Je pense que cela aurait été difficile de lever des fonds s’il n’avait pas été là.

Vous diriez donc aux jeunes filles de foncer dans ces carrières malgré les difficultés ?

Aïda Berrada : Oui et c’est urgent pour que l’IA prenne un chemin plus éthique ! Je pense que notre manière de penser est différente, et je dois avouer sans aucune partialité que mon meilleur stagiaire a été une fille, car elle était très autonome et force de proposition. L’autre jour, j’ai rencontré un papa qui amène sa fille à tous les salons techniques pour l’encourager à prendre cette voie. J’ai trouvé ça formidable ! Je veux que les mentalités changent. De mon côté, ma mère était une “serial entrepreneuse” et il ne m’a jamais traversé l’esprit qu’être une fille dans la tech serait difficile. Pourtant, il est clair qu’au Maroc, même s’il y a beaucoup de femmes à la tête d’associations ou d’écoles, peu s’illustrent dans les domaines techniques. Quand j’ai dit que je voulais faire une prépa, beaucoup m’ont dit « mais qu’est-ce que tu fais, ce n’est pas ta place ». Puis arrivée en France, j’ai pensé que je devais prouver encore plus que les autres. Mais mon sentiment à l’arrivée est que lorsqu’on quitte son pays, sa famille et ses racines, et il est plus facile de prendre des risques.

Pouvez-vous me présenter votre cube GreenMe ?

Aïda Berrada : Notre cube s’intéresse à la qualité des espaces de travail afin qu’ils soient plus sains et vertueux énergétiquement. Pour cela, nous mesurons une dizaine de paramètres. Le confort visuel tout d’abord (couleur de l’éclairage, scintillement, apport de lumière du jour…), car il est primordial pour la capacité de concentration et le sommeil. Nous mesurons également le confort acoustique (mesure du bruit moyen, pic de bruit etc), ou encore la qualité de l’air (température, hydrométrie, et en option niveau de CO2 et besoin en renouvellement d’air).

Vous recueillez aussi l’avis des salariés en temps réel ?

Aïda Berrada : Oui, nous désirons avoir les feedback des travailleurs, c’est pourquoi ces derniers peuvent incliner le cube lorsqu’ils ressentent un inconfort, et l’expliquer via notre appli. Mais nous voulons aussi que les gens disent quand ça va bien ! Avant, les salariés ne s’exprimaient que quand ça n’allait pas. Maintenant, 30% des avis sont positifs. Tout cela remonte en temps réel vers les services de maintenance des entreprises, ou encore les RH. Ces dernières peuvent aussi utiliser le cube pour poser directement des questions à leurs salariés auxquelles ils répondront tout simplement par oui ou par non avec le cube. GreenMe est une solution simple qui permet d’améliorer rapidement le confort des salariés. On peut par exemple imaginer mettre ensemble les personnes qui ont les mêmes sensibilités et réaménager les espaces.

Comment avez-vous identifié qu’il y avait un marché pour votre produit ?

Aïda Berrada : De nombreuses études sont sorties sur l’impact des paramètres comme la lumière sur la performance. Dans le même temps, nous avons aussi fait l’expérience des nouveaux bâtiments à énergie positive qui sont très chouettes esthétiquement, mais dont certains sont source d’inconfort car trop chauds en été ou trop froids en hiver. C’est là que nous est venue l’idée de GreenMe : continuer à soutenir les bâtiments performants énergétiquement, mais tout en respectant leurs usagers. Pour cela, nous avons beaucoup voyagé et questionné le marché. Nous voulions aussi que notre projet ait une dimension pédagogique. La plupart de nos clients font de la maintenance des bâtiments, mais de manière générale, nous équipons les entreprises et les bâtiments dédiés à l’accueil du public. Les écoles sont un vrai marché pour nous puisqu’un Décret datant de 2018 impose de mesurer le taux de CO2 présent dans les écoles, ce que nous proposons en option. A ce jour, nous avons équipé 150 sites, et sommes industrialisés depuis 2017.

https://www.greenme.fr/

@Paojdo

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