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Nous sommes toutes des aventurières qui s’ignorent

Avocate devenue exploratrice de l’extrême, Stéphanie Gicquel figure dans le Guinness des records pour son expédition en Antarctique à ski sans voile de traction. Dans un ouvrage paru aux éditions Ramsay, On naît tous aventuriers, la sportive promène sa jolie plume aux confins de la Patagonie pour nous dévoiler sa vision du dépassement de soi, et du bonheur, tout simplement. L’un de ces livres à poser sur sa table de chevet pour rêver plus grand.

Je viens de mener ma seconde interview de Stéphanie Gicquel, et je dois avouer que j’en ressors toujours autant revigorée. D’ailleurs, pour libérer cet afflux d’énergie soudain, j’ai immédiatement enfilé mes baskets. Rien de comparable aux quelques 2045 kilomètres que ce petit bout de femme a parcouru avec une force innommable en 74 jours par -50°. Mais à chaque foulée, un brin essoufflée, je m’encourage en pensant à ses trois précieux enseignements.

-D’abord, que nous naissons tous aventuriers, pour la simple et bonne raison que sans curiosité et désir de découverte, un bébé ne se mettrait pas à marcher.

-Ensuite, que l’on peut vivre l’aventure au coin de sa rue. Nul besoin de partir sous d’autres latitudes.

-Enfin, que la seule limite à nos objectifs est celle que nous leur donnons.

Sortir de sa zone de confort

Si les multiples expéditions et ultra-trails de Stéphanie éveillent forcément l’intérêt du trinôme le plus cool du moment (marathonien-startuper-globe-trotteur), la portée de son message va bien plus loin. Pour se fixer de hauts objectifs, il n’est pas nécessaire de s’inscrire au prochain Ironman. Non, non, rassurez-vous. « Il suffit de sortir de sa zone de confort. Expérimenter, échouer, tomber, se relever », résume-t-elle. Selon la sportive, l’aventure, c’est aussi celle de la parentalité, d’une passion, ou bien même d’un rêve inavoué. Il n’y a aucune règle en la matière. Chacun sa route, chacun son rêve.

Ode à la lenteur

D’ailleurs, le dernier voyage de l’auteure en Patagonie ne comportait pas de défi physique. « J’étais partie sans objectif précis si ce n’est d’écrire », nous confie-t-elle. Un nouveau périple supporté toutefois par un dénominateur commun avec les autres aventures : la lenteur. Une lenteur pour faire corps avec l’environnement, en pleine conscience. « Au bord de l’océan, face à l’immensité, je suis bien. A l’écart des autoroutes de l’information, je ressens cette force étrange qu’exerce la nature lorsque l’homme s’avance vers elle, seul et nu. L’éveil des sens. Une forme de renaissance à un soi plus animal (….) Sur la banquise du pôle Nord et au milieu de l’Antarctique, là où le silence n’est interrompu que par les secousses du vent et les cassures de glace, là où les odeurs voyagent plus lentement, j’avais été surprise de constater le développement de mes capacités sensorielles. A l’affût, dans l’isolement et dans la faim, d’un bruissement, d’un effluve », écrit-elle. La lenteur et les difficultés forgent aussi notre persévérance. Un contre-pied à cette société de l’instantanéité qui ne nous permet pas de faire émerger la pensée profonde.

Qu’importe le résultat, la route est belle

Muée par sa quête perpétuelle d’exploration, à la ville comme en pleine nature, Stéphanie Gicquel fonctionne avant tout à l’envie. C’est ce désir profond qui lui permet d’outrepasser ses points faibles et toutes les difficultés inhérentes à de telles expéditions comme le sentiment extrême de froid, de faim, la peur aussi. C’est pourquoi l’exploratrice est convaincue que la seule limite à nos objectifs est celle que nous leur donnons. D’après elle, tout le reste n’est qu’une excuse. Il peut toutefois arriver que le moment ne soit pas le plus opportun pour réaliser un projet, mais à ce moment là, il faut toujours le garder en tête et ne pas le reporter trop longtemps sans quoi un jour, l’on risque de se retrouver face à un obstacle réellement infranchissable. Une fois l’objectif fixé, la route entre un point A et un point B n’est pas la même pour tous, mais toute la richesse de l’aventure réside dans les efforts entrepris. « Dans le sport de haut-niveau, il n’y a que la médaille d’or qui compte. Or, peut-être que le détenteur de la médaille d’argent a parcouru un bien plus long chemin pour en arriver là », argue Stéphanie Gicquel.

Faire le premier pas

Le plus difficile dans la réalisation de nos objectifs demeure encore et toujours de faire le premier pas, mais une fois celui-ci franchit, Stéphanie Gicquel l’assure : on ressent un bien fou. Il est alors temps de déterminer un plan d’action, sans négliger les sommets intermédiaires. Parfois, la sensation vertigineuse de ne pas voir le bout du tunnel pointera le bout de son nez, mais en chemin, nous apprenons à nous connaître et à muscler notre confiance en soi, composante indispensable du dépassement de soi. « Le défi compte plus que la réussite », répète-t-elle, convaincue que l’on n’apprend jamais autant que dans l’échec. « J’ai abandonné une fois une épreuve sportive car je n’avais pas visualisé tous les obstacles. Cela m’a beaucoup appris, notamment que l’abandon n’était plus une option », poursuit l’aventurière.

La vie est une somme d’expériences

« On ne redevient jamais ce que l’on a été. La vie nous façonne. Le désir de changement est l’expression d’une puissante volonté d’exister, de s’épanouir. Un excès de vie capable de lancer les hommes à travers les océans, les déserts, au-delà de leurs peurs », écrit l’aventurière avant de nous confier : « on me demande souvent pourquoi je me suis lancée dans une expédition où je risquais ma vie. Cette question du pourquoi revient lorsque l’on se lance dans un projet hors-norme, mais pour moi, il s’agit d’un désir que je ne peux pas taire. Je n’ai pas peur de la mort, puisqu’il s’agit d’une certitude. Mais plutôt de ne pas avoir vécu pleinement ».

Le bonheur, un trésor intérieur

Transcendée par cette envie de brûler la vie par les deux bouts, l’aventurière peut-elle se passer de sa pompe à adrénaline ? Sombre-t-elle dans l’ennui lorsqu’elle retrouve le confort de sa vie parisienne ? Lui en faut-il toujours davantage ? En réalité, l’exploratrice ne craint pas le retour à un quotidien plus civilisé. « Chaque expérience me permet de mieux me connaître, de me réaliser. Je vais aussi trouver du plaisir dans d’autres objectifs, peut-être moins grands. Et puis très vite, l’émerveillement fait que je vais être attirée par de nouvelles aventures. Pour l’heure, je n’ai pas envie d’extrême, mais je ne peux pas dire que cette flamme ne m’animera pas à nouveau », nous confie-t-elle, persuadée que le bonheur est un trésor intérieur que l’on peut faire voyager partout avec soi.    

@Paojdo

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