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« Montre-moi ton logement, je te dirai qui tu es ? »

L’un est négociateur immobilier, l’autre est pédopsychiatre. Liés par une amitié de plus de 40 ans, François Robine et Patrice Huerre ont décidé d’étudier les intérieurs sous toutes leurs coutures. De ce duo inédit est né un ouvrage original : « Lieux de vie : ce qu’ils disent de nous », récemment paru chez Odile Jacob. Interview.

Le livre s’ouvre par l’adage « Montre moi ton logement, je te dirai qui tu es » : est-il toujours valable, notamment pour les jeunes générations ?

François Robine : La réponse est non ! Les appartements aujourd’hui sont de type générationnels. Les jeunes (nés après les années 90) se meublent tous avec du Ikea, avec seulement quelques petits détails qui font la singularité de chaque logement.

Patrice Huerre : Les jeunes envisagent leur intérieur comme un lieu pour se poser, récupérer et dormir, mais ne s’y investissent pas pour y mener une vie sociale ou familiale. Ils ne s’y projettent pas dans l’avenir car ces générations sont nomades. Leur appartement reprend en quelque sorte les fonctions basiques de la caverne. C’est seulement lorsqu’ils sont en couple et qu’ils ont des enfants que les jeunes cherchent à se fabriquer un nid.

Avec l’avènement du design scandinave, les jeunes sont davantage portés vers des intérieurs minimalistes qui ne dévoilent pas d’entrée leur personnalité ou leur situation ?

François Robine : Effectivement, les jeunes ne veulent pas être identifiés, ils désirent être comme les autres. Ils sont en recherche de banalisation voire d’anonymat.

Patrice Huerre : Alors qu’autrefois, la décoration permettait de parler de soi, pour cette génération post internet qui s’affiche sur les réseaux sociaux, c’est à l’extérieur de la maison que l’on marque sa singularité plus que dans son intérieur.

En revanche, un appartement marqué par l’ordre ou le désordre peut donner des indications sur la personnalité de son habitant ?

Patrice Huerre : J’entends souvent des parents se plaindre du désordre excessif de la chambre de leur adolescent. Or, l’état dans lequel nous laissons notre intérieur est le reflet direct de notre état intérieur. Dans le cas d’une chambre complétement dérangée, cela témoigne d’un certain désordre de la pensée. A l’inverse, un excès d’ordre où rien ne dépasse signifie une insécurité que l’on tente de réduire en rangeant à l’excès ses objets.

Autre particularité, la jeune génération n’a pas non plus de difficultés à s’installer dans des quartiers moins côtés ?

François Robine : Effectivement, les jeunes ne veulent pas sembler adhérer à un groupe sociologique, ils font leur vie où ils veulent et se disent que leur logement est temporaire. Ils pensent aussi en termes de praticité : être proches de leur travail par exemple.

Patrice Huerre : Encore une fois, c’est effectivement l’aspect générationnel qui l’emporte sur la différence sociale. Les jeunes du monde entier partagent les mêmes usages peu importe leur milieu d’origine ou leur pays.

Qu’est ce que la révolution digitale a modifié dans les intérieurs ?

François Robine : Déjà, la suppression de l’écran principal devant les canapés. Par contre, les écrans sont dans toutes les chambres, sans compter les smartphones et tablettes. Dans certaines familles, on se parle par écrans interposés alors que l’on est à côté !

Quant à la salle de bain, pourquoi est-elle devenue la pièce la plus intime de la maison ?

François Robine : C’est effectivement la pièce dans laquelle les jeunes couples vont avoir le sentiment de se réaliser, ils vont y mettre de l’argent. C’est un lieu cocon où l’on peut se regarder sans être envahi par les autres car en général les écrans sont exclus de la salle de bain. Elle est devenue une pièce intime que l’on ne désire pas montrer aux autres.

Les pièces destinées à recevoir ne sont plus aussi travaillées qu’autrefois ?

François Robine : La pièce à vivre est la même qu’au Moyen-Âge. Elle fait office de cuisine où les enfants font leurs devoirs, de salle à manger et de salon.

Patrice Huerre : Les jeunes générations ne reçoivent pas chez elles mais se retrouvent à l’extérieur, et cela est valable dans toutes les grandes villes universitaires.

Quelles sont les grandes tendances que vous voyez se dessiner dans l’univers du logement ?

Patrice Huerre : Je pense que les lieux d’habitation vont devenir plurigénérationnels, avec de l’entraide et de la coopération dans un même immeuble, sans pour autant rassembler une même famille. L’autre grosse tendance que je vois venir et que j’espère, c’est la modularité des logements qui permet de s’adapter aux besoins évolutifs des habitants (âge, situation familiale etc). Les logements doivent suivre les mutations sociétales car l’espèce humaine ne cesse d’évoluer dans ses manières de vivre.

@Paojdo

 

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