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L’Intelligence artificielle peut-elle être créative ?

On frissonne souvent à l’idée que la machine pourrait dépasser l’homme. Mais l’IA est-elle réellement capable de créativité ? Ou n’est-elle pas cantonnée au seul cadre que lui impose l’homme ? La réponse avec Luc de Brabandere, philosophe de la créativité.

L’IA est-elle forcément intelligente ?

Luc de Brabandere : Pour répondre, revenons au concept d’intelligence. Celui-ci est apparu en Occident il y a 200 ans, avec des penseurs tels que Francis Galton. A l’époque, l’intelligence se résumait aux mathématiques et à la logique. Derrière cette appréhension du concept, on retrouvait un projet de sélection presque eugénique. Fort heureusement, depuis 60 ans, les penseurs ont développé la théorie des intelligences multiples : spatiale, musicale, relationnelle, émotionnelle etc. Ce qui est frappant avec l’IA, c’est que tout à coup, on remet à nouveau cette notion d’intelligence au singulier, et on la résume donc à ses premiers traits. En ayant cette vision restrictive de l’intelligence, on oublie justement tout ce qui fait qu’un être humain n’est pas une machine.

Puisqu’elle est auto-apprenante, la machine peut-elle dépasser l’homme ?

Luc de Brabandere : Une machine ne peut pas apprendre au delà du cadre dans lequel l’homme l’a programmée. En clair, la machine ne fait que ce qu’on lui demande. Bien sûr, puisqu’elle a la capacité d’auto-apprendre, la machine va devenir plus forte que l’homme,  aux échecs par exemple. Mais jamais elle n’aurait inventé le jeu d’échec, pas plus qu’elle n’a conscience d’y jouer ou ne se satisfait d’avoir gagné. Au final, un joueur qui perd face à une machine, est toujours un joueur qui perd face à un homme et une machine, puisqu’il y a toujours un humain derrière le programme. Il faut donc en finir avec cette peur que l’homme se retrouve dépassé par la machine !

Selon vous, l’IA peut-elle être créative ?

Luc de Brabandere : La créativité, c’est la capacité à sortir de son programme. En l’occurrence, la machine ne le peut pas. A l’inverse, ce qui fait l’essence même de l’être humain, c’est qu’il n’est pas 100% rationnel. Il est constitué d’affects, de sentiments et d’émotions. Si par exemple, vous demandez à une IA de trouver le titre de votre roman de 300 pages, elle va certainement vous proposer des titres en fonction de l’occurrence de certains termes. Cela vous donnera des idées, et le meilleur moyen d’être créatif est d’avoir plusieurs propositions. Mais au final, vous trancherez toujours en dernier lieu.

La machine est donc un précieux support à la créativité ?

Luc de Brabandere : Oui, la machine peut devenir une aide extraordinaire, pour les artistes par exemple. L’Intelligence artificielle donne de nouveaux horizons à la créativité, comme l’ont fait les inventions de la photographie ou du cinéma. La technologie est un vrai gisement pour la créativité humaine, mais elle n’est pas créative en tant que telle. Ce n’est qu’un outil.

En somme, l’IA ne pourra donc pas voler la vedette au génie créateur ?

Luc de Brabandere : Les deux limites de la machine sont la créativité et la responsabilité. En effet, des tas de choses sont possibles techniquement, mais inacceptables philosophiquement. Par exemple, un juge pourrait fonder sa décision de remettre ou pas un détenu en liberté en demandant à la machine d’analyser tous les précédents : c’est la justice prédictive. Mais au final, aucun juge ne ne confortera aux seules préconisations de la machine car chaque cas demande son appréciation intime. De plus, la machine ne peut jamais être 100% objective puisqu’elle a été programmée par des humains qui ne sont pas 100% objectifs. Donc non, il n’est pas possible de déléguer 100% de ce qui fait notre humanité à une machine. Il y a trente ans, lorsque l’on me questionnait sur le fait de donner ou non un ordinateur aux enfants comme support pédagogique, je répondais : « qui programme qui » ? En l’occurrence, c’est l’homme qui programme la machine. Il n’y a pas de négociation possible.

Peut-on parvenir à éviter les biais avec l’IA  ?

Luc de Brabandere : En réalité, on évite aucun biais puisque ce sont toujours des humains, avec leurs propres biais, qui programment et entraînent la machine. Là où la machine a pris le pouvoir, c’est lorsque les réseaux sociaux nous renforcent dans nos propres croyances, en véhiculant par exemple des Fake News. Les études prouvent que l’on est toujours plus excités lorsqu’on lit ou tweet une fausse nouvelle qui va dans le sens de ce que nous pensons. Si nous tapons simultanément sur Google la même recherche, nous n’allons pas tomber sur la même chose. C’est tout simplement de la manipulation programmée pour nous faire rester le plus longtemps possible sur une plateforme. Certains algorithmes dépassent ce que l’on devrait tolérer.  Mais derrière, ce sont toujours des hommes qui ne sont pas bien intentionnés. L’IA n’existera que si l’homme renonce à utiliser la sienne.

Retrouvez le site de Luc de Brabandere

 @Paojdo

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