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Levée des fonds: le parcours de la combattante ?

19.11.2018

Lever des fonds quand on est une femme se révèle plus difficile, les études le montrent au niveau mondial. Comment manoeuvrer dans ce monde d’investisseurs ? Les conseils de Charline Goutal, CEO et fondatrice de Ma p’tite culotte. 

Lever des fonds est presque devenu un passage obligé pour les entrepreneurs. Les femmes seraient moins nombreuses que leurs homologues masculins à le faire, avec des tickets moyens plus bas. Même si la parité s’améliore et qu’elles sont de plus en plus nombreuses (+50% par rapport à 2016) et représentaient 14,5% des levées en 2017, selon le dernier baromètre StartHer – KPMG. Comme en 2016, leur ticket moyen reste en revanche faible : 1,5 millions d’euros (-18% par rapport à 2016), soit moins de la moitié que la moyenne du marché. Pour Charline Goutal, CEO & founder en 2013 de la marque de lingerie 2.0 “Ma P’tite Culotte”, il n’y aurait pas de différence genrée pour la réussite de l’exercice et les femmes n’éprouveraient pas plus de difficulté que les hommes. Bien au contraire. D’autant plus que selon elle, les femmes auraient des entreprises plus rentables plus rapidement. L’entrepreneure de 31 ans, qui a levé 2 millions d’euros en 2017 dans un secteur traditionnellement difficile pour lever des fonds, vous livre ses conseils si vous envisagez d’ouvrir votre capital dans les mois à venir.

#Osez y aller

Selon moi, il n’y a pas besoin d’avoir confiance en soi pour lever des fonds. Au-delà du manque de confiance en elles de certaines femmes, le fait est qu’elles osent moins que les hommes, étant facilement en proie au doute et ne se sentant pas capables d’y arriver. De leur côté, les hommes ne se posent pas de question : ils se disent « J’ai besoin de ça, j’y vais ! ». Les femmes doivent elles aussi simplement se dire « Je lève des fonds parce que j’en ai besoin pour avancer dans mon business. » Il faut s’estimer capable de trouver des solutions pour relever les défis que l’on s’est fixés et oser prendre des risques. D’autant qu’être une femme entrepreneur est aujourd’hui une opportunité pour lever des fonds, de plus en plus de fonds d’investissement démarchant les entreprises dirigées par des femmes.

#Développez votre réseau

Les femmes doivent se faire connaître et se rendre à des événements, salons, où beaucoup d’investisseurs potentiels font de la veille. Même si cela prend beaucoup de temps et ne paie pas forcément tout de suite. Elles doivent rester hyper ouvertes et avoir des antennes en permanence. Parfois les rencontres les plus inattendues sont les plus efficaces. Le problème est que les femmes font peu de networking car c’est souvent le matin tôt ou tard le soir, voire le week-end et qu’elles préfèrent privilégier leur vie de famille. En parallèle de ce passage obligé, les femmes ont intérêt à se rapprocher de leurs alters ego entrepreneurs qui ont levé des fonds ou sont en train de le faire pour échanger avec elles. Ce sont des retours d’expérience précieux et très formateurs. D’autant que l’on ne peut pas reprocher aux entrepreneurs leur langue de bois !

#Foncez au bon moment

En général, les femmes mettent plus de temps avant de passer le cap de la levée de fonds car elles veulent auparavant maîtriser tous les sujets. Elles doivent apprendre à être moins perfectionnistes et à ne pas perdre de temps et donc d’argent en attendant trop longtemps. Même si elles doivent être en mesure de pouvoir présenter des métriques financières saillantes et des chiffres crédibles. Pour la nouvelle génération de femmes entrepreneures, l’argent n’est plus tabou, elles ne se posent donc pas de questions et y vont à fond. Face à des investisseurs, elles ont intérêt à creuser au maximum leurs métriques financières, à donner les bons KPIs au départ, à se comparer à la concurrence et à évoquer le potentiel de leur entreprise. Si l’un des KPIs n’est pas bon, il faut le dire et expliquer comment elles vont l’améliorer pour éviter que la défiance s’installe. Là-dessus, je pense que les femmes n’ont pas de difficulté à dire ce qui ne va pas. Elles ont même parfois tendance à se tirer des balles dans le pied, quand les hommes eux se gargarisent de leurs bons résultats et mettent sous silence ce qui est moins bon.

#Ask for more

Les femmes doivent trouver le bon équilibre et assumer leurs ambitions, qu’elles soient très grandes ou modestes. Et ne pas avoir de complexes. Ce n’est pas parce qu’elles sont moins ambitieuses qu’elles seront de moins bons entrepreneurs. Nombre d’entre elles ne veulent pas forcément créer une grande entreprise qui va leur échapper par la suite. Pragmatiques et rationnelles, elles préfèrent grandir moins vite pour garder la maîtrise de leur capital. Si au contraire, on a beaucoup d’ambition, –comme moi–, il faut l’assumer et être à l’aise avec le sujet. In fine, mieux vaut lever suffisamment pour ne pas avoir à répéter l’opération trop vite. Sans avoir non plus la folie des grandeurs. L’atout des femmes ? Leur discrétion et leur réalisme par rapport à leur entreprise, ayant moins le côté show off des hommes qui vont parfois chercher des valorisations démesurées.

#Prenez du recul

La plupart des comités d’investissement vont chercher la moindre irrégularité dans le business plan. Leur but est de pousser les entrepreneurs dans leurs retranchements et de voir comment ils réagissent. Les femmes ne doivent pas prendre cet exercice trop à cœur mais au contraire chercher à prendre du recul. Il n’est pas question ici d’attaque personnelle mais de mise à l’épreuve pour s’assurer qu’elles sont bien câblées et qu’elles prouvent leur capacité à endosser le rôle de chef d’entreprise et à rebondir. Rationnellement, cela n’a pas toujours de sens. C’est juste du business. Par exemple, lors de mon dernier tour de table, les investisseurs m’ont demandé quelle était ma proposition de valeur alors que cela fait cinq ans que j’ai créé mon entreprise, qui connaît une croissance énorme –le chiffre d’affaires a été multiplié par 3,5 chaque année–. Leur but était simplement de me tester et de voir si je me vexais et si j’étais susceptible.

#Armez-vous de patience

Une levée de fonds prend en général entre six mois et un an. Les fonds d’investissement comme les business angels demandent un maximum d’informations et font durer le process pour voir si les entrepreneurs atteignent les objectifs qu’ils se sont fixés au mois le mois. Une façon de s’assurer de leur TRI –taux de rentabilité interne et d’avoir un recul d’au moins six mois sur leur activité. Pour lever des fonds, il faut donc s’y prendre à l’avance, à un moment où l’on peut se libérer du temps et où l’on n’est pas dans l’urgence. C’est hardcore et demande beaucoup de temps et d’énergie, un dirigeant étant dégagé à 90% de son temps. Heureusement, mon associé Pierre Van Gansen a géré tout l’opérationnel pendant que je gérais la levée de fonds. Dernier paramètre, de leur côté, les femmes vont elles aussi prendre le temps nécessaire pour trouver le partenaire optimal qui saura les accompagner dans le temps.

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