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Les Atelières : « L’étiquette Made in France est une arnaque »

Elles ont traversé une période sombre il y a peu, mais Les Atelières sont reparties de plus belle après avoir levé plus de 650 000€ auprès de particuliers et de chefs d’entreprise. Nous les avons rencontrées à Villeurbanne pour faire le bilan.

Muriel PerninCoiffée d’un nœud à la Frida Kahlo, Muriel Pernin, la patronne des Atelières, n’a cependant rien d’une baba cool. Elle trace sa route, déterminée à réussir et à entraîner dans son sillage les quelque 25 couturiers et couturières qui s’affairent sous la charpente métallique de l’atelier. Cela fait un peu plus d’un an que Les Atelières se sont lancées dans cette aventure un peu folle : celle d’inventer un nouveau modèle économique pour la filière de la lingerie française. Ne pensez donc pas qu’il s’agit de s’agripper aux quelques miettes subsistantes de l’industrie textile dans l’Hexagone, dont la destruction a généré la perte de 2 millions d’emplois en 30 ans… Non, cap sur l’avenir ! « Le textile est un secteur historique, mais je me tue à expliquer qu’on ne peut pas reprendre le modèle d’autrefois. Nous sommes comme une start-up dans l’informatique, nous cherchons aujourd’hui le bon programme pour pouvoir être rentables dans les années à venir », martèle Muriel Pernin.

Bye bye le taylorisme

Leur objectif ? Trouver la bonne organisation pour produire des séries de 200 à 1 000 pièces. « Avant, on produisait des grandes séries de 15 000 pièces, avec des couturières qui ne travaillaient que sur un poste. C’est parce que l’on n’a pas réfléchi à un modèle pour de plus petites séries que l’on a tout délocalisé », avance Muriel Pernin. Les Atelières ont donc créé un partenariat avec l’INSA (Institut national des Sciences Appliquées), et s’acheminent vers un modèle organisé en îlots de 5, où les couturières sont capables de travailler à tous les postes grâce à de nombreuses formations. Exit le taylorisme, c’est désormais la polyvalence qui est requise. Muriel Pernin nous donne l’exemple de l’une de ses employées qui excelle à la coupe, mais qui sait aussi coudre… sans quoi, elle ne pourrait pas être embauchée à plein temps. D’autres métiers, comme celui de mécanicien machine, n’existent pour ainsi dire plus en France, et c’est donc l’un des couturiers qui suit aujourd’hui une formation.

Les Atelières« La transmission, ce n’est pas que des anciennes vers les plus jeunes »

Lorsque l’on parle des Atelières, on lit souvent « les ex-Lejaby ». Or, ce n’est pas en tant que telles qu’elles désirent être nommées. Si Lejaby a été leur premier client et si d’anciennes couturières de la maison officient désormais rue de la Rize, les salariées viennent de tous les horizons. Agées de 20 à 60 ans, elles s’enrichissent mutuellement. « Cette idée de transmission des plus âgées vers les plus jeunes, c’est du romantisme. Les anciennes ont plus de savoir-être, elles ne vont pas envoyer un texto en travaillant, mais j’encourage aussi beaucoup les jeunes, qui nous poussent vers des chemins où nous ne sommes pas encore allées », insiste Muriel Pernin.

Elodie, 24 ans, est l’une de ces jeunes recrues. Embauchée en CDI, comme tous les autres employés, avec un salaire oscillant entre 1 300 et 1 500€ nets, elle a vécu ces dernières semaines comme un challenge. « Cela a été stressant, mais ça nous a aussi farouchement donné envie de nous battre pour notre travail », confie-t-elle. Le mental, c’est aussi l’un des critères qui a joué dans le recrutement, puisque l’aventure promettait de ne pas être toute rose.

Un mouvement citoyen

Il y a peu, faute de soutien de la part des banques, Les Atelières étaient sur le point de devoir renoncer à leur projet. Mais leur appel aux dons a généré un incroyable élan de solidarité. En quelques semaines, Les Atelières ont récolté plus de 650 000€, soit sous la forme de dons de 10€ leur permettant de prendre plus de parts dans l’entreprise, soit par l’achat de titres participatifs, soit par des entrées au capital. « Même si certains chefs d’entreprise nous ont soutenues, on était plus dans un mouvement citoyen que d’investissement », analyse Muriel Pernin. Ainsi, des retraités, des chômeurs ou encore des patrons ont joué les bonnes fées. Un souffle nouveau qui leur permet aujourd’hui d’emprunter 300 000€ pour recapitaliser l’entreprise.

ateliere 3Halte à l’arnaque du Made in France

Les Atelières ont aussi été soutenues par les politiques : Bercy a organisé une réunion car « notre défi dépasse largement notre propre cas », estime Muriel Pernin qui espère pouvoir ouvrir la voie à d’autres en cas de succès. Le préfet les a beaucoup encouragées, tout comme le président de la région Rhône-Alpes. Les Atelières ne bénéficient pas d’aides spéciales pour le « Made in France », mais peuvent prétendre aux aides pour les entreprises innovantes. D’ailleurs, parlons du Made in France. Pour Muriel Pernin, il s’agit tout bonnement d’une arnaque pour le consommateur puisque pour être étiqueté comme tel, seulement 30% du produit doit être modifié en France. Muriel Pernin plaide donc pour une clarification du discours général des politiques, et préfère parler de « Fabrication française ».

Bientôt une marque Les Atelières ?

Pour le moment, Les Atelières travaillent pour différentes marques, majoritairement françaises, mais elles ont aussi été approchées par des clients européens (Hollande, Suisse et Luxembourg). Elles ambitionnent maintenant de créer un kit clef en main pour les jeunes créateurs, souvent un peu perdus, en leur offrant un accompagnement fournisseur qui privilégie les circuits courts, le modélisme et les prototypes, la prise en charge des 200-500 premières pièces, et enfin l’affûtage de leur communication avec shootings photo et books.

Leurs plus fidèles soutiens leur demandent aussi régulièrement si elles ne vont pas lancer leur propre marque… et réjouissez-vous, c’est au programme. Une styliste est sur le point d’être recrutée, et l’objectif serait de pouvoir offrir une gamme qui n’ira certes pas concurrencer les H&M et autres géants du textile, mais qui répondra à de vraies exigences qualitatives. « Autrefois, les Français de tous les milieux avaient accès à des vêtements qui duraient dans le temps. Aujourd’hui, les finitions sont réservées au luxe et au haut de gamme. Notre ambition est de proposer un produit pour les classes moyennes avec de vraies finitions, mais qui nous permettrait de rester rentables », explique Muriel Pernin.

ateliere 2Il est vrai que lorsque l’on voit la qualité déplorable de certains vêtements qui sont vendus 140€ en boutique, alors qu’ils n’ont coûté que 10 dollars en matières premières et en fabrication, on se dit que cela est jouable. D’ailleurs, acheter des vêtements « Made in France » coûterait en moyenne 8% plus cher. En somme, il conviendrait de stopper un peu la boulimie d’achats et de redonner aux Français le goût de la qualité et non de la quantité. Mais cela va de pair avec l’ensemble de notre modèle sociétal, qui nous pousse vers toujours plus de consommation.

La question en + : le Made in France, qu’est-ce que cela représente pour vous en trois mots ?

Muriel Pernin : « Comme je le disais, je préfère que l’on parle de fabrication française. Autrement, cela représente pour moi de l’emploi, un savoir-faire historique, mais aussi un défi pour la France avec la nécessité de nous moderniser. Je ne suis pas protectionniste, heureusement que nos frontières se sont ouvertes, mais j’estime que les emplois industriels doivent être valorisés, ils sont notre richesse ».

@Paojdo

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