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Le Music Business à l’ère digitale

07.04.2015
Le Music Business à l'ère digitale

Des clips visionnés des millions de fois sur Youtube et des salles remplies sans avoir signé avec un label : le phénomène « Fauve », collectif d’artistes ayant créé le buzz dès 2013 et affichant aujourd’hui plus de 440 000 fans sur Facebook, laisse songeur. Si ce succès numérique reste exceptionnel, la notoriété en ligne des artistes a de plus en plus d’importance, même aux yeux des acteurs traditionnels de l’industrie musicale.

« Je venais de repérer une chanteuse et je surfais sur sa page Noomiz, un site qui n’existe plus aujourd’hui. Chacun pouvait y poster ses compositions. Un top 100 était établi en fonction des votes des internautes. » Nous sommes alors au début des années 2010. Jessi Lumbroso travaille chez Remark Records, label et éditeur musical. Son but : découvrir des artistes, les faire évoluer, développer leurs projets. Ce jour-là, elle est en quête d’informations sur la musicienne qu’elle s’apprête à signer. « J’ai lu les commentaires sur l’un de ses posts. Une certaine Christine and the Queens avait écrit : « j’aime beaucoup ce que tu fais ». J’ai trouvé le nom rigolo ! Du coup, j’ai cliqué, j’ai écouté trois de ses chansons. J’ai trouvé cela tellement incroyable que j’ai demandé à la rencontrer immédiatement! » Quelques années plus tard, inutile de présenter la fameuse Christine, récemment auréolée de deux Victoires de la Musique.  « Cela ne tient vraiment à rien car elle ne faisait même pas partie du top 100 de Noomiz! », s’amuse aujourd’hui Jessi Lumbroso. Cette-dernière, afin de mener la compositrice à une réussite aussi spectaculaire, a consacré pratiquement trois années à son développement.

Le web : vecteur de notoriété avant d’aller frapper chez les maisons de disque

Outre les conseils artistiques, l’inscription à des festivals, Jessi Lumbroso a également investi sur la visibilité online de sa recrue : « j’ai trouvé une personne dédiée à sa promotion sur le web. Cela concernait surtout les blogs. Parallèlement, Christine and the Queens alimentait constamment ses pages sur les réseaux sociaux, notamment Facebook avec des vidéos. » Des efforts qui ont porté leurs fruits. La notoriété de la chanteuse grandissant, deux labels l’ont approchée.

Une démarche que connaît bien Anne Claverie. Editrice-productrice, fondatrice d’Absolute Management, elle a été pendant 13 ans la manageuse d’Etienne Daho, puis a découvert d’autres talents comme Pauline Croze. « Avant de présenter un artiste à un label, je fais attention à ce qu’il a développé sur les réseaux sociaux, le nombre de personnes qui le suivent, explique cette professionnelle du secteur depuis plus de 20 ans. Avoir une fanbase est important. Aujourd’hui, un directeur artistique d’une maison de disque se rend systématiquement sur Facebook afin de découvrir l’univers d’un musicien. » Bien entendu, souligne-t-elle, la qualité des compositions prime sur tout le reste. « La présence sur Internet n’est pas le plus important. Je pourrais m’intéresser à un artiste qui n’a pas de page Facebook, mais je le trouverais un peu OVNI ! », plaisante-t-elle.

Des nouveaux codes pour les professionnels de la musique…

Des pratiques d’un nouveau genre donc qui se sont imposées naturellement avec la déferlante numérique. « On peut écouter un morceau et se faire un avis en 5 secondes », explique Bertrand Burgalat, musicien aux manettes de son propre label, Tricatel, depuis 1995. « Internet a créé une génération de jeunes musiciens beaucoup plus ouverts d’esprit. Ils découvrent, grâce aux archives présentes sur la Toile, des songwriters vraiment très sophistiqués, commente celui qui a notamment travaillé avec Alain Chamfort, Christophe Willem, Depeche Mode ou encore Philippe Katerine. Par ailleurs, le numérique a véritablement démocratisé l’enregistrement de la musique ainsi que sa diffusion. »

Certes, mais à condition de savoir se faire remarquer dans cette société où tout va toujours plus vite et où, grâce aux plateformes web, l’offre artistique croît exponentiellement. « On est face à une prolifération qui engendre une indifférence, analyse Bertrand Burgalat. En 2015, quelqu’un peut être au centre de l’attention pendant 24 heures, puis après, plus rien. Au début de ma carrière, obtenir deux pages dans Libération était quelque chose de considérable pour un artiste. Aujourd’hui, c’est bien mais cela n’a pas le même impact. »

Pour tenter de se démarquer  et de taper dans l’œil d’une maison de disque, Jessi Lumbroso a bien quelques conseils : « il ne faut poster des nouvelles sur les réseaux sociaux uniquement lorsque l’on a des choses importantes à annoncer afin d’éviter que les gens se lassent. Il est également impératif de se créer des profils attractifs visuellement et de ne pas négliger tous les tremplins du web comme les Inrocks Lab. » Pour la jeune femme, l’important est donc d’être visible : « les labels sont parfois un peu craintifs et cherchent à signer des projets solides. »

… en réponse à un secteur fragilisé par le tsunami numérique

Des producteurs frileux à miser sur les espoirs de la scène française: c’est bien là l’un des grands bouleversements provoqués par la vague digitale. «  Auparavant, les maisons de disque développaient un artiste depuis le début, même s’il n’avait que sa guitare et aucun clip à montrer, » raconte Anne Claverie. Une situation quasi inexistante en 2015 où le mot d’ordre semble être de limiter au maximum la prise de risques: «  pour signer chez un label, il faut déjà avoir effectué pas mal de choses en amont : posséder des titres, un look, des clips, des photos, une fanbase sur les réseaux sociaux etc. »

Une situation s’expliquant notamment par l’effondrement de l’industrie musicale, qui a vu son chiffre d’affaires chuter de 65% depuis 2002 selon le SNEP, syndicat de maisons de disques . Le téléchargement, le streaming tendent à participer au phénomène bien plus qu’ils ne servent de barrages. « La crise du disque s’ajoute à la crise économique, s’exclame Anne Claverie. Pour beaucoup de jeunes, la musique est gratuite alors que si vous voulez une baguette de pain, cela ne vous viendrait pas à l’idée de ne pas la payer. C’est quand même incroyable ! »

Son indignation fait écho à celle de Bertrand Burgalat. « Il y a un mépris lié à la profession de musicien », constate-t-il un brin désabusé avant de rajouter : « d’ailleurs, bien souvent, on ne dit même plus « écouter », mais « consommer » de la musique, c’est dire… » Pour ces deux professionnels ayant connu l’avant numérique, l’avenir du milieu paraît trouble, voire pire : « je ne le vois pas ! », s’exclame Anne Claverie. Bertrand Burgalat ne sait que répondre non plus, si ce n’est regretter que d’autres secteurs culturels ne tirent pas plus parti de l’adaptation houleuse de l’univers musical à l’ère d’Internet : « je suis navré lorsque je vois le monde de l’édition s’ébahir à cause du piratage. »

Quid des autres domaines de la culture?

Une analyse d’actualité. En janvier dernier, Laurent Beccaria, directeur des Arènes, déclarait, dans les colonnes du Monde, concernant les téléchargements en rafale du livre de Valérie Trierweiler:« Dès la sortie, des copies ont circulé sous différents formats, sur des plateformes, par courriel et sur les réseaux sociaux. Cet automne 2014, j’ai vraiment eu l’impression de rentrer dans le XXIème siècle. » Plus globalement, parmi les 11% de Français qui lisent des livres sur écran, un tiers utilise des moyens illégaux.

« Les éditeurs auront les mêmes problèmes que nous, lâche Bertrand Burgalat. Ils devraient venir nous voir pour se renseigner sur les choses à éviter. » Et de conclure : « Le monde du livre aujourd’hui, c’est la musique en 2000. » « Internet killed the bookstore stars », future reprise du tube de The Buggles? En streaming et le temps d’un buzz probablement…

@clairebauchart

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