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Enquête sur le Love business 3.0

08.02.2015

Ils se likent, se matchent, se swippent… Les célibataires du XXIème siècle misent sur leur portable et leurs plus belles photos de profil pour trouver leur moitié. Un véritable marché numérique de l’amour : du coup, les entrepreneurs 3.0 sont nombreux à tenter de conquérir ces millions de cœurs à prendre. Immersion dans l’univers du dating.

« Alors que j’avais rompu depuis trois semaines, lorsque je me réveillais le matin, je voyais que dix mecs m’avaient écrit, me demandaient comment j’allais, voire me proposaient de prendre un verre. Ça booste l’ego ! »

Camille, 28 ans, a tout pour elle : jeune, jolie, diplômée de l’une des plus grandes écoles françaises. Elle vit en plein Paris, sort beaucoup, n’est jamais seule. Pourtant, c’est bien son portable qui lui a « boosté l’égo » lorsqu’elle s’est retrouvée célibataire. « Passé le moment où j’étais chez moi toute seule à pleurer, j’ai eu envie de me changer les idées. Du coup, j’ai installé Tinder et Happn. C’est devenu très addictif ! »

L’écran matrimonial: un marché porteur !

Comme Camille, ils sont des millions à s’épier sur écran mobile : Tinder, géant américain à l’origine de la drague GPS, revendiquait en 2014 750 millions d’utilisateurs à travers le monde. L’entreprise l’affirme : ils seraient 10 millions à se « matcher » tous les jours. Traduction pour les adeptes (s’il y en a encore) des rendez-vous amoureux d’antan : si vous sélectionnez (« likez » dit la génération Y) le profil d’un utilisateur et que ce-dernier vous choisit également, vous obtenez le droit de vous échanger des messages. Un coup marketing miracle à en croire les prévisions de Bank of America pour qui l’application devrait dégager 150 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2015.

Un marché en plein boom qui donne des idées. Dans l’Hexagone, ceux en mal de French Kiss s’inscrivent en masse sur Happn, application “made in France” surfant sur le fantasme millénaire de la rencontre manquée : « Notre principe est celui de l’hypergéolocalisation et du temps réel, explique son fondateur Didier Rappaport. Nous répondons à un vieux rêve : vous croisez une personne dans le métro, vous lui faites un sourire et au moment où vous voulez vous approcher, elle disparaît. Si vous deux êtes sur Happn, vous pouvez la retrouver. A une autre époque, il y avait les transports amoureux de Libération. » Une idée porteuse: lancée début 2014, Happn a eu le temps de débarquer à Londres, Los Angeles, Berlin ou encore Sydney et affirme aujourd’hui avoir 1 million 600 000 utilisateurs dont plus de 130 000 rien qu’à Paris.

De quoi reléguer les sites de rencontre au rang préhistorique de la drague en ligne : «  ils étaient perçus comme étant chronophages, » commente Didier Rappaport.

Camille confirme : « Sur les sites, il faut rentrer son adresse mail et tout, c’était trop long et sophistiqué pour moi! Les applis, c’est hyper rapide! On télécharge et c’est fini. Si on s’ennuie dans la queue du supermarché, on peut liker des gens pour passer le temps. »

Didier Rappaport, figurant par ailleurs parmi les fondateurs de Dailymotion, poursuit : « La différence est importante entre le web et le mobile. Vous ne concevez pas le parcours d’un client de la même manière quand vous êtes sur un écran de 30 centimètres sur 30 et un autre beaucoup plus petit. Puis, sur le web, vous n’aurez pas accès à la géolocalisation et peu de chances d’avoir du temps réel. »

A côté des champions du flirt cybernétique comme Tinder fleurissent des plateformes de rencontres hyperspécialisées : Gleeden, à l’attention des personnes mariées (âmes trop pures s’abstenir), Vegan Rencontres à l’adresse des végétariens, SoloFamily pour consoler les mères célibataires. Le working girls en recherche de câlins peuvent se rabattre sur HappyFewConcept, ciblant uniquement les bac +5. « Pour les trentenaires, les sorties se raréfient, argumente la créatrice Anne-Soizic Bertrou. Le travail prend énormément de place et beaucoup de leurs amis sont happés par leurs enfants ou leur vie de couple. Parallèlement, les femmes font des études plus longues et attendent donc logiquement que leur compagnon ait le même rythme de vie qu’elles. »

Les applications, véritable phénomène social ?

L’entre-soi, fil conducteur pour sélectionner les profils? C’est en tous les cas le réflexe de Camille. « Sur Internet, beaucoup mentionnent leur école ou leur profession. Cela permet de faire un premier tri. En six mois passés sur les applications, je suis sortie avec deux mecs : ils avaient fait une prépa, une grande école. Comme moi !», raconte-t-elle, avant de concéder : « C’est un peu triste d’ailleurs. »

Pour Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des usages numériques, ces rencontres superficielles « sont basées sur des critères extérieurs que l’on a analysés et intellectualisés alors que l’amour et la rencontre sont des ingrédients irrationnels. On ne peut décrire l’homme de sa vie. » Or, dans nos mégalopoles, « il y a un vide absolu dans nos modes relationnels, auquel s’ajoute une difficulté générationnelle à se positionner par rapport au sexe opposé. Certains hommes redoutent les ambitieuses. On ne sait plus comment se parler, alors, on se rassure avec des moyens de rencontre dématérialisés. »

Des rapports hommes-femmes en mutation doublés d’un boom du célibat. Avec 18 millions d’âmes seules en France, les applications de rencontre semblent avoir de beaux jours devant elles. « Il y a incontestablement un problème de solitude, commente Didier Rappaport. Dans les grandes villes, le divorce est devenu la nouvelle norme. Je suis sidéré du nombre de quinquagénaires et de quadras qui s’inscrivent sur Happn, conçue au départ pour un public âgé de 20 à 35 ans. »

La technologie au chevet donc d’échanges devenus trop rares dans ce monde moderne ? « Paris est une ville par exemple où il est extrêmement dur de se rencontrer, poursuit le fondateur d’Happn. Il y a beaucoup de méfiance entre les gens. Les filles n’ont pas envie de se faire harasser dans la rue. Les hommes de leur côté redoutent que leurs approches soient perçues comme du harcèlement. Résultat : on se ferme à l’étranger. »

Une analyse que partage en partie Vanessa Lalo : « Pourquoi aujourd’hui certaines femmes préfèrent aller sur des sites de rencontres plutôt que de traîner dans des bars ? C’est moins fatigant, elles ne vont pas se faire embêter. Le côté oppressant est atténué sur Internet. On n’est pas obligé de répondre. »

« Certains me proposaient directement un verre, se souvient Camille. En général, ils cherchaient uniquement à passer une nuit avec moi. Du coup, je les éliminais toute de suite. Après, il y avait ceux avec qui je parlais beaucoup avant la première rencontre. » La jeune femme était fixée très vite sur les objectifs de ses « targets « : « La question de ce que l’on recherche comme type de relation est soulevée beaucoup plus vite que lors d’une rencontre classique. Si j’aborde un type en soirée, je ne peux pas lui demander immédiatement: « qu’est-ce que tu veux au juste ? » », s’amuse-t-elle.

Des conversations express, des questions directes, pour des rencontres optimisées. En six mois passés sur Happn et Tinder, Camille, après maintes sélections, a rencontré sept hommes. Résultat : deux rendez-vous n’ont rien donné, la jeune femme est restée amie, mais sans plus, avec trois d’entre eux. « Puis il y en a un que j’ai vu trois semaines, ça n’a pas marché et un autre avec qui je suis sortie de janvier à juin. » Camille évoque sans gêne aucune ses rencontres digitales. Flirter sur la Toile, contrairement à il y a quelques années, est de moins en moins tabou.

« La technologie donne aujourd’hui de nouveaux outils faciles d’utilisation, argumente quant à lui l’entrepreneur du web Didier Rappaport. Pourquoi ne serait-on pas sur une application de rencontres alors que l’on a un appareil de 100 grammes dans la poche qui nous permet d’obtenir ce que l’on veut à tout moment ? »

Draguer online ou le perpétuel marketing de soi

Ce que l’on veut certes… Mais même sur mobile, rencontrer est loin d’être aussi simple qu’un clic. Avec le temps, Camille est devenue fine stratège en la matière : « certains de mes amis hommes ne comprenaient pas pourquoi ils n’avaient aucun like sur les applications. Je leur ai conseillé notamment de ne pas mettre un selfie en photo de profil!”

A quoi doit donc ressembler votre avatar idéal ? Celui qui vous vaudra des « like » et des « match » en rafales ? La jeune femme a la réponse : « il faut bien sélectionner les photos que l’on met en ligne. Il doit y en avoir une où l’on est tout seul, une autre avec des amis, une qui montre que l’on a des loisirs. Enfin, un panel ! » A la fin de sa démonstration, Camille concède : « forcément, sur ces applis, on est un peu un objet de consommation. »

C’est bien cela qui gêne Vanessa Lalo : « c’est du marketing de soi : on construit son identité numérique, on se crée un personnage de toutes pièces pour aller draguer et ce que l’on met en avant ne reflète pas forcément la réalité. Si quelqu’un n’a pas la fibre commerciale, il ne pourra pas se vendre sur ces supports. Au final, c’est comme si on choisissait un livre sur Amazon ! » Pour la psychologue, au milieu de tous ces profils qui se matchent et se likent, seuls les plus aguerris s’en sortent.

Virtuel versus réel : des frontières en mutation ?

Utilisateurs transformés en objets de consommation, marketing de soi à outrance ? Didier Rappaport ne partage pas cette vision : « Happn a apporté de la fraîcheur, de la réalité, de la pertinence technologique. » Pour lui désormais, univers réel et digital convergent :« Rencontrer quelqu’un sur une application est devenu quelque chose de la vie de tous les jours. »

Surfer sur une application, phénomène à ce point banal que l’été dernier, à l’occasion d’un week-end entre amis dans une maison de campagne, Camille a fait une découverte cocasse : « on était tous sur nos applis et on n’arrêtait pas de se dire entre nous : « tiens je viens de te croiser sur Happn ! » Pas étonnant, nous étions tous au même endroit. » C’est au cours de ce séjour que Camille a rencontré son petit ami actuel. « Lui aussi était sur les applis ! Il m’a même raconté qu’il se souvenait m’avoir likée sur Tinder ! » Et elle ? L’avait-elle aussi liké ? Leurs deux profils avaient-ils donné « un match », ce qui permet, sur Tinder, à deux personnes de pouvoir échanger et se rencontrer… pour de vrai ? Mi-amusée, mi-songeuse, Camille admet : « quand il m’a montré son profil, je lui ai tout de suite dit que je ne l’aurais jamais liké ! Sa photo ne le mettait pas du tout en valeur ! » Pourtant, amoureuse, Camille partage la vie de cet homme depuis 8 mois…

@clairebauchart

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