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L’handipreneuriat ou comment surmonter le handicap par l’entrepreneuriat

26.03.2018
handipreneuriat ou comment surmonter le handicap par l'entrepreneuriat

À l’image de Charlotte de Vilmorin, cofondatrice de la plateforme Wheeliz, de plus en plus de créateurs de start-up en situation de handicap s’imposent dans le paysage entrepreneurial français. Entre embûches et évolution des mentalités, zoom sur « l’handipreneuriat ».

En France, 2,7 millions de personnes bénéficient d’une reconnaissance administrative de leur handicap. Sur le million d’entre elles qui travaillent, on évalue à 8 % la part d’indépendants 1. « En 2015, le réseau BGE et l’Agence France Entrepreneurs faisaient état de 8 000 créations d’entreprises annuelles par des personnes en situation de handicap », précise Pauline Arnaud-Blanchard, cofondatrice et directrice générale de h’up entrepreneurs (anciennement Uptih). Un chiffre amené à s’amplifier ? L’association, en charge de la représentation nationale des entrepreneurs handicapés, propose un programme d’accompagnement aujourd’hui plébiscité. « Est-ce parce que nous avons développé une capacité à accompagner davantage de publics en diversifiant notre offre ou peut-on parler d’un mouvement de fond ? Je ne sais pas. Toujours est-il que les demandes s’accélèrent. De 20 à 30 accompagnements par an entre 2010 et 2015, nous sommes passés à 136 en 2017 », explique Pauline Arnaud-Blanchard.

Quête de sens et d’épanouissement

Pour la pétillante Charlotte de Vilmorin, jeune start-uppeuse en fauteuil roulant, auteure de Ne dites pas à ma mère que je suis handicapée, elle me croit trapéziste dans un cirque 2, tout a commencé par le constat d’un manque : « Parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, je me suis lancée dans l’entrepreneuriat pour répondre à mon besoin, qui est aussi celui de millions d’autres personnes handicapées. » En 2015, associée à Rémi Janot, elle a créé Wheeliz, une plateforme de location de voitures aménagées entre particuliers qu’elle projette désormais de déployer à l’international, où le service demeure inexistant. Avant de se consacrer à ce projet, la jeune femme avait décroché son premier emploi dans une agence de publicité où elle officiait pour des marques de cosmétiques. « Cette expérience s’est révélée plaisante et stimulante intellectuellement, mais je sentais qu’elle ne m’épanouissait pas complètement. Je n’étais pas sûre de savoir pourquoi je me levais tous les matins et quelle était ma valeur ajoutée dans la société », analyse rétrospectivement Charlotte de Vilmorin. Pour les « handipreneurs » comme pour leurs homologues valides, les motivations qui gouvernent le passage à l’acte sont multiples. Sans généraliser, Pauline Arnaud-Blanchard distingue toutefois trois profils types : les 18-40 ans, dont le choix tient à un véritable engouement pour la mouvance start-up ; les personnes se tournant vers l’entrepreneuriat dans la seconde partie de leur vie professionnelle parce qu’elles n’ont pas eu l’opportunité d’exprimer pleinement leur potentiel, leur ambition, dans le salariat ; les chômeurs de longue durée, qui envisagent l’entrepreneuriat comme une réponse à cette situation dévalorisante.

Parcours d’obstacles

Alors que le taux de chômage des handicapés (19 %) reste près de deux fois supérieur à celui de la population globale, ériger la création d’entreprise en solution miracle s’avère risqué. « Il ne faut pas croire en une baguette magique de l’entrepreneuriat. Certaines personnes ne sont pas faites pour ça, met en garde Pauline Arnaud-Blanchard. À l’inverse, d’autres se font une représentation idéalisée, et donc paralysante, de l’entrepreneur. Autre cas de figure récurrent : celui où l’entrepreneur handicapé se positionne comme une victime et rejette sans cesse la faute sur les autres. Le coaching se révèle alors très précieux pour les aider à changer d’état d’esprit et à trouver des solutions. » À ces freins psychologiques se greffent d’autres obstacles majeurs : un déficit de connaissance du monde des affaires – même si le niveau de qualification des entrepreneurs handicapés a tendance à augmenter –, un accès difficile à l’information, mais aussi et surtout aux systèmes bancaire et assurantiel, qui se montrent « plus méfiants que face aux porteurs de projets classiques ». Si Charlotte de Vilmorin a connu un itinéraire « chanceux », marqué par une campagne de financement participatif réussie, une moisson de prix à des concours d’entrepreneuriat et une levée de fonds d’1 million d’euros bouclée en 2017, elle se rappelle encore la réaction interloquée de son banquier lorsqu’elle a entrepris d’ouvrir un compte professionnel : « Il était persuadé que je faisais erreur et que je voulais ouvrir un compte personnel. Pour lui, il était tout simplement impensable qu’une personne en fauteuil puisse monter sa boîte ! »

Effet boule de neige

Avec le temps, les mentalités semblent pourtant évoluer, au sein de la population handicapée comme du reste de la société. « Les médias mettent souvent à l’honneur des histoires atypiques comme la mienne, qui en viennent ainsi à se normaliser », souligne Charlotte de Vilmorin. À l’unisson de ce constat, Pauline Arnaud-Blanchard se félicite de la propagation des initiatives en direction des « handipreneurs », à l’instar de la plateforme européenne d’e-learning Success4all, dédiée à l’entrepreneuriat et au handicap, dont h’up entrepreneurs est partenaire. Le programme Action HEC Handicap, qui permet à des entrepreneurs en situation de handicap et/ou innovant sur cette thématique d’être incubés à la fameuse Station F, s’inscrit également dans cette tendance. Tout comme la French Tech Diversité, soutenue par l’État, dont la première promotion, dévoilée en octobre 2017, mêle start-uppers issus des quartiers défavorisés et bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés (AAH). « On a besoin d’entrepreneurs avec des profils, des parcours, des backgrounds différents. Quand on est porteur d’un handicap, on voit des choses, on identifie des besoins que les autres ne distinguent pas », renchérit Charlotte de Vilmorin.

Perspectives d’avenir

Faut-il pour autant s’extasier devant ce tableau positif ? Pauline Arnaud-Blanchard, qui le nuance en pointant son côté « encore anecdotique », insiste sur la nécessité de pousser plus loin les efforts d’inclusion amorcés. Parmi les chantiers prônés par l’association h’up entrepreneurs : la simplification des démarches et l’instauration, par la mise en place d’un fonds de garantie solidaire, d’un droit à la compensation du handicap de ces entrepreneurs, afin de contrebalancer les barrières à l’entrée plus importantes et une productivité parfois moins élevée. De son côté, Charlotte de Vilmorin met l’accent sur le poids des croyances limitantes : « Je ne sais pas si le principal obstacle vient de l’écosystème ou des personnes. Moi-même, au départ, je ne me jugeais pas légitime du fait de mon jeune âge, de mon handicap, et du fait que je sois une fille. J’ai gagné en confiance et appris énormément grâce à l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, j’ai la certitude d’être à la bonne place. Et je dois dire qu’en termes d’accessibilité, je me sens beaucoup plus limitée dans ma sphère personnelle que dans le monde professionnel ! »

 

@manondampierre

 

  1. Source Agefiph: Tableau de bord emploi et chômage des personnes handicapées, bilan au 1er semestre 2017
  2. Paru en mars 2015 chez Grasset

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