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Géraldine Le Meur: entreprenez votre vie !

16.10.2018

Géraldine Le Meur, “serial entrepreneure”, cofondatrice de Le Web et désormais du fonds d’amorçage The Refiners a pris la plume pour nous guider sur ce chemin tortueux qu’est la vie professionnelle mais aussi personnelle d’une femme. A travers les témoignages de femmes entrepreneures ou cadres en entreprise, elle nous fait découvrir des parcours de vie loin des roles models américains parfois inaccessibles ! Un livre de chevet à picorer au gré de vos questionnements existentiels.

C’est un livre qui a pour ambition, vous le dites au début du livre, de nous donner des clés pour exploiter notre potentiel et nous réaliser grâce à des exemples de jeunes femmes entrepreneures qui ont réussi comme Céline Lazorthes (Leetchi, MangoPay), Marion Carette ( OuiCar ) etc… Mais elles font encore figures d’exception dans ce monde la tech, pourquoi y a t-il encore si peu de femmes? 

Pour ce livre, j’ai fait 29 interviews de femmes mais elles ne sont pas toutes dans la tech et ne sont pas que entrepreneures. L’idée était de dire, il n’y a pas qu’une seule voie, une seule façon de réussir sa vie personnelle et professionnelle et que la réussite se juge à un niveau très personnelle donc je voulais d’abord pouvoir rencontrer ces femmes pour qu’elles partagent leur parcours sans faux semblant, de manière authentique sans pousser tout le monde dans l’entrepreneuriat. Les profils que vous avez cité sont exceptionnels et elles sont dans la Tech mais ce n’est pas la seule voie.

Sinon, pourquoi il n’y a pas plus de femmes dans la tech ?  Je pense que cela tient tout d’abord aux études, ce n’est pas vers des études scientifiques qu’allaient les jeunes femmes mais cela change ! Il y a notamment de plus en plus de femmes qui vont vers les études de data et de statistiques.

Il y a une étude que vous citez montrant que les meilleurs développeurs sont des a-sociaux de sexe masculin, c’est angoissant ?

Oui, et cela pose un problème en ce qui concerne le développement des algorithmes car nos raisonnements sont différents, nos approches sont différentes et c’est ce qui fait notre richesse. Il faut que nous prenions notre part.

Au delà de la réussite professionnelle dont vous parlez, il y a la réussite personnelle, son épanouissement, c’est un sujet majeur pour vous mais comment arriver justement à garder cet équilibre ? 

C’est instable, c’est la définition même de l’équilibre. Moi, je n’aime pas faire la dichotomie entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Je pense que la vie est un tout et qu’à partir du moment où l’on fait des choix, on les fait jusqu’au bout. Dans mon cas personnel, je pense que l’équilibre, je l’ai trouvé car j’ai eu mes enfants assez jeune et que c’est plus facile à gérer. Je n’aurais pas la même énergie aujourd’hui. Mais je crois que le plus important au-delà, c’est d’être en accord avec ce que l’on a envie de faire, ses valeurs et à partir du moment où l’on a fait ses choix en pleine conscience, on y arrive.

On a le sentiment que c’est plus facile d’atteindre l’équilibre quand on est entrepreneure ?

Oui c’est vrai cela a été pour moi une des raisons pour lesquelles j’ai choisi cette voie, je voulais être maman et voulais également tracer ma carrière comme je l’entendais. C’est un confort psychologique que de n’avoir à rendre des comptes qu’à soit même.

Vous citez ces femmes qui réussissent que l’on appelle aussi des « Alpha ». Or, cela ne fait pas toujours du bien au couple d’être dans la lumière soi-même. Autrement dit, l’ambition féminine demeure un problème dans le couple ?

Je pense qu’aujourd’hui, c’est très important d’inclure les hommes aussi dans tout ce mouvement et de ne pas arriver en frontal. J’ai un peu de mal avec ces mouvements guerriers, ce féminisme agressif. Pour autant, les femmes doivent être reconnues et il faut que les hommes l’acceptent.

Pour parler du couple en lui-même et je le vois de plus en plus dans les couples de trentenaires, c’est le partage des tâches au sens intelligent du terme qui est essentiel, l’idée que les papas puissent prendre le relai si la maman a un cocktail très important ou un rendez-vous chez le médecin. Cette répartition des tâches, l’entreprise doit aussi l’accepter.

C’est aussi une question d’éducation ?

Oui, c’est le rôle des parents. J’ai trois garçons et c’est vraiment ce que j’ai essayé de leur inculquer.

Les femmes dites-vous ont une opportunité énorme c’est cette capacité à inventer leur propre parcours, faire de nos contraintes, une force finalement ?

Oui, je pense que c’est un atout car notre ADN. On apprend à jongler très vite avec le personnel et le professionnel. Je pense que ce qui est essentiel c’est de se faire confiance et oser ne pas être trop perfectionniste pour avancer.

Notre horloge biologique peut être un frein dans une carrière encore aujourd’hui. Vous le dites, dans la Silicon Valley, on propose désormais de congeler les ovocytes des jeunes femmes, quel est votre point de vue ?

Je pense que les avancées de la médecine sont absolument phénoménales et que c’est une très bonne chose d’un point de vue général. Maintenant, je trouve qu’il faut arrêter de banaliser la congélation des ovocytes. Parce ce que pour une femme ce n’est pas quelque chose d’anodin. Cela veut dire des traitements lourds, c’est comme une procréation médicalement assistée, cela veut dire des traitements hormonaux pendant plusieurs semaines. Des questionnements psychologiques qui sont forts. J’en discutais avec quelqu’un qui me disait qu’on lui avait posé la question de qu’est-ce que l’on faisait si elle décédait ou encore si elle envisageait avoir recours à une banque de spermes. Tout cela n’est pas anodin. Après chacune fait son choix mais cette banalisation que l’on retrouve aujourd’hui dans les startups de la Silicon Valley et ce ne sont pas que dans les GAFA que l’on propose cela, me dérange. Aujourd’hui, j’ai des exemples autour de moi de jeunes filles de 23 ans qui ont dans le bénéfice de leurs premiers jobs, la congélation de leurs ovules. Proposer à une jeune fille de 23 ans de se poser cette question là, je trouve que ce n’est pas bien. C’est lui dire, attention, peut-être que pour faire carrière tu devrais penser à cela et c’est lui faire se poser des questions à 23 ans qu’elle n’a pas besoin de se poser et Pourquoi ne pas proposer dans les bénéfices une nounou de nuit pendant trois mois dans les bénéfices plutôt que d’aller sur ce chemin. Pour moi cette congélation d’ovocytes, c’est une solution d’hommes à des problèmes de femmes !

Vous avez monté The Refiners un fonds d’amorçage qui accompagne des entrepreneurs dans leur ambition globale, quel est le taux de femmes ?

Oui, il y a Clémentine Piazza, fondatrice de InMemori qui est passée par le tamis de The refiners,  Emna Ghahariani de Veamly et Melissa Pancoast  de The Beans.  Sinon, j’ai assez peu de CEO femmes mais il y a beaucoup de femmes cofondatrices. Là on est confronté à la problématique de trois mois à San Francisco et c’est compliqué pour celle qui sont maman et puis il y a encore assez peu de femmes CEO dans la Tech et avec des entreprises qui ne sont pas encore” lipstick et sac à main”. Elles sont encore très enclines à faire des choses qui restent dans un univers Girly. Or, aujourd’hui, elles ont beaucoup à apporter dans d’autres secteurs du digital.

Vous avez cofondé la conférence Leweb en 2004, 14 ans après le bilan est plutôt positif pour les femmes ? 

Déjà, je trouve qu’il y a de plus en plus de femmes sur scène et c’est une bonne chose. Il y a une évolution aussi dans les entreprises. A l’époque de Le Web c’était difficile de demander à une entreprise d’avoir une femme sur scène parce que finalement ce n’était pas les femmes qu’ils envoyaient. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de speakers femmes car elles sont des acteurs clés. Par ailleurs, dans les start-ups, il y a de plus en plus de femmes dans les équipes fondatrices, CEO, COO et même CTO maintenant ! Après dans les photos, il y a encore beaucoup d’hommes. J’aimerais bien voir une conférence avec exclusivement des femmes sur scène et une audience masculine !

Vous vivez aux Etats-Unis depuis 12 ans, comment vois-tu la France d’un point de vue tech, devient-on une « Start-up Nation » comme le souhaite Emmanuel Macron ?

Oui, je ressens quelque chose de très positif en France et il fallait arriver à ce que l’on est plus d’entrepreneurs. Ce qui était sympa à San Francisco c’était d’être à une terrasse de café et d’entendre parler startup, maintenant c’est la même chose à Paris !  Pourtant attention de ne pas dire que l’entrepreneuriat est la voie royale parce que c’est très difficile. On ne rate pas sa vie si on est pas entrepreneur. Deuxième point, si on veut vraiment que la France soit une start-up nation, les start-ups doivent grandir, « scale up », passer à l’échelle mais pour cela, il faut jouer avec les mêmes armes, avec les mêmes chiffres d’investissement qu’aux Etats-Unis. On a beaucoup d’investissements pour le « early stage » ( amorçage) mais moins pour les investissements en croissance. Les levées de fonds en France sont beaucoup moins importantes qu’aux Etats-Unis. Est-ce que nous devons faire venir des fonds américains en France ? Faire émerger des fonds européens forts et structurés ? Cela commence avec des personnes comme Xavier Niel qui donnent beaucoup à l’écosystème, c’est fantastique ! Mais maintenant il faut créer des entreprises qui ont du chiffre d’affaire, des clients, des équipes…

…Et qui sont rentables, en France on lève des fonds souvent quand on a un chiffre d’affaire, c’est moins le cas aux Etats-Unis ?

Cela a changé, c’est fini. Aujourd’hui, les fonds qui se lèvent sont des fonds de 1 milliard et quand un fonds de 1 milliard doit retourner vers ses LP (Limited Partners : Investisseurs), il doit retourner 3, 4 ou 5 milliards. Ce sont des modèles qui existent moins ici mais en tout cas, il faut se donner les moyens de nos ambitions, avoir de l’argent pour « scale up ». Il y a un livre qui vient de sortir de Reed Hoffman, « Blitzscaling » qui montre bien cela: Pourquoi les entreprises américaines fonctionnent bien et vont très loin très vite ? C’est parce qu’on est dans la prise de risque maximale mais qu’on se donne aussi les moyens de le faire sur des bases économiques de plus en plus saines.

Un message pour les femmes qui veulent être entrepreneure de leur vie  pour reprendre le titre de votre livre ?

Faites-vous confiance et entourez-vous, partagez. N’ayez pas honte de partager pour avoir des conseils et des critiques…pour avancer.

@veroniqueforge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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