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François Taddei: Apprendre au XXI ème siècle

14.11.2018

Dans un monde où les technologies s’accélèrent, penser le devenir de notre humanité et de l’humain devient un enjeu de civilisation et former les générations futures son corollaire pour définir de nouveaux paradigmes. C’est tout le travail du chercheur François Taddei, fondateur du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI) et auteur de “Apprendre au XXI eme siècle” ( Calmann-Levy).

Apprendre au XXI eme siècle est le titre de votre livre, pourquoi savoir apprendre est un enjeu majeur pour le devenir de nos sociétés ?  

Déjà on apprend pour savoir s’adapter à un environnement donné et y faire des choses pertinentes et il se trouve que l’environnement dans lequel on est a déjà beaucoup changé et les changements vont aller en s’accélérant ; donc à partir du moment où l’environnement change, on ne peut se contenter d’un stock de choses que l’on a appris. Il faut apprendre tout au long de sa vie et donc savoir apprendre même si nous ne sommes plus dans le contexte scolaire et donc il faut avoir appris à apprendre.

L’un de vos sujets clés, c’est l’interdisciplinarité, c’est un des moyens de trouver les solutions pour l’être humain dans le futur ?

Ce qu’il faut savoir c’est que les disciplines sont des constructions humaines pour nous aider à aborder certains sujets mais il n’y a aucune discipline qui ait le monopole de la connaissance et qui puisse intégrer l’ensemble des regards nécessaires pour comprendre un sujet complexe comme le vivant par exemple. Si on s’intéresse à de grands sujets comme le changement climatique par exemple, ce n’est pas juste une question de physique, c’est aussi un phénomène humain et des enjeux économiques, géopolitiques. Chaque discipline va apporter un éclairage mais n’apporte qu’un éclairage. Si on veut comprendre un phénomène dans son ensemble, il faut que les spécialistes de chaque discipline se parlent et sortent de leur silo qui peuvent exister parfois. Il faut donc créer des lieux d’intelligence collective où on apprend à se parler, à travailler ensemble et à résoudre des problèmes que l’on ne pourrait pas résoudre seul.

C’est l’ambition du CRI, le centre de recherches interdisciplinaires que vous avez fondé ?  

Oui, au CRI, nous essayons d’être un carrefour de rencontres intéressantes où des gens d’horizons différents vont pouvoir apprendre les uns des autres et réinventer les manières d’apprendre, d’enseigner de faire de la recherche, de développer de l’intelligence collective au service des grands défis de notre temps, ce que l’ONU a défini comme les 17 grandes priorités de développement durable : la pauvreté, l’alimentation, la santé, l’éducation, le genre, le climat, la biodiversité, la transformation des économies pour devenir des économies durables. Toute la question est comment se saisit-on de ces grands sujets et comment invite t’on les prochaines générations à s’en saisir. Au CRI, nous essayons de prototyper à notre échelle des solutions et de discuter avec des gens qui pensent dans la même direction que nous pour voir ce que nous pouvons faire ensemble.  Nous travaillons par exemple en ce moment avec l’UNESCO pour créer des diplômes où on apprend quels sont ces 17 grands défis, comment les différentes disciplines peuvent se mettre au service des étudiants qui souhaitent relever ces défis. On apprend à ces étudiants à collaborer les uns avec les autres, à s’inspirer d’autres projets qui ont pu être développé à l’autre bout de la planète et à les adapter. On essaie de travailler avec tous les acteurs qui ont compris qu’il y avait des changements nécessaires et faire en sorte à travers des projets, que cela soit en Haïti ou Scandinavie, que le monde de demain soit déjà en germe et qu’on entrevoit des débuts de solutions.

Votre ambition est de former évidemment les jeunes générations ? 

Nous avons des programmes au CRI de recherches interdisciplinaires à partir du niveau licence et de formation des professeurs et les former nous permet de former les plus jeunes. Nous avons un programme qui s’appelle les Savanturiers qui permet aux enseignants de partir du questionnement des enfants et les inciter à utiliser des démarches scientifiques. Il y a des mentors qui sont des chercheurs qui accompagnent le questionnement des jeunes et leur permet de passer d’un questionnement enfantin à un questionnement scientifique en leur offrant non pas des réponses mais des méthodologies qui vont leur permettre de progresser dans leur réflexion. C’est un moyen de préparer les enfants au monde de demain car nous aurons besoin de personnes qui ont une approche scientifique et rigoureuse.

Que manque t-il à l’enseignement actuel en France ?

Le système éducatif est beaucoup basé sur la mémorisation et le calcul et aujourd’hui, les machines mémorisent et calculent beaucoup mieux que nous. Si on veut préparer nos enfants au monde de demain où ils vont être en compétition avec des machines et des robots et de l’intelligence artificielle, il faut une capacité qui va au-delà de simplement mémoriser et calculer donc il faut être capable de faire des choses que les machines ne sont pas capables de faire. Or, Elles ne sont pas capables de réinventer des processus donc il faut que nous soyons capables de réinventer des processus compatibles avec le développement durable ce qui implique de comprendre l’existant mais aussi de le questionner pour inventer d’autres types de processus.

Quelle est l’école idéale et quelles sont les qualités que nous devons développer chez l’individu et l’enfant notamment pour qu’il puisse s’adapter le mieux possible au monde qui vient ?

Il faut apprendre à prendre soin de soi, des autres et de la planète. Cela permet de bien se sentir et de contribuer à un collectif tout en s’assurant que collectivement on avance dans la bonne direction. Après, il y a un certain nombre de compétences de XXI eme siècle qui me semblent très importantes qu’on associe avec des lettres « C » : la créativité, la capacité à coopérer car fondamentalement nous sommes des êtres sociaux et il faut savoir coopérer pour trouver les solutions les plus pertinentes. Il faut savoir communiquer pour pouvoir échanger avec les autres mais aussi savoir communiquer avec les machines, ce qui suppose de savoir les programmer, comprendre les limites à la communication entre humain et machines. Il faut aussi être capable d’un esprit critique constructif qui aidera l’autre à grandir et proposera des améliorations et des idées. Enfin, la compassion, c’est à dire la capacité à se mettre à la place de l’autre est essentielle à la fois en local et en global.

Il y a un besoin de prendre en compte ces différentes dimensions et l’école doit être capable de développer ces différentes dimensions qu’il est difficile de développer tout seul. On a besoin de développer des capacités que n’ont pas les machines. Or, la capacité à faire du sens, les machines ne savent pas faire. Qu’est ce qui fait sens pour soi, les autres, l’humanité, l’école ne nous prépare pas tellement à nous poser ce genre de questions.

Ces écoles innovantes qui participent au développement de ce type de compétences on les trouve en Finlande, dans les pays anglo-saxons mais à la marge encore dans un pays comme la France, comme arriver à démocratiser ce type d’enseignement ?

Je pense que ces idées sont discutées par de plus en plus de gens et sont mises en œuvre par de plus en plus de gens. C’est encore minoritaire mais je pense que chacun d’entre nous comme parent, enfant, enseignant peut contribuer au changement à son niveau en se demandant : est ce que je suis aussi créatif que je le pourrais etc…Tout le monde peut s’emparer de ces sujets en se demandant qu’est-ce que l’on a besoin d’apprendre au XXI ieme siècle.

Quel est le pays où le type d’éducation se rapprochent le plus de ce que vous décrivez ?

Je dirais la Finlande et le Canada qui sont des pays où on retrouve une bonne partie ce que je décris où on accueille très bien les enfants de migrants par exemple en leur disant c’est formidable, vous avez d’autres spécificités que les nôtres, vous allez pouvoir nous apprendre des choses et nous allons pouvoir vous apprendre des choses. Nous allons apprendre les uns des autres. On est déjà dans la bienveillance, le respect, l’inclusion, c’est une école qui sait intégrer les enfants quelques soit leurs difficultés, qui sait faire réussir des enfants de différentes origines sociales. La France est à cet égard un pays très inégalitaire. Ce sont des pays où on a autorisé les enseignants à innover, on les a accompagnés, on les a formés. On a également mis en place des collectifs de chercheurs qui travaillent avec les enseignants. On cherche des solutions pour faire progresser chaque enfant et on implique tout le monde, les enseignants, les chercheurs, les parents. On a aussi des professeurs de réussite pour faire progresser les enfants.

Dans ce changement de paradigme nécessaire, les entrepreneurs sociaux s’inscrivent dans cette démarche d’innovation, de construction de ce monde de demain ?  

Je ferai un détour par cette notion japonaise de l’Ikigai pour répondre. L’ikigai d’un individu, c’est ce qu’il aime faire, sait faire, ce pourquoi il peut trouver des ressources et ce dont le monde a besoin. Un entrepreneur social est donc quelqu’un qui s’interroge sur ces questions au niveau individuel mais aussi collectif et qui ne prend pas uniquement en compte la dimension économique mais aussi sociétale, de quoi le monde a besoin ? Il va chercher à développer un projet qui a un impact.

Nous avons aussi besoin d’entrepreneurs sociaux et scientifiques qui ont assez compris le monde pour avoir le plus d’impact possible sur ce monde justement.

 @veroniqueforge 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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