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Femme et mère: un conflit qui perdure !

24.10.2016
Femme et mère: un conflit qui perdure !

En 2014, une étude de l’Ined révélait que 4,3% des Françaises ne comptaient pas devenir mères. Une volonté souvent mal comprise par la société, parfois compliquée à faire accepter à ses plus proches. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer un carcan de la maternité qui pèse encore sur bien des femmes, en dépit de leurs choix personnels.

“Le temps incroyable passé par les magazines à essayer de deviner si je suis enceinte ou non montre la prédominance persistante de l’idée selon laquelle une femme, sans enfant ou mari, est forcément en situation d’échec.”  Elle nous a fait rire pendant une décennie. Mais, en juillet dernier, Jennifer Aniston n’avait plus envie de jouer la comédie. En publiant une tribune dans le Huffington Post, l’actrice et productrice a fait part de sa colère, pour le moins retentissante: l’article a récolté, rien que sur Facebook, quelque 150.000 likes.

La maternité encore souvent reine de tout

Un court billet pour dire son ras-le-bol d‘être résumée à un corps par une certaine presse, malgré, entre autres réalisations, son Grammy Award et son Golden Globe. “Si je suis une sorte de symbole, comme certains le prétendent, j’incarne à merveille la façon dont nous tous, en tant que société, considérons nos mères, soeurs, filles, épouses, amies ou collègues,” s’indigne la comédienne.  “Elle a raison“, commente Emilie Devienne, coach et auteure, entre bien d’autres ouvrages, de Etre femme sans être mère: le choix de ne pas avoir d’enfant (Robert Laffont). “Elle est d’abord un ventre. Accessoirement, qu’elle soit une star internationale, beaucoup s’en moquent.” Une stigmatisation qu’elle vit elle aussi à un autre niveau: “j’ai écrit plus de vingt livres. On ne me parle pratiquement que de celui où j’ai expliqué pourquoi je ne désirais pas avoir d’enfant.

Sans bébé, gare aux clichés

Un texte qu’elle a écrit pour répondre à tous ceux qui ne cessaient de lui demander pourquoi elle ne tombait pas enceinte, en y ajoutant les témoignages d’autres femmes ayant pris la même décision qu’elle. Une bonne façon de tordre le cou à à un certain nombre de clichés. “On nous perçoit souvent comme des égoïstes.” Une étiquette péjorative pour un choix essentiel, qui s’impose. La volonté de ne pas avoir d’enfant est de fait souvent compliquée à assumer: “on pourrait presque dire que nous sommes moins bien comprises que les mères maltraitantes pour qui l’on cherche tout un tas de déterminants sociaux,” ironise Emilie Devienne.

Idée reçue également, celle selon laquelle une femme sans enfant aurait privilégié sa carrière: “les femmes que j’ai rencontrées ont des vies professionnelles normales et ne sont pas forcément PDG!” Autre cliché selon l’auteure: “nous serions des vamps à la vie sexuelle complètement débridée. Ou encore, nous n’avons pas d’enfant car nous n’aurions pas trouvé l’homme de notre vie. Or, c’est justement une grande preuve d’amour de trouver quelqu’un qui reste avec nous, malgré cette condition.”  Avant de rencontrer son époux, le non-désir d’enfant d’Emilie Devienne lui a d’ailleurs valu une rupture amoureuse. “Cela a toujours été une évidence pour moi,” assure-t-elle. Elle est loin d’être la seule dans cette situation, même si la tendance tend à rester minoritaire: en 2014, 4,3% des Françaises déclaraient ne pas vouloir devenir mères selon l’Ined.

De l’influence de la crise et de certains courants de pensée

Chez certaines femmes que j’ai pu interroger, leur choix s’explique par une appréhension du monde actuel, une situation professionnelle ou sentimentale qu’elles estiment trop instable.”   Une autre étude Insee, datant de novembre 2013, évalue à 37% le nombre de Françaises de 30 ans ne souhaitant pas, pour l’heure, devenir mères. Une proportion qu’Emilie Devienne justifie en partie par la succession de crises financières. “Dans ces périodes, j’ai l’intuition que les femmes sont encore plus que d’ordinaire en situation de précarité, prisonnières de contrats de travail fragiles. Bref, on les incite plus facilement à revenir à la maison, bébé au sein!

Un raisonnement qui rejoint celui d’Elisabeth Badinter. Dans son livre paru en 2010, Le conflit: la femme et la mère, la philosophe mettait en exergue les ravages des crises économiques, ayant tendance à renvoyer les femmes chez elles. “Beaucoup sont poussées à rentrer dans leurs foyers et d’autres ne croient plus à la nécessité absolue d’avoir une activité économique,” déplorait-elle cette année-là dans les colonnes du journal 20 Minutes. Sans compter sur le retour, selon elle, de l’image de la mère parfaite: dans les années 70, à peine 15% des femmes allaitaient, contre 70% au-début de la décennie 2010. Pour l’essayiste, cette pression grandissante est catalysée par la crise mais également par la diffusion de certaines idées, écologiques notamment (avec le retour en force des couches lavables), et tendant à transcender tous les milieux sociaux.

Cette tension, Jennifer Aniston, en dépit de ses millions de dollars et de son statut d’icône ayant fait fantasmer des jeunes filles à travers le monde, semble la vivre dans sa chair: “mon cas démontre à quel point nous évaluons encore la valeur d’une femme à l’aune de son statut d’épouse ou de mère”, déplore-t-elle dans le Huffington Post.

Famille et choix personnels: l’équation délicate

Une représentation sociale encore quasi-imposée, s’additionnant aux perpétuels questionnements familiaux. “Ma mère m’a un jour demandé qui s’occuperait de moi lorsque je serais vieille“, raconte Emilie Devienne. “Je lui ai répondu; “m’as-tu mise au monde pour que je sois ton bâton de vieillesse?” La discussion s’est arrêtée là.” Et l’écrivaine d’ironiser: “on ne compte plus le nombre de personnes âgées qui passent leur Noël seules, qu’elles aient des enfants ou pas!” Les statistiques soutiennent ses propos: d’après une enquête de la Fondation de France, 33% des retraités habitant dans une ville de plus de 100.000 habitants sont isolés,  21% dans les communes rurales.

Emilie Devienne, elle, aimerait surtout que les femmes qui font le choix de ne pas être mères, cessent d’être traquées: “je ne dis pas de ne pas faire d’enfant, juste qu’en faire un doit être un acte réfléchi et découler d’un réel désir,” conclut-elle, comme en écho à l’actrice de Friends: “Cette décision nous appartient à nous, et à nous seules. Nous devons imaginer et définir notre propre “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Signe que les temps évoluent sensiblement, Vaiana, l’héroïne du prochain long-métrage de Walt Disney ne sera pas en quête du prince charmant, et donc de la construction d’un foyer douillet. “Elle n’est ni l’acolyte, ni la fiancée, ni la fille en détresse : c’est une jeune fille irrésistible, passionnée, effrontée et inspirante que les enfants pourront prendre pour exemple,” ont expliqué les réalisateurs de Vaiana, la légende du bout du monde, précisant qu’il s’agissait là d’un cas unique dans l’histoire des princesses du groupe. Rendez-vous le 30 novembre prochain pour savoir quel accueil critiques et public réserveront au dessin animé.

@clairebauchart

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