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Etre entrepreneure et enceinte, pas incompatible ?

11.03.2019

Pas facile de vivre sa grossesse quand on est à la tête d’une entreprise ? Entrepreneuriat et maternité ne sont pourtant pas inconciliables. Plusieurs entrepreneures en ont fait l’expérience. Elles nous livrent leurs conseils pour mieux vivre sa grossesse tout en étant hyper investie dans son entreprise.

#Choisir le bon timing

Mieux vaut que son entreprise soit solide économiquement pour pouvoir être plus sereine pour vivre ce bouleversement. « J’ai beaucoup hésité avant de tomber enceinte car je ne voulais pas que ce soit dommageable ni mettre en péril la vie de l’entreprise. Les premières années sont cruciales » confie Charline Goutal, fondatrice et CEO de Ma p’tite culotte. Après une deuxième levée de fonds, cinq ans d’existence dont trois belles années d’activité et la formation d’une équipe solide, Charline estime que le niveau de risque est plus prudent. Et si l’on ne choisit pas forcément le moment d’accoucher, on peut toujours essayer de conjurer le sort. Charline Goutal se félicite d’accoucher en avril, « un mois plus faible en termes d’activité ». Pour Agathe Molinar-Min, qui vient de se lancer dans une activité de conseil et de reprendre l’entreprise de prêt-à-porter féminin Clarence & Jude, il n’y a pas vraiment de moment idéal. « Ce n’est ni quand on débute un nouveau job, ni quand on se lance dans la création d’entreprise ou quand on devient senior. Je trouve cela fou de se dire « Je ne peux pas me permettre maintenant. » » Même si la serial entrepreneure estime que le moment est plus propice aujourd’hui que lorsqu’elle développait Lemon Curve, un site web de vente de lingerie qu’elle avait lancé en 2011. « Je suis dans une phase plus flexible de ma carrière avec une pression moins forte car je n’ai pas les mêmes ambitions qu’auparavant : j’ai envie de développer cette deuxième entreprise de manière plus progressive. »

#Annoncer en one to one à ses actionnaires

S’il n’y aucune obligation d’informer ses actionnaires, les associés sont néanmoins tenus à un contrat moral. Charline Goutal, qui est tombée enceinte alors que l’entreprise venait de clôturer une levée de fonds, a culpabilisé : « J’avais peur qu’ils soient déçus ». Histoire de moins se mettre la pression, elle a choisi de l’annoncer en one to one lors de moments privilégiés avec chacun d’entre eux –des hommes de plus de 50 ans en majorité. « Je ne voulais pas le faire lors d’un rendez-vous officiel ou d’un comité stratégique », explique-t-elle. La jeune femme a été surprise du retour positif de ses partenaires masculins. « Ils ont plutôt bien pris la nouvelle, m’assurant que c’était la plus belle aventure de la vie et que cela allait m’aider à trouver mon équilibre de femme. Peut-être parce qu’ils se rendent moins compte des changements qu’implique une grossesse ». En revanche, alors qu’elle s’attendait à plus de solidarité du côté des femmes, elle a au contraire du essuyer certaines remarques choquantes comme « Est-ce que tu vas prendre un congé maternité ? » ou « Je ne pensais pas que toi tu ferais un enfant » ou anxieuses : « comment vas-tu gérer les deux ? » On a l’impression d’être cataloguée comme moins performante parce qu’on est enceinte. »

#Déculpabiliser

Dans sa charte pour féminiser les entreprises de la Tech, le Gender Agreement, le Galion Project a entre autres inscrit d’« accueillir avec bienveillance la maternité dans l’organisation de l’entreprise ». Pour Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi et Mangopay.com, elle-même enceinte de 8 mois, « La grossesse ne doit pas être un sujet, et encore moins un souci ». « Cela fait partie de la vie d’une femme. Il faut se libérer de la culpabilité mais il y a une telle pression sociale les concernant ! » regrette Agathe Molinar-Min. Le regard de certaines personnes n’a pas aidé Charline Goutal à déculpabiliser : « J’ai peur du regard de certains qui peuvent penser que je ne suis pas capable d’assumer les deux et que je mets en danger l’entreprise. Je n’arrive pas à être légère par rapport au sujet. J’ai toujours cette culpabilité que je n’arrive pas à contrôler. » Heureusement, pour l’annoncer à son équipe de 10 personnes, les choses ont été assez simples. C’est lors d’un déjeuner d’équipe que Charline leur a fait part de la nouvelle. Composée à 90% de femmes entre 25 et 30 ans, son équipe l’a tout de suite soutenue. « Elles voient que je travaille encore beaucoup trop et essaient de me soulager au maximum. Un vrai système de solidarité s’est instauré. Cela a même resserré les liens avec des personnes clés de mon équipe. »

#Aménager son planning

Enceinte, il est impératif d’optimiser son emploi du temps et de revoir son organisation. Le bon plan : dénicher un gynécologue obstétricien sur la même ligne de métro que son bureau pour pouvoir caler ses rdv médicaux sur l’heure du déjeuner et ne pas impacter son rythme de travail. « C’était un de mes critères de choix, tout comme de pouvoir faire mes échographies et mes cours de préparation à deux pas du bureau » souligne Charline Goutal. Jeanne Coeffe et Sarah Fénérol Deroux ont accouché à 12 jours d’intervalle. Les deux fondatrices de l’entreprise Mondéfilé en 2012 ont cherché à être présentes jusqu’au bout. « On savait que l’on devait tenir sur le long terme, comme dans un marathon. Nous nous sommes ménagées pour ne pas devoir s’arrêter prématurément. » Pour se préserver les deux femmes ont mis en place un temps partagé : « Deux mois avant nos accouchements, nous avons été en alternance, soit un à deux jours par semaine en télétravail à chacune notre tour pour qu’il y ait toujours quelqu’un au bureau. » Il faut bien assurer la dynamique commerciale de l’entreprise puisque ce sont elles qui assurent les rentrées d’affaires et les clôtures commerciales.

#Etre épaulée par ses proches

Chez Leetchi et Mangopay.com, le congé paternité est devenu obligatoire. « Il est passé de 11 jours à trois semaines pour impliquer les collaborateurs masculins dans le quotidien en tant que pères » explique Céline Lazorthes. Il est en effet indispensable de pouvoir compter sur son conjoint pour jouer le rôle de facilitateur et de soutien. Pour Charline Goutal, c’est une aide précieuse : « Je n’aurais pas fait un enfant s’il n’était pas fortement impliqué. Il me commande un taxi ou me prépare à dîner quand je rentre tard et me rassure quand il le faut. Jamais il ne me posera d’ultimatum en me demandant de choisir entre ma vie professionnelle et personnelle. » Au-delà du conjoint, les premières personnes à prévenir sont ses associés. Là encore, Charline Goutal peut compter sur du soutien. « Mon associé connaissait mes projets. Pour être totalement transparente et que l’on puisse s’organiser en conséquence, je l’ai prévenu avant les 3 premiers mois réglementaires car il va devoir forcément compenser quand je ne serai pas là ».

#Déléguer sans rien lâcher

Avoir une super équipe derrière soi en qui on a confiance et sur laquelle on peut compter, c’est indispensable pour être sereine et pour déléguer des tâches plus opérationnelles. Tout en gardant le contact. Pendant son absence, Charline Goutal a prévu de demander des reportings chaque fin de semaine. Histoire de se rassurer et de garder une vision à 360° de l’entreprise. « Je ne veux pas être en copie de tous les mails mais seulement de ce qui est stratégique. » Sa plus grande hantise ? Etre dépassée et perdre la maîtrise de son entreprise : impossible de lâcher complétement son premier bébé. Pour Agathe Molinar-Min, l’exercice est plus facile depuis qu’elle a repris Clarence & Jude qui compte 3 salariés qui ont chacun une grande autonomie. Même si une absence a toujours plus d’impact dans une petite structure. « Je ne pense pas être indispensable à l’entreprise : mon équipe peut prendre le relais si je dois m’arrêter pour une raison ou une autre et j’ai une associée sur laquelle je peux me reposer. Et puis je reste toujours disponible ».

#Savoir souffler

A 7 mois de grossesse, Charline Goutal avoue avoir du mal à freiner la cadence. La jeune entrepreneure de 31 ans a toujours un rythme très intense avec des journées qui commencent à 7h30 pour se finir à 20-21h. « Pour l’instant je garde encore la forme mais je commence à accuser le coup. » Même si la jeune femme assure ne pas tirer sur la corde et se reposer le week-end. « Je bosse moins et dors beaucoup pour récupérer. Et j’ai mis ma vie personnelle en sourdine : on n’enchaîne plus les dîners et les sorties. » Elle a prévu de réduire progressivement ses horaires et de s’arrêter 15 jours avant la naissance, même si elle n’a aucune obligation légale qui l’y oblige. « Je veux prendre du temps pour moi et pour me préparer. » De son côté, si sa santé lui permet, Agathe Molinar-Min n’a pas prévu de s’arrêter avant l’accouchement. « Dans l’idéal, je voudrais simplement adapter mon rythme et lever le pied pour aller au bout de ma grossesse. J’ai besoin d’un niveau d’activité soutenu pour être épanouie » se justifie-t-elle. En cas de coup de fatigue, elle s’octroie exceptionnellement « une sieste d’une dizaine de minutes pour récupérer ».

#Organiser le post-accouchement

Dès l’arrivée du bébé, Agathe compte bien profiter et a envie de faire une vraie pause. « J’ai tellement travaillé auparavant sans laisser de place à ma vie personnelle. Il faut trouver son propre équilibre et ne pas se poser trop de questions. On ne doit pas vivre uniquement pour sa vie professionnelle. A 33 ans, c’est mon expérience et ma maturité qui parlent et qui me permettent d’être sereine ». Mais chez toutes ces entrepreneures, congé maternité ne rime pas avec arrêt total d’activité. Agathe pense ainsi s’arrêter un mois et demi, tout en continuant à checker ses mails et à avoir des call réguliers. « Mais je ne serai ni opérationnelle ni dispo pour des rdv. » Même programme pour Céline Lazorthes. « Je compte bien prendre un espace-temps pour moi, soit à minima deux semaines avant et 4 semaines après où je ne serai plus dans l’opérationnel au quotidien mais mes collaborateurs et associés pourront me solliciter et nous prévoyons de faire des call tous les 15 jours ». De son côté, Charline et son conjoint ont prévu de s’arrêter tous les deux durant un mois. « Je n’ai pas envie d’être une mère absente  » Si l’entrepreneure a déjà réservé une place en crèche d’entreprise, elle souhaite reprendre progressivement. « Je compte aménager mes horaires, faire du home office le matin ou l’après-midi et prendre une journée off dans la semaine jusqu’à septembre où le bébé ira alors à la crèche en full time. » « Il faut beaucoup d’amour et d’organisation ! » conclue Agathe Molinar-Min. De leur côté, Jeanne et Sarah, qui sont revenues au bureau 15 jours après avoir accouché, viennent avec leur bébé en écharpe quand elles ne sont pas en télétravail. « On a aménagé un bureau en pouponnière pour ne pas déranger le reste de l’équipe. Et on organise nos agendas de sorte que lorsque l’une a un RDV client, l’autre peut garder un œil sur son bébé. » Une bonne solution pour assurer la continuité de l’entreprise et ne pas avoir à choisir entre les deux. Et éviter ainsi de culpabiliser. Même si bien entendu, toutes deux prévoient d’adopter rapidement des modes de garde plus classiques.

 

 

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