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Entreprendre en famille : cadeau ou fardeau ?

Entreprendre en famille : cadeau ou fardeau ?

Aujourd’hui, plus de 70% des entreprises françaises sont familiales mais trouver sa place au sein d’une saga familiale, ou encore tirer sa révérence au profit de ses enfants, n’est jamais chose aisée. Quelles sont donc les clefs d’un business familial pérenne ? Comment faire pour que la vie privée n’empiète pas sur la vie professionnelle ? Témoignages et conseils.

Dans un monde où les entreprises du CAC 40 doivent se réinventer pour continuer à faire rêver, dans un contexte économique morose où les perspectives d’évolution des jeunes actifs se réduisent comme peau de chagrin, les entreprises familiales constituent une vraie valeur refuge. « La question du sens est aujourd’hui fondamentale, et lorsque l’on peine à trouver du sens à l’extérieur, on se replie sur ce qui a du sens pour nous. Les valeurs familiales d’une entreprise peuvent parfaitement s’inscrire dans cette quête », souligne Anne Juvanteny, auteure de Travailler en famille avec plaisir (Interéditions).

Le dilemme des jeunes générations : entre loyauté et liberté d’entreprendre

Pour autant, si l’entreprise familiale a repris du galon, reste que la jeune génération est l’une des premières à s’interroger sur ses motivations profondes à reprendre le flambeau. « Reprendre une entreprise, c’est s’inscrire dans un projet familial, trouver sa place et gagner sa légitimité. Mais les jeunes se posent aujourd’hui une nouvelle question : comment vont-ils se réaliser personnellement dans l’entreprise ? », poursuit la coach. Co-fondatrice avec son ex-époux du groupe Maisons&Hôtels Sibuet, Jocelyne Sibuet nous explique ainsi que ses deux enfants, Nicolas et Marie, respectivement PDG et DG, ont cheminé personnellement avant de décider de rentrer dans l’entreprise. Le premier est d’abord parti aux Etats-Unis, sans trop savoir ce qu’il souhaitait faire, la seconde est passée par l’école de commerce de Marseille. Tous deux sont entrés progressivement dans l’entreprise familiale. « Mon fils Nicolas a tout d’abord fait tous les petits jobs de l’entreprise. C’était essentiel pour acquérir une crédibilité auprès des équipes, surtout dans un domaine d’activité tel que l’hôtellerie », raconte-t-elle.

Les difficultés de la transmission pour les aînés

Pour les aînés, la question de la transmission suscite aussi des interrogations. Certains pressurisent leurs enfants pour qu’ils reprennent l’entreprise. D’autres au contraire s’opposent à cette reprise. « C’est une vraie erreur car refuser de transmettre est aussi violent que de vouloir l’imposer », estime Anne Juvanteny. Laisser la place au dialogue reste donc la meilleure des solutions. Dans la famille Sibuet, c’est en toute liberté que les enfants ont souhaité s’investir. « S’ils n’avaient pas décidé de reprendre l’affaire, sans aller jusqu’à vendre notre entreprise, nous ne l’aurions certainement pas développée davantage », affirme Jocelyne Sibuet. La venue des enfants a donc été un nouveau souffle. D’après la coach, céder son siège à ses enfants n’est pourtant pas toujours bien vécu. « Avec la transmission, se pose souvent la question de l’après, de la retraite », explique-t-elle.

Un retrait progressif

Selon Anne Juvanteny, la clef du succès réside dans un retrait progressif, sur 5 ans au minimum, car l’aîné est aussi le garant de la pérennité de l’entreprise. Dans la famille Sibuet, les enfants ont pris peu à peu les rênes, sous le regard bienveillant des parents. Ainsi, l’ouverture du dernier établissement du groupe à Flaine, Le Terminal Neige, est l’œuvre de la nouvelle génération.  « Nous ne voulions pas leur donner simplement un titre honorifique. Nous les avons peu à peu laissés prendre des décisions pour gagner leur légitimité. D’ailleurs, on voit souvent que les succès des entreprises viennent de dirigeants qui ont eu une intuition, un grain de folie. Nous les laissons apprendre de leurs erreurs, en revanche, pour les prises de décision pouvant menacer l’avenir de l’entreprise, comme le choix d’une implantation, nous travaillons de manière collégiale », explique Jocelyne Sibuet.

Des champs d’action bien définis

Pour que travailler en famille se fasse dans les meilleures conditions possibles, il est essentiel que chaque membre ait un domaine d’action précis, dans lequel il puisse s’exprimer. Ainsi, Marie Sibuet s’occupe davantage de la communication globale, du site internet, du marketing, de la relation-client ou de la gestion des équipes. Son frère Nicolas se dédie à la construction, l’architecture, au design ou au suivi de chantier, en tandem avec le patriarche Jean-Louis Sibuet. Jocelyne Sibuet intervient quant à elle dans la communication externe, notamment vis-à-vis des médias. « Nos enfants nous ont permis de dégager plus de temps pour nous, et nous ne conservons aujourd’hui que les sujets qui nous plaisent », rapporte-t-elle.

Des aînés responsables vis-à-vis de leurs salariés

Anne Juvanteny insiste aussi sur l’importance de toujours garder en tête la responsabilité de l’entreprise vis-à-vis de ses salariés. « Parfois, on voit que l’organigramme est pensé en fonction de la généalogie. Par exemple, un cousin ne peut pas avoir un poste plus haut que le fils, alors qu’il est plus compétent. Il faut donc bien réfléchir à la manière dont on répartit le pouvoir de décision dans l’entreprise lorsque l’on donne des parts, quitte à compenser avec d’autres biens pour qu’il y ait une certaine équité entre les enfants », estime l’auteure.

Séparer vie privée et vie professionnelle

La grande crainte lorsque l’on se lance dans une aventure entrepreneuriale en famille, est de ne pas parvenir à établir de frontière entre la vie privée et la vie professionnelle. D’après Anne Juvanteny, il est effectivement important d’avoir des espaces de refuge en dehors de la famille. Il est aussi essentiel de ne pas laisser les sujets privés impacter sur la vie professionnelle. Pour autant, selon la coach, « on ne se fâche pas à vie à cause du business. Il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg. Les problèmes sont en général plus profonds. D’ailleurs, quand on parle de problèmes d’argent, de non équité, on parle en fait d’amour », avance l’auteure. Garder une entreprise familiale, c’est effectivement passer au dessus de son propre égo, estime Jocelyne Sibuet. « Dès qu’il y a une tension, que ce soit dans la vie privée ou professionnelle, nous tâchons de la désamorcer en dialoguant », ajoute-t-elle. Une recette qui semble fonctionner puisque parents et enfants sont à la tête d’un vrai petit empire avec onze établissements de prestige mais aussi une marque de cosmétiques « Pure Altitude » et des soins s’exportant dans des SPA à l’étranger.

Alors cadeau ou fardeau, intégrer l’entreprise familiale est avant tout un choix personnel. Entre les générations, les façons de travailler sont plus que jamais divergentes, et l’environnement de plus en plus complexe. Des défis particulièrement passionnants qui poussent ces family business à se réinventer.

Quelques conseils en résumé

-Etablir une charte rappelant les valeurs et les règles de l’entreprise, notamment pour que les personnes venant de l’extérieur puissent mieux les appréhender, mais aussi pour mettre l’aspect émotionnel à distance en cas de conflits.

-Toujours faire passer l’intérêt de l’entreprise avant ceux de la famille.

-Délimiter les territoires de chacun.

-Parler vrai.

-Laisser chacun faire ses erreurs sauf si l’avenir de l’entreprise est en jeu.

-Ne jamais perdre de vue le terrain, d’autant plus lorsque l’on doit gagner sa légitimité auprès des équipes.

 

@Paojdo

Crédit photo : F. Aranda

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