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Demain, tous disruptés?

09.02.2016

1 million et demi : c’est le nombre de chambres revendiquées par Airbnb là où Accord flirte avec les 500 000… Des statistiques qui suscitent l’admiration autant qu’elles révulsent : en décembre dernier, la SNCF s’est attirée les foudres des hôteliers pour avoir passé un accord commercial avec le leader mondial de l’hébergement courte durée. Un bad buzz, miroir des tensions générées par des pépites numériques rebattant l’ensemble des cartes du jeu industriel.

« La consommation collaborative déteint déjà sur l’industrie. Désormais, sur Decathlon.fr, les internautes peuvent noter les articles. Ce procédé vient directement de l’écosystème numérique. » Pour Laure Wagner, porte-parole de Blablacar, leader français du co-voiturage, « Les acteurs établis gagneraient à se réinventer avant d’être ubérisés. Blablacar offre par exemple des solutions pour pallier aux manques de notre réseau ferré, très centré en étoile autour de Paris. Notre plateforme facilite les trajets de province à province, » assure-t-elle.

Des acteurs installés qui lorgnent sur les start-ups

A l’écouter cependant, le monde de demain se bâtira sur une collaboration étroite entre pure-players du web et entreprises traditionnelles. « Dans un monde où nous ne serons plus propriétaires de nos véhicules, non seulement le train connaîtra un regain d’activité, mais la voiture partagée également. » La mobilité de demain, explique-t-elle. De fait, certaines grandes entreprises, dont la SNCF, n’ont pas attendu pour mettre un pied dans l’économie du partage : l’entreprise publique, dès 2013, prenait ainsi 100% de la plateforme de covoiturage 123envoiture.com. En avril dernier, GuestToGuest, plateforme d’échanges de maison entre particuliers, a ainsi levé 4 millions d’euros auprès de la Maïf. Un assureur qui a également déboursé quelque 2, 6 millions d’euros afin d’entrer au capital de Koolicar, spécialiste de la location de voitures entre particuliers.

Une évolution qui s’impose pour une mutation générale

Des alliances et des symbioses nécessaires tant la nouvelle économie semble ébranler nombre de secteurs, y compris ceux que l’on pourrait penser à l’abri. « La santé notamment, loin d’être épargnée, est même aux avant-postes : des robots chirurgiens existent déjà. Le rôle du médecin est donc amené à évoluer. Les infirmiers également devront s’habituer à travailler avec des systèmes experts », commente Jean-Dominique Seval, directeur général adjoint de l’Idate, think tank spécialiste de l’économie numérique, et par ailleurs auteur de Vous êtes déjà en 2025 : chroniques de nos vies numériques (Edition multimédia). « Idem pour les agriculteurs : les fermes complètement automatisées ne vont pas tarder à émerger. La première, entièrement automatisée, devrait ouvrir au Japon… en 2017 », prévient-il.

Quid de la création de valeur ?

Des professions centenaires, voire plus, appelées donc à se réinventer : la disruption semble  aussi incontournable que générale. Alors que l’expression commence à être connotée « négativement » selon Laure Wagner, d’autres pointent le peu d’actifs physiques découlant de ces nouveaux modèles : « l’accumulation de la robotique, de l’intelligence artificielle, du big data, et de l’ensemble de ces nouveaux outils, combinée à la baisse des intermédiaires, vont plutôt dans le sens de la destruction d’emplois et de valeur », confirme Jean-Dominique Seval, précisant qu’il s’agit là du point de vue des plus pessimistes. De fait, les acteurs du numérique relèvent de leur côté les bienfaits de leurs modèles : « Au niveau individuel, il est vrai que Blablacar ne crée pas de valeur car un conducteur utilisant notre plateforme ne valorise pas son temps mais partage les frais d’essence ou de péage. Mais à l’échelle nationale ou même globale, nous créons de la valeur en optimisant l’existant, en réduisant les émissions de CO2, voire en générant du lien social », argumente Laure Wagner. « Sans oublier que nous sommes taxés sur nos frais de mises en relation. »

Des contours à redéfinir

Création de valeur ou pas, cette nouvelle économie suppose à coup sûr une réorganisation générale, dans une société depuis longtemps structurée autour du lien quasi-inextricable entre droits sociaux et statut professionnel : « cette nouvelle économie fait émerger des zones de non-droits au niveau des déclarations de revenus », confirme Jean-Dominique Seval. Une problématique de plus en plus prise en considération au sommet de l’Etat. Ainsi, au début du mois, le député PS Pascal Terrasse a remis à Manuel Valls dix-neuf propositions visant à encadrer et développer l’économie collaborative. Parmi ces objectifs : insister sur la convergence entre protection sociale des indépendants, légions sur les plateformes du “sharing”, et celle des salariés. « Nous avons un besoin immense de nouvelles règles fiscales et professionnelles, » conclut Jean-Dominique Seval. « Le numérique est un révélateur et un accélérateur de cette prise de conscience. »

 

@clairebauchart

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