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Comment attirer plus de femmes dans la tech ?

En France, on estime que seulement 10 à 20% des codeurs sont des femmes. Pourtant, toutes les études démontrent que la mixité est un fort levier de performance au sein des entreprises. Alors, quelles pistes pour féminiser le secteur ? Eléments de réponse entre la France et les Etats-Unis.

Saviez-vous que dans les années 80, les femmes représentaient 30% de la force de travail dans le secteur de l’informatique aux Etats-Unis, contre 25% aujourd’hui ? En réalité, le code a vu défiler des stars féminines bien avant Mark Zuckerberg ! En 1843, Ada Lovelace inventait l’algorithme capable de fabriquer la première machine à calcul. C’était en quelque sorte la naissance du code. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, six femmes : Kathleen McNulty, Jean Bartik, Marlyn Wescoff Meltzer, Frances Bilas, Betty Snyder et Ruth Teitelbaum, conçurent le code du tout premier ordinateur entièrement électronique : l’ENIAC. On pourrait aussi citer Grace Hopper, Frances Allen ou encore Adele Goldberg. Mais que s’est-il passé pour que l’histoire efface ces pionnières de son disque dur ? Un changement d’image. « Avant le micro-ordinateur, personne ne savait ce qu’était l’informatique. La représentation que l’on en avait alors, c’était celle d’un métier du tertiaire. Les filières pour y accéder se nommaient “calculs numériques”, étaient moins prestigieuses, et correspondaient à une certaine représentation qu’on se faisait des femmes scientifiques », analyse Isabelle Collet, chercheuse à l’université de Genève et spécialiste en sciences de l’éducation.

« You can’t be what you can’t see »

Ces rôle-modèles oubliés sont pourtant un formidable levier de motivation pour les filles. Comme le disait Marian Wright Edelman : « you can’t be what you can’t see ». « Il y a peu, ma fille de 4 ans me disait que seuls les garçons pouvaient être astronautes. C’était déconcertant, surtout pour moi qui travaille à la promotion des carrières féminines dans la tech », rapporte Mary Ellen Miller, VP of Development chez Girls Who Code aux Etats-Unis. Une partie du travail de cette association réside dans la création de profils féminins inspirants, « afin de montrer qu’il n’est pas nécessaire d’être Bill Gates pour réussir ». Outre Atlantique, les associations n’hésitent pas à faire appel à des célébrités pour encourager les filles à coder, à l’image de l’initiative Kode With Klossy avec le mannequin Karlie Kloss. D’après Mary Ellen, la culture américaine évolue dans le bon sens, mais malheureusement pas assez vite, d’autant que l’on projette une augmentation de 20% des besoins de recrutement dans l’industrie de la tech. Alors, pourquoi les femmes ne s’engouffrent-elles pas dans ce boulevard ? Car, comme on l’a vu, les représentations mentales ont la dent dure. Une récente étude de PwC menée aux Etats-Unis révèle que seulement 3% des étudiantes pensent briguer une carrière dans la technologie. En découle un manque cruel de candidates dans le secteur. Responsable RH de la France et de l’innovation au sein de l’entreprise Teads , Sarah Graule témoigne ainsi de ces difficultés de recrutement. « Sur notre effectif global de 600 salariés, nous observons des disparités selon les secteurs. Nous sommes à 50/50 dans les équipes commerciales, mais l’écart est flagrant dans les équipes techniques où les femmes sont moins de 10%. Il existe une vraie pénurie de développeurs. Les cabinets de recrutement n’ont même plus besoin de prospecter ! En revanche, nous retrouvons un peu plus de candidatures féminines pour les métiers de product manager, business analyst ou encore UX designer », témoigne-t-elle. Aussi, les études suggèrent que les femmes sont plus susceptibles de postuler dans des entreprises à l’image plus glamour, comme Instagram, ou encore auprès de sociétés ayant un impact positif sur le monde, la question du « sens » étant encore plus prégnante chez les femmes.

Peu de plans de rétention des talents féminins

Pour tenter de changer les choses, l’une des premières pistes consiste à faire évoluer les mentalités, et ce, dès le plus jeune âge. Ainsi, l’entreprise Teads se déplace dans les collèges pour apprendre aux ados à coder. Avec d’autres comparses comme DELL, elle participe aussi au Tour de France de la Mixité afin de réfléchir à des actions groupées. Aux Etats-Unis, Girls Who Code implique les entreprises à travers des stages estivaux de 7 semaines dédiés aux lycéennes pour les initier au code. Walmart, Goldman Sachs, Uber ou encore Microsoft sont déjà de la partie, et l’association entend bien se développer à l’étranger, et notamment en France. Une première manière de traiter les racines du « syndrome de l’imposteur » qui empêche les filles de se lancer dans des carrières scientifiques, puis d’évoluer dans l’entreprise. Mary Ellen Miller estime aussi qu’avant même de vouloir conquérir de nouveaux talents féminins, les entreprises feraient bien de retenir ceux déjà présents ! « Il n’existe pas de plan de rétention au sein de ces grandes boîtes, et c’est regrettable. Il faut qu’elles s’assurent que si une femme est seule dans une équipe, elle se sente malgré tout à l’aise. Nombreuses sont celles qui me racontent que malgré leur expérience, si elles se retrouvent à côté d’un homme, même junior, on s’adressera à lui et pas à elles », rapporte-t-elle. Ainsi, la culture des entreprises, encore très machiste, ne constitue pas un terreau favorable pour les femmes. Un vrai travail reste donc à mener de la part des sociétés, parallèlement aux conditions matérielles comme un salaire attractif, de la flexibilité et de l’autonomie. « Je pense effectivement qu’en tant qu’entreprise, nous avons une vraie responsabilité. Les femmes osent moins demander à se rendre à une conférence ou à se former, c’est donc notre rôle de nous assurer qu’elles en bénéficient aussi. Mais il ne faut pas non plus oublier que c’est aussi en offrant de bonnes conditions aux hommes que l’on aidera le travail des femmes », affirme Sarah Graule.

Un réseau de cooptation au féminin

A New-York, Hugues Seureau entend bien donner un coup de pouce aux entreprises dans le recrutement de talents féminins. Une denrée rare et très convoitée, puisque la moitié des utilisateurs des nouvelles technologies sont tout simplement… des femmes. Co-fondateur d’Essteem, il a conçu une plate-forme de recrutement innovante. C’est en écoutant sa femme parler de l’avancement des talents féminins dans sa boîte qu’il a eu l’idée de créer cet outil de cooptation. Des femmes hautement qualifiées sont invitées sur cette plateforme pour devenir des « référeurs ». Concrètement, des jobs sont listés sur un mur et la personne peut soit candidater, auquel cas elle doit inviter des référeurs à la recommander, soit référer une personne (une façon pour les femmes de s’entraider, même si elles peuvent aussi référer un homme). Si le recrutement s’effectue, la personne touchera 2000$ dont 10% seront reversés à une ONG partenaire de son choix. Il y a peu, Essteem organisait un Referral Contest pour lutter contre le gender pay gap en reversant cette fois-ci 50% du gain à une non-profit. De cette façon, en donnant à ces causes, les référeurs participent à la création d’un meilleur environnement de travail pour les femmes. C’est aussi l’occasion pour les femmes de développer leur réseau. « Bien souvent, et notamment dans l’univers de la tech, les relations de travail se consolident entre hommes autour d’une bière à la sortie du travail. Avec Essteem, nous pensons pouvoir impacter la progression des femmes dans l’entreprise en leur permettant de créer une relation de réciprocité avec la personne recommandée », explique Hugues Seureau.

La parité pour 2027 ?

Famille, école, entreprise… c’est finalement toute la société qui a ici son rôle à jouer dans l’éclosion des talents de demain. Mais les mœurs évoluent ! « Nous sommes en route pour atteindre la parité d’ici 2027 », se réjouit Reshma Saujani, fondatrice de Girls Who Code. Et de conclure : « nous remplissons le pipeline de talents féminins. Maintenant le vrai problème est : allez-vous les embaucher » ? Pour sûr, la réponse sera positive !

@Paojdo

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