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Le rêve brisé des working girls par Claire Léost

03.06.2013
Le rêve brisé des working girls par Claire Léost

Claire Léost revient sur les traces de sa cohorte de jeunes femmes d’HEC pour mettre en lumière, le décalage entre les ambitieuses des débuts et leur vie 10 ans après. Entre carrière et vie de famille, il semble qu’il faille encore choisir trop souvent.

Elles font partie de cette génération de femmes à qui tout souriait : Diplômées des grandes écoles, ambitieuses, elles pensaient leur vie professionnelle toute tracée. Pourtant quinze ans après, le rêve s’est brisé. Rencontre avec Claire Léost pour son livre “Le Rêve brisé des working girls” (ed. Fayard)

Pourquoi ce livre, cri de colère d’une génération ou sursaut féministe?
C’est vraiment parti d’un étonnement car je voyais toutes ces filles diplômées qui, soit décrochaient complètement et étaient devenues des femmes au foyer, soit étaient dans des jobs inintéressants. J’ai voulu comprendre pourquoi nous, cette génération de filles surdiplômées, en étions arrivées là.Toutes ces filles étaient très ambitieuses et avaient envie d’avoir une vraie carrière professionnelle or, aujourd’hui la moitié seulement ont des jobs à peu près intéressants dans des grandes entreprises alors que les garçons ont tous une carrière brillante ou bien ont crée leur entreprise. Nous avons été rattrapées par le principe de réalité dans notre vie professionnelle.

Les femmes sont souvent plus diplômées que les garçons et pourtant elles sont en moyenne payées 15% de moins selon la Conférence des grandes Ecoles et sont plus souvent recrutées en CDD, Où se situe le point de rupture ?
Il y a rupture dès le départ car en ce qui concerne les salaires nous sommes payées 15% de moins dès la première embauche. On se focalise souvent sur la maternité pour expliquer l’écart de salaire entre Hommes et Femmes mais cela commence bien plus tôt. Dès le premier poste, les filles prennent du retard et ce retard, elles ne le rattrapent jamais.

Pourquoi les filles sont-elles moins bien payées, il y a pourtant des grilles?
Oui, c’est vrai mais nous acceptons des salaires que les garçons n’acceptent pas, nous acceptons des CDD, certaines acceptent même de ne pas être cadre alors qu’aucun garçon sortant d’HEC ou de Polytechnique n’accepterait. En fait, les filles sont déjà tellement contentes qu’on leur propose un job qu’elles ne négocient pas. Elles considèrent que si elles font bien leur travail, elles seront récompensées exactement comme à l’école mais le monde du travail ne fonctionne évidemment pas du tout comme cela. On ne leur a pas appris que pour être récompensé, il fallait se mettre en avant, taper du point sur la table, parler plus fort que les autres et aller voir son Boss toutes les semaines pour réclamer une augmentation. Il faut changer l’éducation des filles et les mères ont une responsabilité, elles ne doivent pas élever leurs filles comme des poupées sages !

N’y a t’il pas aussi une responsabilité de ces Grandes Ecoles qui devraient vous parler de ces questions là?
Les Grandes Ecoles nient totalement le problème, elles forment une Elite et sont sur une position universaliste et égalitaire, elles ne veulent pas rentrer dans ces questions de genre car cela serait finalement un aveu d’échec. C’est évidemment dommageable pour les filles qui tombent de haut quand elles rentrent dans le monde du travail et se rendent compte que leurs diplômes ne leur suffisent absolument pas.

Vous citez de nombreux exemples et notamment cette jeune femme Marie qui suit son mari à Londres et abandonne sa carrière professionnelle. Le premier frein à la carrière des femmes, c’est le conjoint, les hommes trentenaires n’acceptent pas la carrière de leur femme?
J’ai constaté qu’il y avait vraiment un tournant au moment de la maternité. En général, ils se marient dans leur milieu, se rencontrent dans leur école, ont tous les deux des ambitions de carrière mais au moment de l’arrivée des enfants, c’est le changement total car il faut bien que l’un des deux se mette un peu en retrait pour aller chercher les enfants le soir et s’en occuper. Evidemment, c’est la femme qui prend ce rôle car elle est souvent moins bien payée comme cela commence dès la sortie d’HEC. Ce que je constate c’est que si ces questions ne sont pas anticipées au sein du couple très en amont, bien avant l’arrivée des enfants, cela vous tombe dessus. Le choix du conjoint est donc fondamental. Une étude américaine montre que quand on a eu des parents égalitaires, on a tendance à reproduire ce schéma dans son couple donc un conseil : regardez votre beau père avant de vous marier!

Sheryl Sandberg, la COO de Facebook note dans son livre Lean in que les femmes doivent être plus ambitieuses : “Sit at the table”, autrement dit plus s’affirmer, Est ce que ce n’est pas aussi cela le problème des femmes?
Oui absolument, les femmes tombent elles mêmes dans des pièges. On dit souvent que la situation des femmes est liée aux hommes mais si on attend que les hommes changent et que l’entreprise s’adapte on peut attendre longtemps. Le rôle de l’entreprise c’est de faire du profit pas d’organiser la conciliation vie privé-vie professionnelle. Les femmes doivent vraiment se prendre en main pour éviter les pièges comme le choix du premier poste, le choix du conjoint, la maternité, les réseaux etc…Je suis donc d’accord avec Sheryl Sandberg mais je trouve qu’il y a un point sur lequel elle n’insiste pas c’est l’éducation car dire à une femme de se réveiller à 40 ans quand elle a été conditionnée par une culture traditionnelle et patriarcale, ce n’est pas si simple!

Est ce que l’entreprise n’a pas de rôle à jouer, on a parlé des crèches?
Je pense que ce n’est pas le rôle de l’entreprise. On attend beaucoup des entreprises mais cela ne doit pas servir d’alibi pour que les femmes ne changent pas.

Les réseaux féminins ne serviraient à rien selon vous, vous ne croyez pas à la solidarité féminine?
Cela dépend de votre objectif, si votre but c’est de rencontrer d’autres femmes pour partager vos souffrances, vos questionnements pourquoi pas ? Mais si l’objectif est d’accélérer votre carrière, de rencontrer les bonnes personnes qui vont vous proposer les jobs ou les contacts intéressants, c’est inutile. Les réseaux de pouvoir restent encore essentiellement masculins, c’est un fait. Par ailleurs, je pense qu’il n’est pas bon de se couper complètement des hommes car rester entre femmes ne contribue pas à développer votre assurance. En plus, à fréquenter des réseaux mixtes, on se rend compte que les hommes ne sont pas plus compétents que nous, ils parlent juste plus fort et n’hésitent pas à couper la parole contrairement à nous! Donc mon conseil aux femmes, c’est vraiment de fréquenter des réseaux mixtes et de métiers.

Dans les freins à la carrière d’une femme, on cite souvent la maternité mais ce que vous montrez c’est que de ne pas avoir d’enfants c’est presque pire ?
Oui, j’ai observé cela à plusieurs reprises, quand vous avez des enfants, c’est compliqué entre 30 et 40 ans parce que les enfants sont petits et que vous devez aussi accélérer votre carrière mais après 40 ans si vous n’avez pas eu d’enfants, c’est pire. Entre 30 et 40 ans sans enfant, vous êtes le bon petit soldat que l’on envoie partout avec cette idée que vous aurez probablement des enfants un jour, mais le jour où votre patron comprend que vous n’aurez sans doute jamais d’enfants, il y a une espèce de retour de bâton, vous êtes tout à coup jugée comme quelqu’un de froid qui a tout sacrifié à sa carrière et qui n’est donc pas équilibré. A partir d’un certain niveau de pouvoir, ce qui importe ce sont vos qualités politiques, votre réseau et ce que vous dégagez. En plus, le fait de ne pas avoir d’enfants n’est pas du tout accepté socialement.

Cette enquête semble avoir réveillé votre féminisme, or, quand on parle aux trentenaires dont vous faites partie, on a souvent le sentiment que le terme de Féminisme est presque un gros mot?
C’est vrai que pour moi c’était une question réglée. Nos mères s’étaient battues avant nous et je n’avais surtout pas envie de me définir en tant que femme. Cela me paraissait un combat totalement dépassé. Pourtant, quinze ans plus tard, je suis bien obligée de reconnaitre que je me suis découverte féministe car je me suis rendue compte que rien n’était réglé : nous n’avons toujours pas les postes de pouvoir, les écarts de salaires sont toujours là et nous ne sommes toujours pas présentes dans les comités de direction. J’ai donc envie de dire aux filles : Réveillez vous car sinon nous ne serons toujours pas la génération de l’égalité alors que nous avions toutes les chances pour l’être au départ !

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