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Booktubeuses : les nouvelles influencers de nos lectures

23.02.2016

Elles s’appellent Nine, Bulledop, Manu ou Margaud Liseuse. Sur la Toile, des milliers de followers écoutent toutes les semaines leurs chroniques littéraires “new generation”. De quoi donner un coup de vieux aux critiques parisiens : car ces serial-lectrices sont de plus en plus courtisées par les professionnels de l’édition.

« J’ai commencé par regarder des tutoriels concernant les tresses en épis de blé. Puis, je me suis rendue compte que les filles parlaient essentiellement de maquillage. Je me suis dit : pourquoi ne pas parler d’autre chose ? » C’est ainsi que germe dans l’esprit d’Emmanuelle Vandewyncke, 25 ans aujourd’hui, l’idée de chroniquer les livres qu’elle dévore toutes les semaines. « Il a quand même fallu quatre ou cinq mois pour que je m’y mette », se remémore l’étudiante en diététique. Nous sommes alors en Octobre 2013.

Investir pour gagner en notoriété

Très vite, pour parfaire ses vidéos et multiplier ses vues, la jeune femme investit : appareil photo, lumière. Le recette prend : sa chaîne « les bêtises de Manu », compte aujourd’hui près de 8000 followers.

Emilie Coissard, alias Bulledop, flirte elle avec les 20 000 abonnés. A 24 ans, la jeune femme entretient la chaîne qu’elle a lancée il y a quatre ans : « j’ai commencé par un blog mais j’ai basculé au bout d’un mois vers la vidéo. Je trouvais le moyen beaucoup plus efficace pour transmettre mes émotions ! » Pour atteindre un tel succès, elle a dû elle aussi mettre la main au portefeuille : « quand je n’utilisais que ma webcam, la lumière était horrible. Avec un Reflex, un iMac, des projecteurs et du son, le résultat est bien meilleur ! » Car sur Youtube, la concurrence est devenue tellement rude, que « produire de la qualité » est crucial, assure Emilie Coissard.

Bulledop, alias Emilie Coissard

« Nous sommes bien obligées de nous aligner sur les autres », rebondit Margaud Quartenoud. Cette jeune Suisse de 25 ans s’est lancée il y a cinq ans. Aujourd’hui, sa chaîne, Margaud Liseuse, frôle les 30 000 abonnés. Preuve que les investissements en matériel ne sont pas vains…

Une réussite encore confidentielle… mais influente

Et peu importe si leurs vidéos ne leur rapportent rien ou presque. « Je ne suis pas Enjoy Phoenix, » s’amuse Emmanuelle Vandewyncke, référence à Marie Lopez, youtubeuse beauté aux plus de 2 millions de followers, enchaînant les partenariats avec les mastodontes de l’industrie cosmétique. « Même si nous essayons de démocratiser la lecture, il sera toujours plus facile de vendre un mascara qu’un livre, » concède l’étudiante.

Les bêtises de Manu

Reste que ces chroniques online ont des répercussions immédiates sur la carrière de Margaud Cartenoud. Déjà libraire au moment où elle s’est lancée dans l’aventure booktube, ses activités sur la Toile lui permettent aujourd’hui d’évoluer professionnellement : « je vais changer d’employeur grâce à ma chaîne. C’est comme cela que j’ai été repérée. »

Margaud Liseuse

Pour Emilie Coissard, libraire également, chroniquer ses lectures a contribué à lui ouvrir la voie : « ma chaîne m’a aidée à trouver du travail. Par ailleurs, les connaissances, en lien avec l’actualité littéraire ou le fonctionnement du livre en France, acquises grâce à mon activité de booktubeuse, m’ont aidée professionnellement  », raconte la jeune femme.

Si sa chaîne ne lui rapporte que 10 à 30 euros par mois en moyenne pour le moment, la booktubeuse ne désespère pas de voir son petit business grandir : « en matière de musique ou de littérature, la France a toujours un train de retard. Dans les pays hispanophones et anglophones, au Royaume-Uni notamment, certains booktubeurs ont des centaines de milliers d’abonnés ! »

Des audiences qui attirent les professionnels

Le phénomène connaît en effet un retentissement de taille outre-Atlantique : Raiza Revelles, booktubeuse mexicaine de 24 ans, frôle ainsi les 700 000 abonnés à sa chaîne ! Des digital natives qui parlent sur Internet de leurs lectures préférées : de quoi faire tourner la tête des professionnels de l’édition. Ainsi, la directrice de la communication de Planeta, l’un des grands noms de l’édition hispanophone, affirmait récemment à un journal mexicain que les répercussions des booktubeurs influents étaient « extraordinaires. »

En France aussi, les éditeurs commencent s’intéresser de près à ces jeunes filles qui passent des heures à se filmer dans leur chambre pour évoquer leurs lectures : « je reçois des tas de livres », confirme Emmanuelle Vandewyncke, admettant ne pas avoir le temps de tous les feuilleter. « Il faut vraiment que ça me plaise. »

Des professionnels qui n’hésitent pas par ailleurs à proposer des partenariats à ces nouvelles influencers du livre : « avant je n’avais aucun contact avec les maisons d’édition. Maintenant, toutes veulent leur réseau de booktubeurs », confirme Emilie Coissard. Pour cette libraire néanmoins, la culture française a encore du mal à s’adapter aux apports du digital : « certains éditeurs commencent à peine à se rendre compte à quel point les réseaux sociaux peuvent être un levier formidable pour la littérature et amener des gens à lire. Beaucoup ont encore peur de tout ce qui n’est pas papier ! »

Signe que la mutation est en marche ? Il est arrivé à la jeune femme de se retrouver nez à nez avec certains de ses followers venant dans sa librairie acheter des ouvrages mis en avant sur le web…

@clairebauchart

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