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1963, Betty Friedan publiait La Femme Mystifiée : où en est-on en 2019 ?

06.03.2019

1963-2019. Que reste t-il de cette femme mystifiée dont parlait Betty Friedan dans son livre scandale : The feminine Mystique. Pour Yvette Roudy, sa traductrice à l’époque et qui préface cette réédition, beaucoup reste à faire pour que la femme connaisse une “égalité parfaite”. Décryptage puis interview exclusive d’une femme qui aura marqué le féminisme français, et à qui l’on doit… la journée de la femme !

En 1963, Betty Goldstein Friedan publie: The Feminine Mystique, un livre qui fait l’effet d’une bombe tant il retrace de manière crue la vie quotidienne de million d’américaines qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, se sont enfermées dans une vie domestique débilitante. En effet, beaucoup de ces femmes, comme l’auteure elle-même, ont fait des études supérieures, exercé des métiers mais ont très vite été rattrapées par l’injonction matrimoniale.

Betty Friedan décrit une femme proche du “Burn Out” ou du “Bore out” domestique, vivant une véritable crise identitaire. Beaucoup d’entre-elles ont fait des études universitaires, rêvé d’exercer un métier gratifiant mais prises en étau entre les injonctions d’une société conservatrice et l’absence de “roles models”, elles ont finalement renoncé à vivre leur vie. L’auteure note d’ailleurs que ces stéréotypes autour de la “ménagère comblée” sont bien entretenus par les media, les magazines notamment, qui par leur ligne éditoriale enferment la femme dans une futilité et un quotidien assourdissant.

Plus de 50 ans après, que reste t-il de cette Femme Mystifiée des années d’après guerre ? Les femmes travaillent désormais dans leur très grande majorité, certaines exercent même des métiers d’hommes: spationautes, Présidentes de pays… Et pourtant, Betty Friedan nous met en garde en mettant en perspective ces années 50-60 très conservatrices avec les années 20-30 et ces héroïnes de romans de l’époque qui loin d’être des potiches ou des “trophy girls” étaient des aventurières, des femmes qui osaient avoir des rêves et avaient la volonté de s’accomplir en tant qu’individu… Le message est clair: rien n’est jamais acquis, c’est un combat de chaque instant.

En 2019, la femme n’est certes plus cantonnée à son univers domestique, elle peut travailler, choisir son métier et souvent l’exercer mais elle reste prise dans ce dilemme inexorable : comment mener de front ses trois vies ? Carrière, vie amoureuse et vie familiale. La femme mystifiée du XXIème siècle n’a donc plus le même visage mais la problématique reste la même : comment trouver l’équilibre et se réaliser en tant que femme. Les injonctions médiatiques ne sont plus celles de la “ménagère comblée” mais du “Yes, I can have it all ! ” Est-ce réaliste pour le plus grand nombre ? Non. Toutes les super women qui ont réussi vous diront qu’elles ont un partenaire qui les aide beaucoup et ne prend pas ombrage de leur carrière ! Elles ont aussi une super organisation domestique. Mais pour le plus grand nombre, le Burn-out et le phénomène de charge mentale se sont jamais loin…

Yvette Roudy, ancienne ministre des Droits des Femmes de 1981 à 1986, traductrice de la Femme Mystifiée  publié en 1964 en France connaît ces combats de femmes. Signataire du Manifeste des 343, auteure de plusieurs livres sur le sujet dont La femme en marge (1982), elle a été aux avant-postes de ces révolutions féministes. Pour cette réédition du livre de Betty Friedan, elle en a écrit la préface et nous livre sa vision du féminisme d’hier à aujourd’hui. Interview exclusive.

La Femme Mystifiée de Betty Friedan paru en 1963 vient d’être réédité, vous l’aviez traduit à l’époque et vous le préfacez aujourd’hui, en quoi reste t-il d’actualité plus de 50 ans après ?

Tout est encore à faire pour que l’égalité homme/femme existe. Moi j’ai fait ma part, d’autres femmes aujourd’hui doivent faire la leur. Par exemple l’égalité pour l’IVG n’est pas respectée. La domination masculine est toujours là. L’égalité n’est pas respectée.

Betty Friedan décrit une femme en pleine crise identitaire, diplômée et pourtant confinée à un rôle purement domestique, y a t-il un risque aujourd’hui chez la jeune génération avec cette aspiration à une quête de sens où l’ambition et la vie professionnelle ne sont plus la priorité parfois ?

C’est tout à fait vrai. Des risques existent. L’avancée des femmes est faite d’avance et de recul. Un recul est toujours possible. Il suffit d’un changement de repère. L’affaire est à la fois culturelle et politique.

La Femme Mystifiée de Betty Friedan était cette femme au foyer réussissant sa vie de famille, dévouée à la carrière de son mari et à l’éducation de ses enfants, mais n’y a t-il pas aujourd’hui une autre forme de femme mystifiée ? Cette femme qui réussit tout : carrière, vie de famille, mariage, épanouissement sexuel etc… ?

Oui la femme d’aujourd’hui n’a pas le temps de réfléchir suffisamment à sa situation, entre la carrière  du mari, l’éducation des enfants, elle n’a pas le temps de penser à elle. De réfléchir à ce qu’elle est devenue. Tant que les femmes ne seront pas à égalité à part entière, et cela prendra encore plusieurs siècles, elle sera toujours une femme mystifiée.

Vous dîtes dans votre préface : «  On « rigole » moins du 8 mars dans les salles de rédaction, et « féminisme » n’est plus un gros mot. (…) Mais « La route est encore longue », que reste t-il à conquérir selon vous ?

Tout ! L’égalité parfaite n’existe toujours pas. On a fait des progrès bien sûr, on rigole moins dans les salles de rédaction. Alors que quand j’ai proposé cette journée du 8 mars, c’était en effet la rigolade totale. Eh bien oui, tant que les femmes n’auront pas réussi l’égalité parfaite, elles n’auront pas réussi.

Votre peur n’est ce pas aussi ce retour du religieux et ce conservatisme ambiant qui risque de balayer beaucoup des acquis conquis de haute lutte ? 

Parmi les femmes catholiques, il y a eu des avancées. Mais les islamistes sont terrifiants,  ils marquent un recul et la  domination masculine est toujours là. Et les femmes sont acquises à la domination masculine. Si les femmes étaient toutes féministes, on aurait gagné. Il n’y aurait plus d’inégalités salariales. Pour faire bouger les choses, je propose que toutes les femmes se mettent en grève ne serait-ce qu’une heure ou deux le 8 mars pour l’égalité, le patronat y réfléchirait à deux fois. Car maintenant que les femmes travaillent elles représentent un pouvoir.

La Femme Mystifiée, Ed Belfond

@veroniqueforge

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