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Valérie Mas de WeNow: “Moins de carburant, moins de CO2”

03.02.2017

Réduire votre consommation de carburant grâce à un boîtier connecté et neutraliser vos émissions de CO2, responsables du réchauffement climatique, c’est la promesse faite par WeNow, une start-up cofondée par Yves Choueifaty, Fabien Carimalo et Valérie Mas. Entretien avec une entrepreneuse de la Green Tech.

Quel a été votre parcours avant de lancer WeNow ?

Valérie Mas : Après mes études à HEC, j’ai passé quinze ans chez Total, où j’ai touché à des métiers, des business très différents : stations-service, aviation, lubrifiants, panneaux photovoltaïques… J’y ai principalement fait du marketing, de la communication et du business development, en gérant des équipes et des budgets importants. J’ai eu la chance de changer fréquemment de poste et d’apprendre régulièrement, mais je suis issue d’une famille d’entrepreneurs et je rêvais de monter ma boîte un jour ! J’avais envie d’expérimenter une manière de fonctionner plus simple, plus réactive que dans les grandes entreprises. Et j’étais à la recherche de sens, avec une volonté d’apporter une contribution quelconque à la planète ou à mon entourage.

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Qu’est-ce qui a déclenché le passage à l’acte ?

Ma vie est une histoire d’opportunités ! À un moment donné, j’ai décidé d’aller me coter sur le marché. Avec un mari entrepreneur et trois enfants, monter ma boîte me semblait périlleux. J’ai préféré me tourner vers des start-up et des PME, où je retrouverais au moins un peu de malléabilité sur mon action au quotidien. J’ai postulé en tant que directrice marketing dans une PME et ma candidature a retenu leur attention. Sauf qu’il fallait que je divise mon salaire par deux ! J’ai réalisé que les années passées au sein d’un grand groupe nous rendent prisonniers parce que nos revenus et nos exigences augmentent. Même quand on déborde d’idées et d’envies, on se met des barrières, la force de l’habitude… J’ai compris alors que les sacrifices étaient inévitables si je voulais changer quelque chose. Une amie m’a parlé d’un projet dont elle avait eu vent, et c’est comme cela qu’a débuté l’histoire de WeNow. Yves Choueifaty, l’un de mes deux associés, qui était déjà à la tête d’une autre boîte dans la finance, en est à l’origine. Il avait l’idée de lier la voiture, qui rejette du CO2, avec la plantation d’arbres, qui permet de stocker les émissions de dioxyde de carbone.

Quels services proposez-vous ?

En surfant sur le modèle des bracelets connectés, nous permettons aux entreprises de piloter l’efficacité énergétique de tous leurs déplacements et de réduire leur empreinte carbone. Comment ? Le conducteur installe un petit boîtier sur la prise diagnostic de son véhicule (sur laquelle se branche le garagiste pour effectuer la révision), qu’il appaire à son téléphone en Bluetooth. Sur chaque trajet, le boîtier va collecter toute la data liée à sa conduite : comment il appuie sur les pédales d’accélérateur et de frein, comment il passe les vitesses, la température du moteur… Les données sont analysées grâce à des algorithmes innovants et un partenariat avec l’Institut français du pétrole (IFPEN). À partir de là, pour chaque conducteur, nous allons pouvoir déterminer la quantité de carburant gaspillé par trajet et l’ensemble des gestes qu’il peut améliorer pour réduire sa consommation et donc sa facture. Le conducteur bénéficie ainsi d’un coaching personnalisé via l’application WeNow et par mail. Nous allons l’inciter à mieux conduire, mais aussi à moins utiliser sa voiture en identifiant les trajets sur lesquels il aurait pu marcher, faire du covoiturage ou utiliser les transports en commun. Plus il remplit ses objectifs, plus il gagne de points… et d’argent. Les flottes et les particuliers devraient économiser, en moyenne, 10 % de leur budget carburant.

Le boîtier connecté WeNow

Le boîtier connecté WeNow

Vous avez par ailleurs mis en place un système de compensation…

En parallèle, nous calculons le CO2 que vous avez malgré tout émis et nous vous donnons la possibilité de financer et de suivre un projet labellisé qui retire la même quantité de dioxyde de carbone de l’atmosphère − ce qui revient à avoir un impact neutre sur le réchauffement climatique. Il existe plusieurs moyens de neutraliser le CO2 : planter plus d’arbres ; supprimer des sources d’émissions importantes, telles les centrales à charbon, en les remplaçant par d’autres énergies, éoliennes ou solaires ; améliorer l’efficacité énergétique de certaines combustions, comme en Afrique par exemple, où le chauffage et la cuisson au bois rejettent beaucoup de CO2 et de particules nocives pour la santé des personnes. Le fait d’être présents d’un bout à l’autre de la chaîne, en mesurant, en aidant à réduire et en compensant, nous a valu d’être la seule entreprise française championne de la démarche climat des Nations unies (Climate Neutral Now).

Où en êtes-vous en termes de commercialisation ? Et quelles sont vos prévisions pour les années à venir ?

Avec la multiplication des taxes, le CO2 devient un enjeu financier majeur pour les entreprises. Nous avons commencé à commercialiser la technologie en mars 2016 et celle-ci est actuellement expérimentée par une quinzaine de sociétés, dont DPD Group et FM Logistic. Au bout de six mois, avec la première version de notre produit, les utilisateurs ont réduit de 8 % en moyenne leur consommation (et donc leurs émissions). Nous avons même constaté dans certains cas des réductions de 20 %. Cette année, nous avons commercialisé près de 1 000 boîtiers. Le projet est ambitieux. Une première étape va consister à équiper plus d’un million de véhicules.
Quand la communauté aura suffisamment grandi, nous élargirons notre clientèle au grand public, en passant notamment par des entreprises qui ont besoin d’enrichir leurs offres, comme les assureurs par exemple, afin de conquérir le marché des particuliers.
Nous avons déjà réussi à toucher des clients dans d’autres pays européens par le biais d’entreprises françaises avec lesquelles nous travaillons. En janvier, nous avons participé au CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, Nous enchaînons en février avec Boston…

Comment imaginez-vous l’avenir de WeNow à plus long terme ?

Aujourd’hui, nous nous rémunérons grâce au système d’abonnement. À terme, nous ne nous voyons pas comme producteurs de boîtiers. Les voitures de demain seront connectées. C’est l’intelligence de notre service qui compte. Nous imaginons donc que la technologie sera embarquée dans les véhicules. Nous avons développé un certain nombre de brevets qui constituent autant de barrières à l’entrée. Mais l’idée, c’est d’aller vite, de construire rapidement une communauté et de devenir une marque que les gens réclament à bord de leur voiture, comme TomTom ou Coyote. Nous sommes déjà en contact avec des constructeurs intéressés.

Un projet de protection de la forêt au Zimbabwe

Un projet de protection de la forêt au Zimbabwe

Plus généralement, le CO2 représente un enjeu majeur de société. En France, nous émettons 10 tonnes de dioxyde de carbone par an et par personne. Or, aujourd’hui, la Terre n’en absorbe que 2 tonnes par individu, et bientôt, on tombera à 1,5 tonne en raison de l’augmentation de la population. Dans le futur, nous nous attendons à ce que chacun doive piloter son propre bilan carbone. C’est pourquoi nous envisageons de devenir les gardiens de votre CO2 en mesurant ce que vous avez rejeté dans les transports, le chauffage, etc., et en vous apportant des solutions simples et immédiates pour réduire et compenser vos émissions. Les gens ont envie d’agir pour peu que ça ne leur coûte pas trop d’argent ni de temps.

Vous avez récemment intégré Le Village, l’incubateur du Crédit Agricole. Qu’est-ce que cela vous apporte, notamment du point de vue des relations avec les grands groupes ?

Cette intégration nous permet d’être encore plus insérés dans l’écosystème du Crédit Agricole, avec lequel nous étions déjà en relation étroite. Par ailleurs, Le Village nous apporte beaucoup de notoriété et des opportunités de business intéressantes. Je l’ai observé quand je travaillais encore chez Total, les grands groupes peuvent porter le changement de manière extraordinaire en soutenant des projets innovants. Mais ils ont aussi tendance à solliciter beaucoup de start-up et à essayer de les rencontrer sans que cela ne débouche forcément sur quelque chose. Ils ne se rendent pas compte du temps qu’ils demandent ou font perdre aux start-up, alors que pour elles, le temps s’avère précieux et souvent compliqué à gérer. Il faut donc veiller à ne pas se faire écraser. Je pense que le modèle n’est pas encore complètement inventé, qu’il y a un vrai modus vivendi à trouver entre les grandes entreprises et les start-up.

@manondampierre

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