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Josephine Goube: Techfugees pour aider les réfugiés

28.02.2017

Joséphine Goube est la CEO de Techfugees, une start-up sociale qui mobilise la communauté Tech pour apporter des solutions d’aides technologiques aux réfugiés. Fondée en 2015, l’entreprise est déjà présente dans plus de 25 pays. Une success story solidaire que nous raconte une femme engagée.

Qu’est-ce que Techfugees?

Techfugees est une entreprise sociale qui mobilise le secteur de la technologie sur la question des réfugiés. Nous produisons des hackathons, meetups et évènements encourageant
(1) la création d’innovations technologiques pour et avec les réfugiés, donc de fait, (2) facilitant leur inclusion sociale par leur interaction avec le milieu et les acteurs de la tech mais aussi et surtout
(3) encourageant l’investissement privé dans ce secteur et ces innovations.

Comment est-ce né ? 

Techfugees est né en réaction à la vague de réfugiés arrivés en Europe en 2015 et à l’incapacité des acteurs traditionnels à faire face à leurs besoins: accueil, éducation, santé, etc. Un petit groupe de leaders dans la technologie à Londres se sont alors donné rendez-vous et ont organisé, à travers les réseaux sociaux une conférence, en dix jours, qui a réuni alors 300 personnes: réfugiés, CEO, investisseurs, ONGs et ingénieurs – acteurs du changement social et technologique.

Du succès de ce premier évènement, les hackathons et évènements Techfugees se sont propagés dans le monde entier à travers un réseau international d’ambassadeurs locaux. Présent aujourd’hui dans plus de 25 pays, Techfugees anime une communauté d’ingénieurs, réfugiés et entrepreneurs sociaux qui ont développé et/ou développent des nouvelles technologies facilitant l’inclusion sociale des réfugiés.

photo tech fugees avec JOsephine

Dans quels domaines intervenez-vous ?

La communauté Techfugees intervient dans tous les champs des besoins des réfugiés qui ne sont pas remplis aujourd’hui par les services publics ou pour lesquels il y a défaut d’offre. Nos innovateurs ont créé des solutions low tech et qui peuvent facilement se répandre (scale) dans tout ce qui touche à l’accès à internet, l’éducation, la santé, l’emploi mais aussi l’accès aux services (finance, logement, identité etc). Dans ces domaines, notre action s’arrête là où l’humain est nécessaire: un chatbot peut donner l’information sur les cliniques aux alentours et les disponibilités d’un médecin qui parle farsi, mais le chatbot ne remplacera jamais le conseil du docteur.

Tu vas beaucoup sur le terrain, qu’est-ce qui t’a le plus marqué?

Tellement de choses, mais si je dois retenir une chose: la crise des représentations, c’est-à-dire combien le fossé entre la réalité, le discours ambiant des médias et le manque flagrant de connaissance des citoyens sur les faits est si grand – et combien pourtant la solution est simple si on veut la voir: on pourrait donner aux réfugiés le droit d’être autre chose que des réfugiés, si on le voulait.

On vous présente “la crise des réfugiés” avec des reportages de Calais et de Lesbos en vous expliquant que c’est ça des réfugiés. On se retrouve pour un sommet sur la crise des réfugiés à l’ONU pour parler de problèmes à résoudre. Ou alors on raconte que c’est génial les réfugiés, qu’ils ont revivifié une commune locale. Ce n’est jamais sans être dans les extrêmes, et presque toujours dans le drame.

photo tech fugees 1

Il n’y a pas de gentils, ni de méchants réfugiés. Il n’y pas de terroristes versus des victimes. Et surtout il n’y a pas de “réfugié”. Il y a des hommes, des femmes, des enfants, des homosexuels, des avocats, des individus qui parlent trois langues, ont perdu leurs enfants, parfois leur parents, ou retrouvé un enfant sur la route.

Tout le monde ici a une opinion sur “eux” mais “eux” n’ont pas la capacité d’en avoir sur eux, et surtout ne parlent pas d’une seule voix: puisqu’ils n’en ont pas, puisqu’ils parlent une dizaine de langues différentes et qu’ils n’ont pas du tout les mêmes histoires.

Par contre, ils ont toujours une histoire similaire sur la façon dont on les traite comme des citoyens de seconde classe, comme des gens sans talents, et comment ils sombrent dans la dépression si au fond d’eux l’instinct de survie ne bat pas trop fort.

Comme l’écrivait Hugo : « L’exil, c’est la nudité du droit ».

photo techfugees 3

J’ai longtemps songé à écrire un billet par semaine sur notre blog pour la raconter, mais j’hésite encore. Cette complexité n’est pas du tout traitée par les médias. C’est pourquoi je ne regarde même plus les reportages – ni ne m’insurge aux vues de l’opinion publique – si j’avais les mêmes informations en main, je penserais sûrement la même chose.

Les media nous montrent beaucoup d’hommes parmi les réfugiés mais que se passe-t’il pour les femmes?

Une personne déplacée sur deux dans le monde (65 Millions) a moins de 18 ans et trois-quarts au total sont des femmes et des enfants. Je n’ai pas de chiffres exacts sur les femmes réfugiées mais j’ai entendu cette phrase souvent à Calais. A Calais, il y a beaucoup d’hommes dehors – et les femmes et les enfants se cachent. A Grande Synthe, à 30km de Calais, Il y a des femmes et des enfants partout qui se promènent et c’est un ratio 40-50% de femmes selon les autorités municipales. Là-bas, elles se sentent en sécurité. Le maire a fait construire un “women center” pour les femmes, pour qu’elles se retrouvent, célèbrent les anniversaires des enfants et aient accès à des produits d’hygiène féminine ou des gynécologues.
Donc dire qu’il n’y a pas de femmes c’est faux. C’est vrai si on regarde la télé.

Mais là n’est pas la question. La remarque ici sous-jacente c’est de dire que ces réfugiés sont des migrants économiques, et donc de dénigrer leurs droits à l’asile. D’abord, ces deux termes ne font partie du même registre stricto-sensu, l’un ressort d’une définition légale (réfugié) et l’autre d’une appréciation de la raison de la migration (migrant économique). D’autre part, un réfugié va vouloir retrouver un boulot après avoir trouvé la sécurité – donc oui, il/elle va chercher des opportunités économiques. Les deux termes se confondent souvent – sans jamais que la logique s’inverse: on est réfugié avant d’être migrant économique – pas vraiment l’inverse.

Et donc au final, on revient au même sujet: une hypocrisie de nos sociétés à refuser le désir de réussir et d’une vie meilleure des étrangers chez nous, mais désir qu’on infuse dans nos sociétés à tous les niveaux et à travers lequel on juge la valeur d’un individu.

Quelles sont les “next steps” pour Techfugees?

Une série de hackathons pour les réfugiés sur des technologies spécifiques à travers l’Europe et le Moyen- Orient, un plus fort soutien financier pour soutenir l’expansion de projets innovants à travers des partenariats avec des gros acteurs de la tech et surtout une conférence annuelle sur la question de la technologie et des réfugiés à Paris en Octobre 2017.

@veroniqueforge

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