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Gilles Babinet : « La transformation digitale revêt un caractère anthropologique. »

21.04.2017

Ancien président du Conseil National du Numérique, figure de l’entrepreneuriat français, Gilles Babinet est aux premières loges de la transformation digitale. Une révolution dont, à l’écouter, nous n’aurions vu que les prémices. C’est ce qu’il explique dans son livre, Transformation digitale : l’avènement des plateformes (Le Passeur).

La littérature concernant la transformation digitale est foisonnante. Pourquoi écrire un livre sur ce sujet ?

Gilles Babinet : Je m’intéresse depuis longtemps à cette question de la mutation numérique, appliquée à la fonction publique et aux entreprises. Au fil de mes rencontres et de mon travail, j’ai pu constater à quel point cette problématique était méconnue des acteurs économiques. J’ai ainsi ressenti la nécessité d’expliciter clairement les différents paramètres de cette transformation, ainsi que ses répercussions.

Des répercussions que, selon vous, les entreprises traditionnelles n’ont, pour une grande partie d’entre elles, pas encore pleinement saisies…

Gilles Babinet : Alors que beaucoup de ces entreprises pensaient avoir intégré pleinement la question technologique, elles ont constaté que cette mutation impliquait également une évolution sensible du modèle de management. Là, tout est devenu plus compliqué ! Les modèles économiques émergents supposent de l’horizontalité, de la décentralisation… Il est loin d’être garanti que des entreprises « installées » parviennent à opérer cette mutation sans heurts.

De grandes sociétés, connues de tous, sont-elles donc susceptibles de disparaître ?

Gilles Babinet : Oui, ce risque est réel, bien que demeurant compliqué à évaluer aujourd’hui : d’une part, nous ne savons pas complètement comment les entreprises concernées vont opérer ces changements, d’autre part quelle va être la vitesse des bouleversements digitaux à venir. Mais, il n’est pas impossible que des structures, aujourd’hui très installées, disparaissent, submergées par la vague numérique.
Ceci étant dit, je rappelle que tous les jours, des entreprises, grandes ou moins grandes, mettent la clé sous la porte. La question est de savoir si ce phénomène est amené à s’accélérer avec la transformation digitale.
Dans le même temps, certaines sociétés vont parvenir à surmonter ces épreuves, voire connaître des accélérations de croissance…

Vous écrivez que les entreprises ont vocation à devenir des plateformes. Expliquez-nous.

Gilles Babinet : Les entreprises vont se détayloriser. Tout ce qui est automatisé va être, à mon sens, soumis à un changement de modèle pour évoluer vers un schéma basé sur la data et la multitude. Ces notions sont les caractéristiques essentielles des plateformes.

L’ubérisation est un terme à la mode dans le débat public. Pointe-t-on ses méfaits de manière excessive ?

Gilles Babinet : Oui. Et je ne cherche pas là à faire de l’angélisme. Nous sommes face à une nouvelle technologique ouvrant un champ immense de potentialités. Des abus, des dérives sont à déplorer, comme dans tous les domaines.
Revenons une révolution industrielle en arrière. L’apparition de l’électricité avait alors changé la vie de nos aïeux. En même temps, cela a généré des désagréments, voire des drames : électrocutions, paysages défigurés par des lignes à haute tension…
Bref, nous devons accueillir le digital, comme les bouleversements passés, en trouvant des façons appropriées de limiter aux maximum les problèmes qu’il induit.

D’autant que, selon vous, nous ne sommes qu’aux prémices de la révolution numérique…

Gilles Babinet : C’est en effet l’une de mes convictions fortes ! On peut même se demander si elle a déjà commencé…   Je pense en liant cela notamment à l’émergence de l’intelligence artificielle dont personne n’a encore bien mesuré les répercussions. Je suis même persuadé que nous faisons face à quelque chose que nous ne soupçonnons pas : la productivité qui découlera de l’IA sera probablement exponentielle.

Au vu de ses répercussions à venir, ce bouleversement digital ne suppose-t-il pas un changement général d’état d’esprit ?

Gilles Babinet : Oui. Pour moi, cette transformation revêt un caractère anthropologique. Nous ne parlons pas uniquement de techniques nous permettant d’effectuer plus de tâches, mais nous poussant à modifier notre perception du monde, notre capacité à prendre des risques…
Et ce d’autant plus que nous arrivons à un stade irrévocable : nous passons, pour beaucoup, les deux tiers du temps à interagir avec des machines, contre un tiers seulement avec des humains. Sur le plan sociologique, ce constat est très impactant.

Le digital a-t-il été suffisamment traité au cours de la campagne présidentielle ?

Gilles Babinet : Dire « nous allons mettre de la fibre à tout le monde », c’est peut-être super. Mais, pour quoi faire ? J’aurais aimé percevoir chez les candidats la capacité à proposer une vision sociale, économique et démocratique autour de ces questions. Cela n’a pas été le cas.

@clairebauchart

 

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