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Alisée de Tonnac, dénicheuse de talents aux quatre coins du globe

A tout juste 29 ans, Alisée de Tonnac est à la tête de Seedstars World, une organisation qui repère et accompagne les startups et personnalités prometteuses dans les pays émergents. Vainqueur de l’Award d’Excellence du Harvard Model Congress Europe, la jeune femme est aussi une insatiable globe-trotteuse. Interview d’une étoile montante… sur le point de créer une nouvelle constellation avec les centaines de startups qu’elle a révélées aux quatre coins du monde.

Pouvez-vous nous présenter Seedstars World ?

Seedstars World est une organisation que nous avons lancée il y a 4 ans avec mes cofondateurs. Notre objectif était d’avoir un impact dans les pays émergents via l’entrepreneuriat et la technologie, en créant des réseaux de qualité pour sourcer les meilleurs entrepreneurs et acteurs de l’écosystème des startups. Nous sommes aujourd’hui une cinquantaine au sein de Seedstars Groupe et organisons une compétition de startups dans 60 pays. Le 6 avril prochain aura lieu à Lausanne le Seedstars Summit, un événement qui rassemble plus de 800 startups et récompense un projet par pays. Il faut savoir que 85% de la population de ces régions va être digitalisée, cela crée d’incroyables perspectives. Nous espérons devenir des acteurs incontournables dans l’écosystème tech et investissement de ces régions.

Pourquoi est-il si important pour vous de sélectionner vos candidats en les rencontrant « en direct » dans leurs pays ?

Les startups que nous sélectionnons sont en early stage. Nous avons donc besoin d’un échange en direct pour comprendre la vision de l’entrepreneur. Il est aussi important pour nous de saisir le fonctionnement du marché pour chaque pays. Certaines solutions peuvent au premier abord ne pas nous sembler primordiales alors qu’elles représentent là-bas des opportunités de plusieurs millions.

Quels autres grands chantiers avez-vous lancé ?

Nous souhaitons avoir un impact durable dans ces pays, et c’est pourquoi nous avons imaginé des espaces de coworking à Lagos, Abidjan, ou encore Cape Town. Nous avons aussi lancé Seedstars Growth, un accélérateur de startups, et la Seedstars Academy qui accompagne de jeunes pousses qui veulent devenir entrepreneurs.

Vous avez co-fondé Seedstars World alors que vous étiez encore très jeune. Quel a été votre parcours jusqu’à vos 24 ans ?

J’avais un peu d’avance alors j’ai terminé mes études à 21 ans. J’ai un bachelor d’HEC Lausanne puis j’ai intégré un master de Management International à l’université de Bocconi. J’ai ensuite intégré L’Oréal à Milan, et l’équipe italienne de Voyage Privé.

Qu’est-ce qui, dans votre parcours, laissait présager cette envie de parcourir le monde ?

J’ai toujours été passionnée de voyages, j’ai grandi à Singapour et ai vécu aux Etats-Unis. J’étais habitée par l’envie de réaliser quelque chose de plus grand que moi. Seedstars m’a permis de réunir le voyage, l’entrepreneuriat, et le sentiment de faire quelque chose qui avait un réel impact.

Dans un portrait qui vous est consacré, vous expliquez avoir été une « élève modèle ». Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Cela a longtemps été obsessionnel chez moi de travailler dur pour rentrer dans les meilleures écoles et avoir le meilleur CV. Je trouve cela dommage aujourd’hui car pour moi, la curiosité et la flexibilité sont en réalité les meilleurs atouts sur le marché du travail. Lorsque l’on entre dans la vie active, que l’on est complaisant, que l’on ne se bouge pas… on déchante vite. Ce projet était donc une réelle opportunité, d’autant plus qu’il m’a permis de m’associer à d’excellents partenaires.

Qu’est-ce qui aiguise votre intérêt pour une start-up plus qu’une autre ?

D’abord, nous nous appuyons sur des jurys locaux qui nous aident à sélectionner les meilleurs, puis on regarde les opportunités du marché, le produit en lui-même, le background du fondateur, l’équipe.. et on demande à nos investisseurs : « would you put your money in it ? ». Nous cherchons le business qui va disrupter, l’entrepreneur qui réussira à exécuter sa vision.

Qu’est-ce qu’une sélection aux Seedstars Summit apporte à ces startups ?

Le fait d’être sélectionnés par une société européenne leur permet d’être médiatisés dans leur pays et d’acquérir davantage de crédibilité. De notre côté, nous essayons de créer des collaborations commerciales avec nos partenaires corporate qui recherchent les innovations de demain. Nous promettons d’investir 500 000$ dans le gagnant.

Avez-vous des exemples de startups féminines dont vous êtes particulièrement fière ?

Il y en a tellement ! J’ai été impressionnée par une jeune entrepreneure du Vietnam qui a créé une plateforme de voyage à moins de 30 ans et avec 3 enfants. Une autre entrepreneure au Nigéria qui a développé une solution pour recycler le plastique, ou encore des femmes rencontrées au Liban ou en Jordanie. La reine de Jordanie joue là-bas un vrai rôle-modèle et j’ai été surprise par l’impact direct que cela a sur les jeunes générations. J’ai aussi découvert qu’en Iran, plus de 50% des ingénieurs sont des femmes. On observe que les micro-prêts sont plus facilement accordés aux femmes car elles inspirent davantage confiance du fait qu’elles tiennent la maison.Toutes ces femmes ont une motivation et une passion telles que cela neutralise le genre. Dans tous les cas, nous n’avons jamais voulu instaurer de quotas de femmes dans notre sélection. Nous préférons travailler en amont sur ce thème.

 

Avez-vous été surprise par la vitalité de certains pays ?

Alisée de Tonnac : Je crois que tous les pays m’ont offert leur lot de surprises car j’avais énormément de stéréotypes avant de m’y rendre. Le Rwanda m’a beaucoup étonnée : les enfants codent, on peut créer facilement sa boîte, et on y trouve le premier aéroport de drones. Au Mexique, j’ai aussi été étonnée par la Tijuana Valley qui commence à réunir de très nombreux entrepreneurs. Les pays émergents peuvent davantage innover car ils ne sont pas freinés par les règles et les lobbyings qui pèsent sur la création en Europe.

Observez-vous des tendances globales dans les secteurs de création de ces startups ?

Alisée de Tonnac : On assiste à une digitalisation de tous les secteurs : santé, éducation, modes de paiement, financial services en Afrique notamment. En Amérique latine, le gaming est très fort. On voit aussi de plus en plus de hardware. Mais nous excluons de nos recherches les milieux qui demandent plus de R&D comme la deeptech ou la medtech. Ce que je retiens, c’est que tout nous sépare mais que nous parlons tous le même langage entrepreneurial.

@Paojdo

Crédit photo : Andrea Monica Hug

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