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Le burnout parental : la fin d’un tabou ?

Si la notion de burnout professionnel est aujourd’hui connue du grand public, celle de burnout parental reste encore peu évoquée. Après avoir enquêté pendant plusieurs années sur la question, les docteurs en psychologie Moïra Mikolajczak et Isabelle Roskam ont récemment publié un ouvrage passionnant sur la question. L’occasion de parler haut et fort d’une souffrance que nombre de parents préfèrent taire.

« Maman de trois enfants en bas âge, j’ai pris un congé parental pour mon  petit dernier. Je voulais être une mère parfaite, présente. Leur préparer des plats bios, les accompagner dans leur éveil, bien tenir ma maison. Je ne m’accordais pas de temps pour moi. Petit à petit, j’ai commencé à ressentir une fatigue importante, jusqu’à ce que les tâches du quotidien me semblent être insurmontables. C’était d’autant plus difficile d’en parler à mes proches et même à mon conjoint que je ne travaillais pas, et que j’avais peur que les gens se disent que j’étais juste une petite nature. J’ai commencé à ressentir de la frustration et à m’énerver sur mes enfants. Un jour, alors que j’ai eu un comportement qui aurait pu mettre en danger mon fils, je me suis dit qu’il fallait que je me fasse aider. Je ne pouvais plus continuer comme ça ».

Un syndrome insidieux

Le burnout parental suit le même schéma que le burnout professionnel : un épuisement, une perte d’efficacité, puis une distanciation affective. Ce témoignage d’une maman de 43 ans reflète bien à quel point le burnout parental est une maladie qui s’installe de façon insidieuse, sans que le sujet ne s’en rende compte. Puis un jour, c’est le déclic. Le geste de trop, la parole de trop, la pensée de trop. Celle qui fait craindre au parent de faire du mal à son enfant. S’en suit un grand sentiment de solitude et de honte, et la crainte de rester à tout jamais un mauvais parent pour son enfant. Une douleur d’autant plus intense qu’il faut parfois attendre des années avant que ne soient posés des mots sur la maladie. Après six années d’études de terrain, Moïra Mikolajczak et Isabelle Roskam ont justement perçu la nécessité de libérer la parole sur ce sujet en rendant publiques leurs investigations.

Les familles aisées ne sont pas épargnées, au contraire

En enquêtant, les psychologues ont vu bon nombre de leurs idées reçues balayées. Par exemple, à investissement égal auprès des enfants, les pères sont autant sujets au burnout. Autre point important : « nous pensions que les facteurs situationnels comme un petit appartement, de faibles revenus ou un nombre d’enfants importants, pourraient expliquer le burnout parental. Mais en réalité, il faut au moins 5 critères de cette nature pour que le sujet soit plus à risques. En fait, les facteurs personnels et émotionnels sont essentiels dans le développement ou non du burnout », explique Moïra Mikolajczak. Ainsi, les familles à hauts revenus sont encore plus à risques, certainement car elles se posent davantage de questions sur la parentalité : elles n’hésitent par exemple pas à faire des kilomètres chaque matin pour déposer leur progéniture dans la meilleure école de la ville.

Le burnin avant le burnout

Les parents sujets au burnout sont effectivement souvent les plus perfectionnistes. « Le burnout est souvent précédé d’un burnin, c’est-à-dire la volonté exagérée de vouloir bien faire », affirme la spécialiste. Dans l’ouvrage, les deux auteures expliquent que cette quête de la perfection coïncide notamment avec la Convention internationale des Droits de l’Enfant en 1989, qui a posé l’enfant comme sujet de droits, érigeant la responsabilité des parents en première ligne, et demandant dans le même temps aux Etats de se poser comme garants du respect de ces droits, avec notamment la possibilité de retirer la garde aux parents. A partir de cette période, les magazines se sont faits le relai de ces problématiques et des articles ont commencé à s’intéresser à la parentalité.

Si aujourd’hui, le mouvement des « bad moms » fait des émules, et que des émissions telles que Super nanny prouvent bien que l’on peut « rater » son rôle d’éducateur, la société reste très marquée par cette quête de la perfection parentale.  « Sans balayer toutes les bonnes recommandations en termes d’éducation, il faut que les parents comprennent qu’ils ont le droit de ne pas être irréprochables sur tous les points. C’est essentiel car cette phase de burnin constitue le terreau favorable au développement du burnout », atteste Moïra Mikolajczak. Et d’ajouter : « en voulant être des parents parfaits, on met aussi la pression sur nos enfants en multipliant par exemple les activités ». En clair, il faut savoir choisir ses combats ! 

Comment se protéger du burnout parental ?

Dans leur ouvrage, les psychologues ont démontré qu’il existait d’une part les facteurs de risques (revenus, âge avancé, famille nombreuse, situation professionnelle compliquée, absence d’amis ou de grands-parents, événements particuliers, faibles compétences émotionnelles…), et d’autre part les facteurs de protection (coparentalité positive, grossesse sereine, travail épanouissant, famille présente…). « Le burnout se produit quand il n’y a plus d’équilibre entre les facteurs de risques et de protection », affirme la psychologue. C’est d’ailleurs pour cela que les deux auteures ont mis au point une application gratuite, Dr Mood burnout parental, permettant aux parents d’identifier leurs facteurs de risques et de travailler dessus.

Permettons-nous de noter ici que contrairement aux idées reçues, une femme qui travaille a moins de risques de sombrer dans l’épuisement parental, car elle peut tirer de sa position professionnelle une bonne estime d’elle-même. Les mères au foyer sont donc particulièrement touchées par le phénomène.

S’il n’existe pas de recette toute prête pour éviter le burnout, voici tout de même quelques pistes.

-Travailler ses compétences émotionnelles. « Face à une situation stressante, on peut entraîner son cerveau à créer de nouveaux chemins neuronaux en s’imaginant par exemple ce que penserait une personne qui est à l’opposé de nous, comme notre amie babacool ».

-Faire évoluer sa pratique parentale. « L’inconsistance dans l’éducation augmente le risque de burnout. Il faut tout autant savoir encourager son enfant que le sanctionner, et surtout passer du temps de qualité avec lui en choisissant des activités que vous aimez tous les deux, plutôt que de vous forcer à faire quelque chose que vous n’appréciez pas. C’est dans le plaisir partagé que se créent les liens d’attachement ».

Construire une coparentalité positive. « Il ne faut jamais que les parents se contredisent devant l’enfant. Il est essentiel de parler en amont des valeurs qui sont importantes pour chacun. Si quelque chose est intolérable pour votre conjoint, vous devez le soutenir, et inversement ».

-Prendre du temps pour soi. « Stop à la perfection. Acceptez de laisser des miettes sur la table, relâchez la pression. Et tant pis si les enfants mangent une pizza surgelée un jour dans la semaine. Pensez aussi à partir peut-être moins longtemps en vacances, mais plus souvent. Il a été prouvé que les bienfaits des vacances proviennent avant tout de leur anticipation ».

-Enfin, n’oubliez jamais que le principe d’éducation positive doit être un phare, un guide, mais jamais une injonction !

@Paojdo

 

 

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