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Et si nous pouvions apprendre en dormant ?

Si nous connaissons aujourd’hui l’importance du sommeil dans le maintien des performances intellectuelles et la mémorisation des informations, serait-il carrément possible d’apprendre de nouvelles choses en dormant, comme une langue étrangère ? Eléments de réponse.

« Le sommeil est un emprunt fait à la mort pour l’entretien de la vie », disait le philosophe Arthur Schopenhauer, qui estimait que le sommeil était pour « l’ensemble de l’homme ce que le remontage est à la pendule ». Récemment, Arianna Huffington consacrait carrément son dernier ouvrage à la question. Dans « The Sleep Revolution », la business woman n’hésitait pas à qualifier le manque de sommeil de « mal du siècle ». Gardien de notre santé et de notre productivité au travail, le sommeil intéresse de plus en plus les entreprises. Dans son livre, Arianna Huffington rapporte même qu’Etna, une gigantesque compagnie d’assurances-vie, propose un Fitbit à ses employés afin de « tracker » leur sommeil s’ils le désirent. A la clef ? Ceux qui parviennent à dormir plus de 7H reçoivent 25 dollars par nuit, de quoi les pousser plus tôt dans les bras de Morphée ! 

Apprendre une langue étrangère en dormant ?

Dans les laboratoires, le sommeil fait l’objet de nombreuses études pour explorer ses liens avec l’apprentissage. En 2015, l’Université de Fribourg a démontré qu’être exposé à un mot d’une langue étrangère au cours du sommeil aiderait à s’en souvenir plus facilement. Si l’étude n’a pas démontré qu’il était possible d’apprendre de nouveaux mots en dormant, elle a cependant prouvé que le fait d’être exposé à un mot déjà connu durant notre sommeil nous permettait de le mémoriser plus facilement qu’en état d’éveil. 

Cette étude a inspiré l’entreprise MosaLingua, l’une des sociétés leaders sur le marché de l’Ed-Tech avec plus de 2 millions de téléchargements de son application dédiée à l’apprentissage des langues. « Inspirés entre autres par cette étude, nous avons décidé en octobre dernier de faire tester une nouvelle fonctionnalité à un échantillon de 136 testeurs volontaires. Durant la première phase de sommeil, ils ont écouté une série de mots et de phrases, connus ou inconnus », explique Luca Sadurny, co-fondateur de MosaLingua. Et les résultats sont fort intéressants, puisque 67% des participants ont amélioré leur performance de mémorisation. Cependant, en ce qui concerne l’apprentissage de mots inconnus, c’est-à-dire qui n’ont pas encore été étudiés en phase d’éveil, les résultats sont beaucoup moins probants : seulement 28% des participants ont amélioré leurs performances de mémorisation de nouveaux mots et phrases.

Forte de ces résultats, l’entreprise MosaLingua envisage de tester la fonctionnalité à plus grande échelle, en se concentrant sur les mots connus. « Nous pourrions la proposer en option si nous voyons qu’elle vaut vraiment le coup, mais pour l’heure nous nous concentrons sur notre méthode d’apprentissage en temps d’éveil basée sur la répétition espacée », affirme Luca Sadurny.

Quel lien entre sommeil et mémorisation ?

Le lien entre le sommeil et la mémorisation ne fait à ce jour plus de doutes, mais les processus afférents font l’objet d’études. Le Directeur de recherches au CNRS Michaël Zugaro nous explique ainsi que l’on peut « considérer que l’on apprend en dormant du fait que l’on réorganise nos idées pendant le sommeil ».

Des travaux de recherche datant de 1971 et menés sur le rat par le Prix Nobel 2014 de physiologie et médecine John O’Keefe, ont démontré l’importance du sommeil dans le processus de mémorisation. Le chercheur a notamment enregistré l’activité des neurones dans l’hippocampe d’un rat en phase de sommeil, et a observé que ces derniers se déchargeaient les uns après les autres en fonction de la position de l’animal dans l’environnement. En quelque sorte, les neurones constituaient une trajectoire. On s’est alors rendu compte que les neurones refaisaient relativement souvent la même trajectoire que celle effectuée en phase d’éveil, comme si le rat répétait des événements vécus dans la journée pour les mémoriser. En 2009, Michaël Zugaro et son équipe ont également démontré sur le rat « qu’en supprimant ces réactivations neuronales pendant la nuit, l’animal apprenait moins bien une tâche à laquelle il avait été exposé en phase d’éveil », explique le chercheur. Plus récemment, une étude a été menée afin de comprendre le dialogue entre l’hippocampe et le cortex, qui joue aussi un rôle fondamental. Le cortex répondrait aux réactivations de l’hippocampe par la production d’ondes lentes ou de fuseaux.

Quant à la possibilité d’apprendre de nouvelles données en dormant ? Les recherches actuelles ne permettent pas à ce jour d’affirmer que l’on pourrait apprendre de nouvelles choses en dormant, même si certaines études apportent des résultats intéressants. Ainsi, une étude menée par le chercheur du CNRS Karim Benchenane a permis de démontrer qu’il était possible de créer de nouvelles associations pendant le sommeil. Grâce à une électrode placée dans le cerveau d’un rat pendant son sommeil, il a été possible d’associer le codage d’un neurone à une stimulation de plaisir. Le lendemain, on a pu observer que l’animal se baladait préférentiellement dans les endroits codés par le neurone, afin d’essayer de retrouver cette sensation de plaisir. Mais cette association pourrait-elle avoir lieu chez l’homme sans stimulation artificielle ? Et le sommeil a-t-il un impact sur les différentes formes de mémoire ? Il faudra encore laisser progresser la science avant de pouvoir l’affirmer !

@Paojdo

 

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