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Demain, toutes serial codeuses ?

27.01.2016

« Apprenez le code à vos filles». L’injonction de Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, dans son bestseller « Lean In », publié en 2013, a beau avoir fait le tour du monde, les statistiques évoluent lentement : selon une enquête de la Fédération Syntec, un syndicat patronal des professions de l’informatique, le numérique ne compte en France que 28% de femmes, contre 48% sur le reste du marché, tous secteurs confondus. Et ce alors que le web représente un vivier d’emplois qualifiés non négligeable.

« Je n’ai pas pris de cours de code à Supélec alors que j’en avais la possibilité. A l’époque, j’avais une image négative des développeuses: des filles à lunettes, célibataires, le visage plein de boutons. » Aujourd’hui responsable d’une branche de Isai, fonds d’investissement spécialiste des entrepreneurs du web, Mounia Rkha, 30 ans, mesure à quel point son imaginaire l’a trompée : « évoluant dans l’écosystème des start-ups, je rencontre des tas de jeunes femmes qui codent et qui ne ressemblent en rien à ce cliché. »

Sensibiliser à un métier pétri d’a priori

Un stéréotype que cette ingénieure s’attache désormais à déconstruire. Co-fondatrice de Girls in Tech Paris, réseau visant à mettre en avant les parcours féminins dans le secteur technologique, Mounia Rkha a mis en place avec son équipe dès 2013 des cours d’initiation au coding. « Nous avons été véritablement bluffées : les places partent à chaque fois en moins d’une heure. A tel point que nous avons dû planifier des cours supplémentaires. » Ainsi, sur un an, Girls In Tech Paris organise cinq à six sessions de coding, réunissant chacune des groupes d’une trentaine de personnes. Des étudiantes 3.0 aux manettes d’un métier plus subtil qu’il n’y paraît. « Cette profession suppose d’être très créatif, » commente Stéphanie Hertrich. La jeune femme est évangéliste technique chez Microsoft : ses missions consistent à enseigner aux développeurs de logiciels les nouvelles technologies à leur disposition. « Etre développeuse revêt même une dimension artistique tant les manières d’arriver à un résultat sont diverses : l’architecture du code peut varier. C’est un peu comme écrire un livre ! », s’amuse-t-elle. Cette informaticienne de formation évolue dans l’univers du coding depuis plus de quinze ans.   Une passion née au cours de l’enfance : « petite, je jouais beaucoup aux légos. J’avais plaisir à construire, » raconte Stéphanie Hertrich. Des jeux d’enfants qui, selon elle, ont conditionné la femme qu’elle est devenue : « Ces jouets sont constitués de plans, de visualisations 3D. Cela a le mérite de dédiaboliser la technique dès le plus jeune âge, » ajoute-t-elle.

En plus d’intervenir lors des sessions de coding organisées par Girls In Tech Paris, l’évangéliste technique de Microsoft s’implique également au sein de Duchess, une association de développeuses. « Nous tentons de valoriser les profils techniques dans l’informatique en rencontrant des collégiennes, en coachant des femmes afin qu’elles prennent plus la parole lors des grandes conférences sur l’informatique, » détaille Stéphanie Hertrich, déplorant le peu de femmes speakers dans son secteur.

Un savoir faire de plus en plus incontournable

« Il est crucial de mettre en avant des rôles-modèles », confirme de son côté Mounia Rkha, soulignant le taux extrêmement bas de développeuses au sein de l’Hexagone : à peine 5% de codeuses recensées en 2015. « J’ai créé une start-up en 2011 au Maroc, » complète l’ingénieure. « J’ai été étonnée car il y avait là-bas autant de codeuses qu’en France, voire un peu plus. » De son côté, Stéphanie Hertrich observe, depuis le début de sa carrière, une stagnation du nombre de femmes évoluant dans son environnement professionnel. Un constat d’autant plus regrettable pour cette professionnelle que « posséder une compréhension scientifique de comment fonctionnent les choses est en train de devenir un véritable plus pour des tas de métiers non-techniques, » que ce soit pour les commerciaux ou les spécialistes du marketing. « Savoir coder va devenir aussi important pour se vendre sur le marché du travail que de parler anglais », insiste Mounia Rkha.

Le numérique, vivier d’emplois

Une nécessité, doublée d’un contexte porteur pour les carrières au féminin : « Etre développeuse est une chance en ce moment, » affirme Stéphanie Hertrich. « Les entreprises cherchent à diversifier leurs équipes. »

Car ces sociétés sont également des recruteurs importants : en 2014, pas moins de 12 000 emplois ont été créés dans les logiciels et services informatiques. Des offres de CDI à 93 % avec de perspectives d’évolution rapide. Malgré cela, le secteur, émaillé de stéréotypes, demeure l’apanage des hommes. « Même les femmes ont des images figées de ce qu’elles doivent être, » relève Stéphanie Hertrich. Un propos en écho à une anecdote ayant récemment fait le tour du web. Début janvier, une Américaine poste un commentaire sur la page du créateur de Facebook : “Je n’arrête pas de dire à mes petites-filles de sortir avec le nerd de l’école. Il pourrait devenir le nouveau Mark Zuckerberg.” Et ce-dernier de lui répondre : « Le mieux serait de les encourager à devenir les nerds afin qu’elles soient les prochaines inventrices à succès.» Pour une fois, levons notre pouce facebookien pour saluer des propos… masculins !

@clairebauchart

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