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Comment apprendre à changer pour se trouver

10.10.2016

Et si changer s’apprenait ? Françoise Kourilsky, Docteur en psychologie et spécialiste de la conduite du changement nous livre ses techniques pour apprendre à changer et élargir nos horizons !

Changer de point de vue, l’étape primordiale du changement

On voit moins avec les yeux qu’avec le regard qui les traverse. Celui qui sait voir de vieux paysages d’un regard neuf, éclairer autrement un contexte ou un comportement en lui donnant un sens plus fécond est plus apte au changement, que celui qui persiste à éclairer des paysages nouveaux avec un regard ancien, obstrué par ses préjugés.

La conduite du changement ne se réduit pas à des techniques, elle est surtout une affaire d’état d’esprit. Et celui-ci est façonné par les pensées, points de vue, regards, hypothèses et interprétations que nous privilégions. La nature de notre présence, notre façon d’être, de dire et de faire en découle. L’être humain est influençable, mais l’influence la plus puissante émane de son propre esprit, de l’ambiance de son monde intérieur. Si l’on ne peut changer l’autre, on peut changer le regard qu’on lui porte. Cela s’applique aussi pour soi-même, en choisissant les points de vue les plus bénéfiques qu’on souhaite expérimenter et en dépassant ceux qui nous nuisent. Cette prise de recul, attitude porteuse d’évolution et de transformation demande en effet un peu de tendresse et d’humour.

S’il n’y a pas de point de vue plus vrai que d’autres, il y en a de plus efficaces !

La pertinence d’un point de vue réside moins dans sa véracité que dans son efficacité à élargir le champ des possibles, à accéder à des ressources et en libérer de nouvelles. N’est-ce pas le point de vue choisi pour appréhender un problème qui rend celui-ci insoluble ? Ce sont moins les événements ou les autres qui nous coincent que le point de vue que nous prenons pour les aborder. N’oublions pas non plus que l’autre nous renvoie le regard que nous lui portons. Les points de vue que nous privilégions remplissent étonnamment la fonction de prophéties auto-réalisatrices !

La réalité pure et objective nous est inaccessible, nous n’en avons que des lectures plus ou moins fertiles. Nous sommes inéluctablement impliqués dans le monde que nous observons et interprétons. Nous parlons d’autrui ou d’une situation, nous parlons encore de nous-mêmes, soit de nos points de vue sur eux. Nous serions donc moins condamnés à subir la réalité qu’à en être les « interprètes-ressources ».

La façon dont on voit l’autre revient au pouvoir qu’on lui donne et qu’on se donne en même temps. De même, l’image qu’on a de soi face à autrui affecte la nature de nos relations, l’accès ou non à nos ressources, l’espace de nos possibilités et les résultats que nous obtiendrons, comme si nos points de vue nous dirigent irrésistiblement vers des résultats qui les valident. Là réside le génie de notre inconscient.

Savoir ne suffit pas, l’essentiel est d’en tirer parti

Pourquoi les gens ont tant de mal à accepter d’avoir tort et à changer leurs points de vue ? Parce qu’ils les ont validés dans leurs expériences, donc ils ont raison ! Un salarié qui pense que son supérieur hiérarchique est malveillant à son égard, se comportera face à lui de façon méfiante, contribuant ainsi à provoquer chez son supérieur de qu’il soupçonnait. Cela lui prouvera qu’il avait raison, seul enseignement qu’il aura tiré de son expérience ! Nos semblables sont vraiment conciliants, ils nous confirment le regard que nous leur portons !

La pratique du “comme si” en son âme et conscience

La stratégie du « comme si ne s’oppose pas à la réalité, elle n’est en rien manipulatoire, au sens où nous l’entendons de façon péjorative. Elle vise à créer une réalité provisoire, susceptible d’engendrer des effets bénéfiques, en choisissant des hypothèses et des points de vue féconds. Et cette réalité provisoire est décisive en ce qu’elle induit des modifications profondes sur le plan intellectuel, comportemental, émotionnel et physiologique.

La stratégie du « comme si » aide à exercer son intelligence et sa conscience au profit d’une démarche heuristique. Les scientifiques la pratiquent pour avancer dans leur recherche. Les enfants, eux, la pratiquent naturellement pour expérimenter, apprendre et grandir en jouant ! Quant à nous, nous la pratiquons tout le temps, sans en avoir toujours conscience ! N’avons-nous pas tendance à faire « comme si » nos représentations de la réalité étaient la réalité réelle, et nos points de vue, les seuls bons et possible. Et tant pis, si ces derniers nous portent préjudice, nous, n’en avons malheureusement pas toujours conscience.

Avons-nous perdu le sens du jeu en nous prenant un peu trop au sérieux ? Avons-nous oublié que pour résoudre les problèmes de maths qu’on nous donnait à l’école, celle ci impliquait souvent une hypothèse bien choisie, dont le raisonnement commençait par « faisons comme si X …

La démarche du « comme si » exclut le pire ennemi du changement, le rapport de force

La stratégie du « comme si » prend particulièrement en compte l’éthique, le respect, l’esthétique, l’élégance et la créativité qu’implique toute conduite du changement. Ainsi, ne combattez pas les représentations et points de vue qui vous limitent, ni ceux des autres, vous les renforceriez. Le bon moyen d’ouverture et de dépassement est au contraire de les utiliser en y adjoignant le précieux « comme si, avec humilité, rigueur et délicatesse. Comment s’y prendre, par exemple, face à une personne ne faisant pas grand-chose dans son équipe ? Plutôt que la disqualifier et lui faire perdre la face, ce qui éliminerait toute influence pour lui donner envie de changer, il est plus efficace et élégant de lui proposer cette hypothèse : « Vous faîtes comme si vous vous sentiez inutile dans votre équipe, alors qu’on a besoin de votre apport ».

La stratégie du “comme si” est aussi un levier de motivation en ce qu’il conduit à imaginer le résultat désiré et à en éprouver déjà du plaisir. Le fait de suggérer à un enfant d’apprendre ses leçons « comme s’il était la maîtresse » peut lui redonner confiance et l’aider à accéder à ses ressources, et ce d’autant mieux qu’il en fera un jeu. Cela s’applique aussi aux adultes ! Proposer à une personne ayant une image peu valorisante d’elle-même, d’imaginer ce qu’elle ferait de différent en faisant comme si elle était déjà cette personne qu’elle souhaite être. Voilà qui peut la motiver à prendre séance tenante le chemin de son accomplissement.

Un exemple pour les mamans

Lors d’un coaching, une cliente me fit part des difficultés scolaires d’un de ses enfants.

– « J’ai deux garçons qui ont un an d’écart. Le premier a des facilités et de bons résultats. Mais le second, moins doué que son frère, a des difficultés. Tous les soirs, je dois l’aider pour ses devoirs ».

– « Et que lui dîtes-vous quand vous le faites travailler » ?

– « Je l’encourage, lui dis qu’il est intelligent, mais doit faire des efforts ».

– « Mais vous lui mentez ! Vous venez de me dire qu’il était moins doué que son frère, alors, lui aussi, fait comme s’il était moins doué et y parvient bien ! Je vous invite à lui dire ce soir : Ecoute, j’en ai marre que tu fasses comme si tu étais moins intelligent que ton frère, maintenant ça suffit ! » Voilà ce que votre fils a besoin d’entendre pour reprendre confiance en lui, et vous en lui.

Et si nous commencions à changer en nous ce que nous voulons changer autour de nous ?

Françoise Kourilsky est Docteur en psychologie, diplomée de Sciences Po, elle a développé dans sa thèse de doctorat une approche originale qui s’applique à la communication managériale, la conduite du changement, la négociation et la gestion des conflits. Elle dirige son propre cabinet et initie à sa démarche les responsables et dirigeants de grandes sociétés par le biais de coaching, de séminaires de formation et d’ateliers de résolution de problèmes. Elle est aujourd’hui essentiellement conférencière auprès de managers et dirigeants d’entreprise.

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