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Les nouveaux “anges gardiens” des start-ups

10.03.2014

Ils sont plus de 36% des patrons à reconnaître rencontrer des difficultés de financement. Un niveau jamais atteint depuis 2009. Pour tenter de lancer leurs sociétés, les jeunes entrepreneurs tablent de plus en plus sur les Business Angels. D’autres se tournent vers le “crowdfunding” ou financement participatif. Enquête sur ce nouveau phénomène.

Ils sont plus de 36% des patrons à reconnaître rencontrer des difficultés de financement. Un niveau jamais atteint depuis 2009. C’est le résultat du baromètre trimestriel de septembre 2013 réalisé par KPMG et la CGPME, soit une hausse de 11 points par rapport à celui de mai de la même année. Une situation qui bride la croissance des PME. Ainsi, pour tenter de lancer leurs sociétés, les jeunes entrepreneurs tablent de plus en plus sur les Business Angels, ces particuliers qui dédient une part de leur patrimoine à des start-up. D’autres se tournent vers un système à la philosophie radicalement différente, arrivé en France au milieu des années 2000 : le financement participatif.

 « J’ai passé une heure avec lui et il m’a renvoyé un mail deux jours après en me disant : ‘je suis ok pour investir’. » Lui, c’est Marc Simoncini. Nous sommes alors en 2007. Marion Carrette vient de démissionner pour lancer Zilok.com, un site de location d’objets entre particuliers. La jeune femme cherche donc à lever des fonds. « Je suis allée voir Marc avec un projet de plateforme de mise en relation, ce qui est exactement ce qu’il connaissait puisqu’il avait fait la même chose autour de la rencontre avec Meetic. Ça lui a parlé. Un Business Angel travaille beaucoup plus au feeling et à l’intuition que des investisseurs classiques. » Un véritable coup de pouce qui a permis à Zilok.com d’émerger et à Marion Carrette de créer un deuxième site, toujours spécialisé dans la location, mais de voitures cette fois, OuiCar.fr. L’entrepreneuse vient ainsi de finaliser une levée de fonds de 3 millions d’euros auprès d’Ecomobilité Ventures (une société de capital-investissement derrière laquelle se trouvent la SNCF, Orange et Total) et Jaïna Capital, du même Marc Simoncini.

Un exemple de réussite entrepreneuriale qui reflète l’atout que peut représenter le recours à un Business Angel, « BA » pour les intimes. En France, outre Marc Simoncini, Xavier Niel, Pierre Kosciusko-Morizet (cofondateur de PriceMinister) ou encore Jacques-Antoine Granjon (créateur de vente-privee.com) font office de références en la matière. A côté de ces figures de proue, quelque 8 000 Business Angels se penchent sur les berceaux des jeunes pousses de l’entrepreneuriat made in France, selon fundme.fr, plateforme de mise en relation entre investisseurs et start-ups.

Une recette qui peut donc s’avérer fructueuse. La crise économique ne change pas fondamentalement la donne, à part peut-être sur la sélection des dossiers soumis à ces « investisseurs providentiels », comme les nomment les Québécois. « La période actuelle n’a pas beaucoup modifié le nombre de projets que l’on accompagne, simplement, elle a conduit à plus de prudence », explique Jean-Louis Brunet, président de France Angels, qui coordonne 86 réseaux regroupant quelque 4 500 Business Angels français. « Les montants investis sont moins élevés. On échelonne les risques. Au lieu de mettre 100 tout de suite, on met 80 et il y a une deuxième étape qui est prévue quelques mois plus tard pour apporter les 20 complémentaires. »

Comment convaincre un Business Angel ?

Dans ce contexte, comment mettre toutes les chances de son côté pour séduire le portefeuille d’un BA ? « On regarde en priorité la dimension humaine, le porteur de projet et son équipe, répond Jean-Louis Brunet. Puis le business model, c’est-à-dire ‘ce que je vais apporter avec mon entreprise à des clients sur un marché» Des conditions que confirme Jacques-Charles Flandin, président des Business Angels des Grandes Ecoles : « Le premier critère est : ‘est-ce que le porteur de projet a vraiment une conception équilibrée de ce qu’il veut faire ? Est-ce qu’il n’y a pas trop de fantasmes dans son plan ?’ Ces questions nous amènent à éliminer les deux tiers des concepts qui nous arrivent. » Les capacités à s’exprimer et à communiquer correctement ont également tout leur sens : « Beaucoup de porteurs de projets sont incapables d’expliquer à des non-spécialistes comment fonctionne leur idée, rajoute Jacques-Charles Flandin. En ce moment, on reçoit des tas de personnes qui nous proposent des dossiers de big data, sans être en mesure d’exprimer clairement de quoi il s’agit. »

L’argent et… le réseau

Une sélection importante donc, mais une fois cette barrière franchie, les entrepreneurs peuvent compter sur les fonds de leurs BA tout en se reposant sur leurs conseils. Il s’agit là des fameux « 3 C » généralement attendus d’un Business Angel : capital, contacts et compétence. « Chez nous, des accompagnateurs sont à la disposition du porteur de projet. On va utiliser nos carnets d’adresses et l’aider », confirme Jacques-Charles Flandin.

Une assistance qui peut s’avérer salutaire, comme en témoigne Marion Carrette, créatrice de Zilok.com et OuiCar.fr : « Je me suis battue pendant deux ans pour avoir un produit d’assurance permettant de louer une voiture entre particuliers, raconte-t-elle. Il n’y avait pas d’historique, on a eu un mal fou à trouver un assureur. C’est grâce à Marc Simoncini, qui nous a fait rencontrer quelqu’un de haut placé chez Axa, que l’on a obtenu ce produit. »

Un monde essentiellement masculin

Des anges du business et du réseau donc, qui permettent à des start-up de prendre leur envol. Mais qui sont réellement ces BA français ? La moitié a créé des entreprises, plus d’un tiers habite en région parisienne, et plus de 56% sont diplômés d’une grande école de commerce. Une population masculine à 94%. Catherine Abonnenc, en charge de la stratégie digitale au sein de Femmes Business Angels, se souvient même de quelques moqueries de la part de ses homologues masculins, récoltées au début de la création de ce réseau de femmes investisseurs en 2003. Si « au départ, nous les faisions sourire », ce n’est plus le cas aujourd’hui : « On a contribué depuis de notre lancement au financement de 4 millions d’euros dans les petites boîtes », précise-t-elle. Catherine Abonnenc reconnaît néanmoins que la majorité des projets réceptionnés et financés par Femmes Business Angels sont impulsés par des hommes : « seuls 30% des dossiers que l’on reçoit sont féminins. »

Une faible représentation de l’entrepreneuriat féminin dont a bien conscience la Banque Publique d’Investissement (BPI), organisme intervenant en co-investissement des entreprises, que ce soit avec des fonds classiques ou des Business Angels. « Les femmes dirigeantes ne sont pas suffisamment représentées parmi nos participations et celles de confrères. Il y a une valeur réelle à les épauler d’avantage et à les mettre en réseau également, explique Fanny Letier, directrice de BPI France Investissement Régions. Nous allons mettre en place un plan d’accompagnement personnalisé d’ici l’été pour celles qui le souhaitent. Ensuite, nous avons le projet de créer un réseau des femmes financées par Bpifrance et de déployer du mentoring. Le but est que ces femmes entrepreneures échangent et partagent leurs expériences. »

Une stimulation à laquelle s’attelle également Femmes Business Angels. « Nous cherchons à encourager les entreprises féminines, même si nous ne retenons pas un projet au seul motif qu’il est présenté par une femme. On fait du prosélytisme, on dit aux femmes : ‘déposez vos projets’. » Au delà de la dimension genrée de l’entrepreneuriat, Catherine Abonnec se concentre aussi sur le potentiel de développement encore important des quelques 8000 BA français, peu nombreux en comparaison à leurs 50 000 homologues anglais.

Il est vrai que la culture de ces « anges du business » est beaucoup moins développée qu’outre-Manche où 500 millions d’euros sont investis tous les ans par ce biais, contre 125 millions dans l’Hexagone. « En Grande-Bretagne, il y a un environnement de soutien à l’accompagnement par la sphère publique des fonds investis par les Business Angels, chose que l’on n’a pas en France », explique Philippe Gluntz, président de Business Angels Europe, regroupant les fédérations nationales de BA européens. Rien à voir non plus avec les 700 000 BA américains qui mettent 20 milliards d’euros sur la table chaque année. « Aux Etats-Unis, lorsqu’une entreprise perd de l’argent, on peut déduire les pertes accumulées au niveau fiscal. Cela est une incitation extraordinaire ! », commente Philippe Gluntz. La marge de progression des Business Angels français apparaît donc non négligeable.

L’essor du crowdfunding

Parallèlement, les jeunes entrepreneurs sont de plus en plus nombreux à se laisser séduire par le crowdfunding, consistant à faire appel aux internautes afin de financer un projet. Une solution attractive au point que Fleur Pellerin a récemment manifesté l’ambition de faire de la France « le pays pionnier du financement participatif ». La ministre déléguée chargée des PME cherche à démocratiser cette pratique en autorisant notamment le crowdequity (les internautes acquièrent des parts sociales, devenant ainsi actionnaires des entreprises qu’ils soutiennent) et le financement participatif en prêts rémunérés, plafonné à hauteur de 1 000 euros par contributeur.

Le troisième mode de financement participatif, le don-contre-don, utilisé par les leaders français du domaine, n’est pas impacté par ces annonces. Le principe : les créateurs de projets lèvent des sommes d’argent auprès des internautes en échange d’une contrepartie, symbolique la plupart du temps (un CD dédicacé ou l’échantillon d’un produit). « Si vous êtes une petite entreprise et que vous avez besoin d’argent pour vous développer, les banques ne vous prêtent pas. Le crowdfunding sert à pallier ce problème là », explique Vincent Ricordeau, fondateur de Kisskissbankbank, l’une des trois grandes plateformes françaises, lancée en 2009. « Jusqu’ici, le financement participatif servait surtout à des projets de moyenne ampleur, dans l’art ou la culture par exemple. Mais avec les nouvelles annonces, le système va pouvoir s’adapter à tout. »

Un mode de financement qui a le vent en poupe donc, et à la croissance exponentielle. « Sur Kisskissbankank, on a collecté 100 000 euros la première année, 500 000 euros la deuxième, 8 millions la quatrième. En ce moment, nous sommes à un million et demi par mois », confie Vincent Ricordeau.

Alors, même si les levées de fonds réalisées sur ces plateformes sont la plupart du temps beaucoup moins importantes que celles obtenues auprès de Business Angels, de plus en plus d’entrepreneurs se laissent convaincre. C’est le cas de Bruno Lussato, cofondateur de Wistiki. Son concept : un petit objet, appelé “wist », que l’on attache sur nos affaires essentielles. Les clés, portefeuilles ou autres, ainsi nouvellement connectés, sont directement reliés à un smartphone et sont dès lors géolocalisables.

Bruno Lussato et ses deux frères, tous trois à l’origine de Wistiki, ont posté leur projet sur My Major Company, autre leader du crowdfunding français. « L’idée était de comprendre si le marché était sensible. Avoir mis notre projet sur une plateforme nous a donné plus d’assurance et nous a permis de voir que la demande était vraiment là. C’était une étude de marché grandeur nature. Cela nous a même donné des idées pour quelques améliorations », explique Bruno Lussato. En trois mois, Wistiki a levé plus de 81 000 euros auprès de 1 400 internautes. Une belle histoire qui ne doit pas faire oublier que le crowdfunding, s’il permet à de jeunes entreprises d’effectuer des études marketing grandeur nature, n’en demeure pas moins un système limité par rapport au recours à des Business Angels. Aucune plateforme de financement participatif n’a par exemple permis à ce jour de lever les plus de 4 millions et demi d’euros récoltés en deux ans et demi par StickyAds, start-up française qui propose aux éditeurs de sites d’insérer des publicités avant la lecture de vidéos. Si la France veut créer des champions internationaux, le crowdfunding ne pourra pas se substituer aux Business Angels, qui restent la clé pour le développement de start-up capables de rivaliser avec leurs homologues étrangères, américaines notamment.

 

@clairebauchart

 

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