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Bienvenue dans le monde des “slashers”

11.11.2015

Slashers, freelances, indépendants : les travailleurs à leur compte, aux compétences multiples n’en finissent plus de gagner du terrain, au point de représenter un tiers de la population active américaine. Afin d’adapter les grandes entreprises à cette mutation du rapport à l’emploi, une révolution managériale s’impose.

« Aujourd’hui, lorsque l’on est recruté par une entreprise, c’est pour un poste lié à une fonction à laquelle nous sommes vite assimilés. Il s’agit d’une approche rigide et linéaire du monde du travail. » Face à ce constat, Sandy Beky, forte d’une expérience dans des grands groupes internationaux, notamment en formation et conduite du changement, s’est associée à Françoise Derolez, directrice marketing chez Cisco et présidente du Professional Women’s Network à Paris. Les deux femmes ont lancé en juin dernier leur « Model C ».

Les boucles de valorisation positive

C, comme Circulaire, Changement ou encore Connecté. Un concept, s’adressant aux dirigeants et managers d’entreprises, et qui s’inscrit dans le cadre d’une économie où aucun produit n’a un parcours de vie unique. Celles qui se définissent comme des start-uppeuses en innovation managériale appliquent ce principe aux ressources humaines afin de proposer aux structures installées des solutions concrètes aux nouveaux développements organisationnels à l’œuvre au sein de la société. « Dans une entreprise classique, au bout d’un moment, on a fait le tour de notre poste, sans arriver pour autant à sortir de notre zone, commente Françoise Derolez. Personne n’est programmé pour faire du marketing pendant 44 ans ! » Selon elle, ce mode de fonctionnement peut conduire directement à des cas de burn-out, voire de sa variante le bore-out, trouble psychologique généré par l’ennui au bureau. Un mal dont souffriraient 30% des salariés de l’Hexagone. A noter que seuls 40% estiment s’épanouir au travail, à en croire un sondage Ifop paru l’année dernière.

« Nous insistons sur le fait que les collaborateurs dans l’entreprise ont beaucoup plus qu’une seule compétence, qu’un seul talent. Le but est de capitaliser sur ces possibilités, au profit à la fois du collaborateur et de l’entreprise », insiste Françoise Derolez.

Dans le cadre du model C donc, « les individus ne sont plus considérés à travers le spectre d’une ou deux compétences mais dans leur globalité, » complète Sandy Beky.

Place au portfolio de compétences

Ces deux manageuses professionnelles poussent même leur réflexion sur le management circulaire plus loin : le développement de carrière d’un individu devrait être envisagé au sein de plusieurs entreprises, dans le cadre d’une approche écosystémique. « Quelqu’un pourrait travailler deux jours dans une grosse entreprise, un autre dans un service public, le lendemain dans une PME. On aurait un portfolio de compétences et de micro-carrières, » précise Sandy Beky.

Avec ce système, les entreprises auraient recours à des collaborateurs plus agiles, plus flexibles. « Par ailleurs, un tel fonctionnement entraîne une cross-fertilisation des compétences, générant plus d’innovation et de créativité, » insiste Sandy Beky. Pour elle, « les entreprises ne sont pas préparées à ce virage. Notre modèle C les aide à intégrer un certain nombre d’aspects déjà à l’œuvre au sein de la société afin de maintenir leur croissance, tout en prenant le virage. »

Une mutation du rapport au travail que Jean-Michel Cagin, associé du cabinet de conseil en stratégie OC&C, à l’origine d’une étude sur l’économie du partage, analysait également pour Business O Féminin en avril dernier : « A terme, il n’y aura plus d’organisme établi et pérenne, mais des grappes d’individus qui s’unissent et se désunissent au gré des projets professionnels. »

Des nouvelles pratiques, pour quelle organisation sociétale ?

Autant dire que dans un tel contexte, le bon vieux CDI fait pâle figure, de même que les autres formes d’emplois stables, certifiés à vie.  ”Dans un certain nombre d’économies avancées, on observe une tendance à la baisse de la part d’emplois salariés, ce qui marque un tournant par rapport au schéma traditionnel », souligne d’ailleurs l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un rapport publié en mai dernier, pointant, qu’à l’échelle globale, le travail salarié classique ne concerne désormais qu’un employé sur deux.

Problème cependant, la société française n’évolue pas aussi vite que le rapport au travail : le CDI reste encore le Graal pour se loger ou contracter un prêt. Une absurdité pour Françoise Dolorez : « les banquiers adorent les CDI mais de notre point de vue ils ont tort : je préfère prêter de l’argent à une personne qui multiplie les sources de revenus. Si elle perd un employeur, elle ne perd qu’une partie de ses ressources, et non l’intégralité… » Une mutation des mentalités nécessaires donc mais qui s’imposera irrémédiablement avec le temps : « Les jeunes générations vont imprimer leur marque. Elles ne veulent pas travailler comme leurs parents, » conclut Françoise Derolez.

@clairebauchart

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